GERARD. NATHALIE
m“» Gérard, attisé, tenant. une lettre à la main. Nathalie à genoux devant elle. Ainsi c'est U vérité, et vous ne démeniez pas la vois de votre horrible songe ?
Nathalie. Ma mère!... d ma mère !
u*» ge n mu Ne m'appelez pas votre mère, je vous prie! Vous avez brisé les liensdu sang. Niez! >i sous pouvez nier, mais n’invoquez personne. Je suis la veuve Gérard, et je juge le meurtre d Eugénie Gérard... Regardez moi! Vous avez tué votre sœur, comme cela, volontairement, tranquillement?. .. Oui ?... Mon Dieu I c’est impossible pourtant, on ne le croira jamais. Mais qu'est-cc qu elle vou» avait donc fait, votre su.nr, dites?
natuaue. Pitié, nu mère, pitié I Ne m'interrogez plus.
n“* Gérard. De la pitié, à vous? Empoisonner une femme malade, seule, avec elle, la main dans U votre! Lichel...Etelle vous disait, merci n'rstee pas. votre victime? Ellevuua embrassait, j’en sait sûre, cl vous demandait par Jon de vos soins, pendant que vous lui faisiez boire laraorl?*Kl vous n’avez rien trouvé à «lire* » madame Delarue? Vous pensiez à l'accuser . peut-être, en cas de décourerte? Deux foi* lâche I! Deuzfois infime ! I... ! Nathalie. Grèce!... grâce!...
■** rùiARD. Mais où donc étais-je, malheureuse, que mon instinct gardait de vous cepend ml! moi qui vous avals sentie et redoutée toute |i<-tïie .. portrait vivant de mon implacable ennemie? .V est-ce pis effrayant que je sols votre awt Mais nou, vous n’y croyez pas. Je ne vous ai pas enfantée, Nathalie Gérard 1 Mes entrailles
«‘étaient pas fatales à re point, d’avoir à porter un démon avant un ange. Je vous renie, moi, voyez-vous?... Je ne vous connais pas. Je sais que vous m'avez tué ma fille, voilà tout. Ma fille, mon Eugénie, tua pauvre seule joie!... C'était donc pour tria qu’en te pleurant je me demandai»
toujours : mai» de quoi est-elle morte, enfin? natualie. O malheur’. . malheur!
*** cêraiiu. Et a présent, voulez-vous me dire ce que vous prétendez faire? J'imagine que vous ne pensez pas à rester Ici.
natiialjk. Tue-moi, ma mère, je te bénirai.
u* e géh ari*. Vous croyez peut-être que je n'en aurais pis le droit, et qu'on me punirait de vous avoir tuée. Et pourquoi donc? N'ai je pas votre aveu ? Jo suis souveraine en ma fninillct lin monstre est un ennemi public, d'ailleurs! Vous m'avez été ma lilie parce que vous ne vouliez pas d’elle ; suis-je obligée de vouloir de vous? Qui me retient? qui m'empêche? quel jury me condamnera ? J'ai ici des armes, les armes de ton père. Tu vas mourir... tiens!... (Elle ra vert un meuble. ! Trie, si lu oses prier. [Nathalie reste immobile.) Non, lu ne souffrirais pas assez... Va* t’e i, ton mari t'a chassée de &u maison, je te chasse de la mienne. Va où tu voudras, où lu pourras, la marque des fratricide* nu front, la crois sanglante du premier meurtrier! Va!...
cl que tous te rejettent comme moi : fais bur reur a tous comme à moi l sois maudite de tous ranime de mol!
natuaue. lui mettant fi main sur la bouche.
Non, non... tout... mais pas ce mot!. . Vous n’a- >oi pas le droit de dire ce mut.
ss ,n * Gérard, la repouaant. Ta main sur mon visage, sacrilège !
nahiauj:. La mort, oui, ce sera une justice et une grâce. Mais pas votre malédiction, ma mère, elle retomberait sur vous!
n** Gérard. A la bonne heure! jetez votre masque.
Nathalie. Pourquoi faut-il que je vous parle ainsi, mon Dieu... Je croyais que ma vie servirait de tombeau a mon crime. Miis nou 1 Eh bien! il n’cvt pas à moi seule ce crime. On m'y avait poussée.
H®* Gérard. On vous y avait poussé, vous dites? Et qui donc?
MATH AU R. Vous!
ir* Gérard. Md, Dieu vivant!
NATHALIE. Sachez tout, vous l'aurez voulu...
