La marchande de modes de Marie-Antoinette
Nous revenons toujours, avec un plaisir nouveau, à ce xv!!!*" siècle, si curieux et si captivant, dont le charme ne s'etface pas. Il se doutait évidemment de l'attrait qu'il devait exercer sur les générations à venir, quand il écrivait tous ces Mémoires, quand il traçait ces Tableaux de Paris, contait ces Anecdotes du temps de Louis XVI, écoutait aux portes le bruit de ses propres scandales, dont il étalait les tares sous la loupe des pamphlétaires, gens tarés eux-mêmes, gagés et venimeux, sans se douter qu'il mettait des armes terribles aux mains de ses pires ennemis.
Il nous semble qu'en entendant crier sous nos pas le sable des allées de Trianon, nous allons rencontrer les fantômes évanouis des duchesses et des marquises qui le peuplaient jadis, et nous écoutons si l'écho, qui s'enfuit dans le mystère des buissons obscurs, ne s'éveille point au bruit joyeux de leur rire perlé.
Nous nous plaisons à nous ligurer : l'animation grouillante et le pittoresque des rues du vieux Paris ; la cohue des toits qui encapuchonnaient des maisons
VI AVANT-PHOPOS
qu'Haussmann n'avait pas encore alignées au cordeau ; les petits mélioi-s; le carleux de souliers, dans son échoppe, chantant Malboroiigh, l'air en vogue; l'écrivain public, l'écrivain public! quelle vieillerie!... dans sa baraque peinte en vert ; le rémouleur, sonnaillant et déambulant par la ville, sa meule sur le dos; le porteur d'eau ; les abbés en culotte courte; les voleurs exposés au pilori, là-bas, à la Croix duTrahoir.
Et, devant la vision d'un magasin empli des mille {"anfreluclies dont raffolaient nos grand'nières, nous nous sentons pris de rirrésistible tentation d'y pénétrer, de toucher de nos mains les demi-bonnets et les chapeaux à la Henri IV, les robes turques et les délicieux linons, qui firent leurs délices et furent leur folie ; alors, nous sentons peu à peu notre rêve prendre corps, et, ouvrant cette porte qu'un siècle entier a tenue close, l'auteur, avec vous, pénètre dans la maison de Rose Bertin.
Pour rendre un peu de vie à la grande maison de modes, il n'a point laissé courir au hasard une fantaisiste imagination ; il a préféré s'en tenir aux faits et s'en rapporter aux documents. Il a compulsé nombre de journaux du temps ; il a fouillé les dossiers conservés aux Archives nationales, aux Archives de la Seine, consulté les manuscrits de la Bibliothèque nationale et de la Bibliothèque de Versailles, puisé dans les archives d'Abbeville et d'Epinay-sur-Seine, dépouillé des dossiers de collections particulières; et il doit dire que partout il a reçu le meilleur accueil, que partout il a vu ses recherches facilitées ; il en veut remercier ici tout particulièrement et M. Jacques Doucet, et