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ACTE III, SCENE VIL

Aussi, chère et très honorée belle-mère, aurez vous fait disparaître demain, pas plus tard, les obstacles qui me séparent de Ferdinand ; ou bien, mon père saura par moi toute votre conduite, avant et après votre mariage.

GERTRUDE

Ah ! c'est là votre moyen. Pauvre fille ! il ne vous croira jamais.

PAULINE

Oh I je connais quel est votre empire sur mon pauvre père, mais j'ai des preuves.

GERTRUDE

Des preuves, des preuves !...

PAULINE

: t Je suis allée chez Ferdinand... (je suis très-curieuse), et j'ai trouvé vos lettre, madame; j'en ai pris contre lesquelles l'aveuglement de mon père ne tiendra pas, car elles lui prouveront...

Quoi?

PAULINE

Tout ! tout !

GERTRUDE

Mais! malheureuse enfant! c'est un vol et un assassinat !... à son âge?...

PAULINE

Ne venez-vous pas d'assassiner mon bonheur ?. . . de me faire nier, à mon père et à Ferdinand, mon amour, ma gloire, ma vie ?

GERTRUDE

Oh! oh! c'est une ruse, elle ne sait rien! [Haut.) C'est une ruse, je n'ai jamais écrit... C'est faux-., c'est impossible... Où sont ces lettres?

PAULINE

Je les ai !

Dans ta chambre ?

GERTRUDE

PAULINE

La où elles sont, vous ne pourriez jamais les prendre.

gertrude , a part.

La folie, avec ses rêves insensées, danse autour de ma cervelle!... Le meurtre m'agite les doigts... C'est dans ces momentslà qu'on tue!... Ah! comme je la tuerais... Oh! mon Dieu, mon Dieu! ne m'abandonnez pas, laissez-moi ma raison?... Voyons ! Pauline , à part.

Oh! merci, Ferdinand! Je vois combien tu m'aimes : j'ai pu lui rendre tout le mal qu'elle nous a fait tout à l'heure... Et... elle nous sauvera ! . . .

gertrude, à part.

Elle doit les avoir sur elle, comment en être sûre? Ahl (Elle

se rapproche). Pauline!... Si tu avais eu ces lettres depuis longtemps, (u aurais su que j'aimais Ferdinand, tu ne les as donc pris que depuis peu.

PAULINE

Ce matin!

GERTRUDE

Tu ne les as pas toutes lues ?

PAULINE

Oh 1 assez pour savoir qu'elles vous perdent.

GERTRUDE

Pauline, la vie commence pour toi. (On frappe.) Ferdinand est le premier homme, jeune, bien élevé, supérieur, car il est supérieur, qui se soit offert à tes regards; mais il y en a bien d'autres dans le monde... Ferdinand était en quelque sorte sous notre toit, tu le voyais tous les jours; c'est donc sur lui que se sont portés les premiers mouvements de ton cœur. Je conçois cela, c'est tout naturel! A ta place, j'eusse sans doute éprouvé les mêmes sentiments. Mais, ma petite, tu ne connais, toi, ni la société, ni la vie. Et si, comme beaucoup de femmes, tu te trompais, car on se trompe, va. Toi, tu peux choisir encore ; mais, pour moi, tout est dit, je n'ai plus de choix a faire. Ferdinand est tout pour moi , car j'ai passé trente ans , et je lui aï sacrifié ce qu'on ne devrait jamais faire, l'honneur d'un vieillard. Tu as le champ libre, tu peuxaimer qm lqu'un encore, mieux que tu n'aimes aujourd'hui... cela nous arrive. Eh bien! renonce à lui? et tu ne sais quelle esclave dévouée tu auras en moi? tu auras plus qu'une mère, plus qu'une amie, tu auras une âme damnée... Oh ! tiens !... (Elle se met à genoux et lève les mains sur le corsage de Pouline ) Me voici à tes pieds, et tu es marivale!...suis-je assez humiliée ? et si tu savais ce que cela coûte à une femme... Grâce, grâce pour moi. (On frappe très-fort, elle profite de l'effroi de Pauline pour tâler les lettres.) Rends-moi la vie... (A part.) Elle les a.

PAULINE

Eh! laissez-moi, madame ! Ah I faut-il que j'appelle! (Elle repousse Gerlrude et va ouvrir.)

gertrude, à part.

Je ne me trompais pas, elles sont sur elle; mais il ne faut pas les lui laisser une heure.

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