Vous le disiez : toute petite je n'avais déjà plus votre amour. Pourquoi? .. Mes premiers souvenirs sont rouges de châtiments et de larmes. Vous m'aviez prise en aversion, parce que je ressemblais a ma grand mère, qui était une femme hautaine, et trouvait que mon père s’était mésallie en vous épousant. Etait-rc ma faut»?... J'ai su cela plus lard, et j'ai réfléchi sur mon malheur : les meres ne songent pas assez à ce que les enfants »c demanderont un jour. Si je fusse restée seule, tous auriez peut-être Uni par me pardonner ma ressemblance. Le» antipathie» s'en vont comme elle» viennent. Mais vous avez eu ma satur, et j'ai gardé ma proscription. Pourtant j’aurais bien dû être aimée. . si vous saviez; car je voua aimais ardemment, au point qu’un soir, tremblante pendant que voua sommeilliez de lassitude, je vous ai trompée cornu»- r»cpo pour savoir uue fois ce que c’était que îes baiser» d'une mère.
u«* Gérard. Vous ne me les avez jamais demandés.
Nathalie. Est-ce que j'osais? Combien de fois, en vous voyant si passionnée pour elle, n'ai-je pas senti mon cœur affamé monter à mes lèvres avec cc cri : Mère ! je suis ton enfant aussi ! Mais, alors, tou» me regardiez avec votre dédain interrogateur, et mes paroles ctpiraiimt et je me repliais dans mon abaissement. Votre tendresse s'était toute donnée à la dernière venue Avais-je moins souffert, moi? avais-je moins pleuré? A elle 1rs sourires, à moi le» éclairs; la même main qui la caressait, me battait. J'étais assise au festin «le la famille. mais je ne devais y rien prendre ; une autre avait la satiété, quand j'attendais toujours <a miette de pain et la goutte d’eau.
»*• gérard. Qu'est-ce que cette femme m'apprend là, juste ciel !
Nathalie. J’ai lutté, ob ! bien longtemps...
car je savais qu'elle m aimait. Et voyez! son af-
ft-etr n avait fini par m'insulter : elle tombait sur mm romrne l'aumône d'une romtniséraliun triomphante... Vou» êtes plus grande et plu* lorleque le» a ares femmes, ma mère ; vous n’avez jamais su ce que «-'était que la jalousie !... Si vous entendiez ce «|ii 'elle souffle aur piuvres nature* injustement abandonnées!
H®* GÉRARD. Ai-je fait cela?
Nathalie, J’Avaii beau m'efforcer de l'aimer, je ne pouvais pas. parce qu’eu moi , en elle, eu vous, autour de nous, les amis, la maison, les é! rangers, tout me criait comme un rhiror iulerual : Celle-ci est la favorite de ta mère qui te hait!...
M m * GilaiRi». C’est vrai!
Nathalie. Je saigne cl je brûle à vous dire ce» chose» » tuais que voulez- vous? J'allais me tuer un jour en punition des pensées que tout eda me donnait , quand il est venu, cet homme, ce sauveur île mon pèret El elle l'a aimé... Et je l'aimais aussi, moi, de tout l'amour amassé dont vous n'aviox pat voulu I... Oh! je sais bien comme c'est horrible, allez !... El si après le meurtre la justire des homme» m’eût prise, que de souffrances de moins, mon Dieu! Tous 1rs jours celte agonira recommencer I Tou* les jours cette mort a revoir r Et cacher cela, songez donc! l'éviter, le fuir, le nier... pour finir par l'avouer, à qui, destinée implacable! C'est trop! C'est l'enfer!... Elle n'a pus souffert tant que moi! l'illé! mi mère, pitié!
vt®e GÉRARD. Seigneur, tous qui nous voyez et qui nous jugez ! tou* savez ti I ■ veuve a reçu a Anobéissance les épreuve* que vous lui avez envoyées. Gardienne du nom de ses enfant», honte, veilles, douleurs, elle a tout accepté et tout subi pour le sauver; elle n'a pas réclamé, elle n'a pas gémi .. mais à cette heure, mon Dieu ! je sens en moi que tout se déchire et s'en va! Est-ce assez, dites? Le 'calice est-il épuisé? car je ne peut plus, mol! c’est Uni, le coeur et les fotee», tout me manque!.. Un secours, un regard, Seigneur! Que dois-je faire «le cette malheureuse qui a trahi la nature pane
3 ue j'avais déserté mon devoir ? Que dois-je faire r moi même ? Et ti fidèle a cc nom trop funeste, je voulais encore une fois en éloigner le scandale et l'opprobre, ferais-je mal? Eat-ee que vous roc rejetteriez à cause de cela, dites. Seigneur? Non. n'est-ce pas? Vous aurez compassion! votre nuit pour toutes deui... la mort pour cette femme et pour moi.