‹ La MaratreChapitre 80 sur 93 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

PAULINE, FERDINAND, VERNON. (Pauline est étendue dms son lit. Ferdinand tient sa main dans une pose de douleur et d abandon complet. — C'est le moment du crépuscule^ il y a encore une lampe.

vernon, assis près du guéridon.

J'ai vu des milliers de morts sur les champs de bataille, aux ambulances; et pourquoi la mort d'une jeune fille sous le toit paternel me fait-elle plus d'impression que tant de souffrances héroïques?... La mort est peut-être un cas prévu sur le champ de bataille... on y compte même ; tandis qu'ici il ne s'agit pas seulement d'une existence, c'est toute une famille que l'on voit en larmes, et des espérances qui meurent... Voilà cette enfant, que je chérissais, assassinée, empoisonnée... et par qui?... Marguerite

a bien deviné l'énigme de cette lutte entre ces deux rivales

Je n'ai pas pu Pempècher d'aller tout dire à lajustice... Pourtant,

mon Dieu, j'ai tout tenté pour arracher catte vie à la mort!

[Ferdinand relève la tête et écoute le Docteur.) J'ai même apporté ce poison qui pourrait neutraliser l'autre; mais il aurait fallu le concours des princes de la science ' On n'ose pas tout seul un pareil coup de dé.

Ferdinand, se lève et va au Docteur.

Docteur, quand les magistrats seront venus, expliquez-leur cette tentative, ils la permettront; et, tenez, Dieu, Dieu m'écoutera... il fera quelque miracle, il me la rendra !...

VERNON

Avant que l'action du poison n'ait exercé tous ses ravages,

j'aurais osé maintenant, je passerais pour être l'empoisonneur. Non, ceci (il pose un petit façon sur la table) est inutile, et mon dévouement serait un crime.

Ferdinand. Il a mis un miroir devant les lèvres de Pauline.

Mais tout est possible , elle respire encore.

VERNON

Elle ne verra pas le jour qui se lève.

Ferdinand !

FERDINAND

Elle vient de me nommer.

VERNON

Oh ! la nature à vingt-deux ans est bien forte contre la destruction ! D'ailleurs, elle conservera son intelligence jusqu'à son dernier soupir. Elle pourrait se lever, parler, quoique les souffrances causées par ce poison terrible soient inouïes.

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