‹ La mare d'AuteuilChapitre 2 sur 35 · MADAME DUR&ALDE · texte numérisé non relu

MADAME DUR&ALDE

Tamboureau «st enfin parvenu à débarrasser un vieux fauteuil gothique qui n'a plus qu'un bras , il le présente à cette dame en lui disant :

— Il n'est plus jeune... il a servi sous Louis XIII.

'— Alors il lui est bien permis d'être invalide, répond la jolie femme en s'asseyant avec précaation.

Pendant ce temps, Benjamin s'est levé et s'est teiu un peu à l'écart , ce qui ne l'empécbe pas de regarder cette dame qui vient d'iarriver, et de

se sentir tout bouleversé par l'expression magi* que de ses yeux.

— Mon cher Tamboureau, dit M. Valdener, je vous amène madame Durbalde : elle a vu mon portrait fait par vous... et elle Fa trouvé si bien, qu'elle veut que vous fassiez le sien.

Le jeune peintre s'incline en répondant :

— C'est beaucoup d'honneur pour moi, je ferai de mon mieux pour satisfaire madame.

— Réussissez-vous aussi bien avec les femmes qu'avec les hommes^ monsieur? dit la dame, dont le parler a quelque chose d'aussi incisif que le regard.

Tamboureau se sent presque intimidé, et il bredouille :

— Madame... je réussis... oui... cela dépend... vous comprenez... si vous aviez un costume grec... cela ferait mieux voir...

La dame part d'un éclat de rire.

— Ah! plaisantez-vous, monsieur? Est-ce que vous croyez que je veux me faire peindre en tragédienne ?... Je veux une toilette comme j'en porte une habituellement... nous choisirons... et dans un jardin... un parterre... avec... Oh ! mais pas comme cela , par exemple!... Ah ! ah! c'est trop drôle... Voyez donc, Yaldener, un

monsieur qui s^est fait peindre au milieu d*une basse-cour. •• Il est donc marchand de yolaillç, ce monsieur?...

La dame riait toujours ; M. Valdener considérait le portrait de Benjamin. Celui-ci était allé se cacher derrière un chevalet ; mais le peintre, dont Tamour^propre est piqué et qui ne veut pas être accusé de mauvais goût, s'écrie tout d'un coup :

— Madame y si j'ai mis plusieurs animaux dans le paysage , c'est que monsieur l'a exigé ; j'ai du me conformer à ses désirs , mais je vous certifie que l'idée n'est pas de moi.

Tout en parlant, Tamboureau avait désigné Benjamin, qui n'était pas tellement caché par les chevalets et les toiles, qu'on ne pût apercevoir une partje de son individu.

La dame s'est retournée pour considérer Benjamin, et M. Valdener s'empresse de dire :

— Mais après tout ce portrait est fort bien... le paysage en est très-joli... et pour quelqu'un qui vivrait à la campagne, cette réunion de... d'animaux... je veux dire... ces bétes sur le second plan... c'est très-original...

M. Valdener cherche à adoucir ce que les paroles de madame Durbalde ont eu de mortifiant

pour l'origifial du tableau. De son côté, cette dame dit à Benjamin :

— J'espère que monsieur n'a yu dans tout eela qu'une plaisanterie.. « Au premier aspect, ce portrait entouré ainsi m'a étonné... mais en l'examinant mieux... Oui, voilà un canard qui fait très-bien. . . Et monsieur est d'une ressemblance. ». c'est parfait!... Et ce rossignol sur cette branche.. • C'est un rossignol, n'est-ce pas, monsieur?

— Oui, madame.

— Tout cela est d'une grande vérité.

— Oui, murmure le petit rapin , toutes les bêtes sont ressemblantes.

Benjamin s'est décidé à sortir du coin où il s'était blotti ; il s'avance en saluant cette dame qui, tout en lui faisant des compliments, a toujours l'air de se moquer de lui. Il essaye de dire quelques mots, mais il s'embrouille dans une phrase ; le peintre vient à son secours en disant :

— Quelle grandeur madame veut-elle pour son portrait?

— Gomme celui de M. Valdener.

— Très-bien, madame... Est-ce que madame viendra poser ici ?. • .

— Oh ! non... eela me dérangerait trop. Je ne eonnaissais pas un atelier de peintre, voilà pour* qu<H je suis venue ce matin avec M. Valdener... J'étais curieuse de voir cela... c'est original. •• mais ce n'est pas élégant. ••

— Il y en a qui le sont, madame.

— Qu'importe , monsieur ! le talent a le droit de se singulariser. •• Ne pourrez-vous pas venir chez moi, monsieur?... nous réglerons le prix en conséquence...

— Très-bien, madame. •• pourvu que ce ne soit pas de très-bonne heure. •• parce que j'ai beaucoup à faire le matin... J'ai des modèles...

— Sur les onze heures, oela vous va*t-Âl?

— C'est un peu trop tôt.

— Eh bien ! sur le midi?

— A midi, soit, madame.

— Voici mon adresse, monsieur. Pourrezvous venir dès demain commencer mon portrait?...

— Oui, madame... j'ai justement là une toile de la grandeur que vous désirez.

— Alors c'est une chose arrangée , mon cher Tamboureau, dit M. Valdener tout en lorgnant quelques bustes de femmes accrochés dans l'atelier. Dès demain, madame vous attendra... mais

que ce ne soit pas en vain ; c*est que Ton prétend ,\^

que rexactitude n'est guère dans vos habitudes. \i\

— Monsieur aura, la bonté de les changer pour i\^ moi, dit la dame en se levant. :^

Le jeune peintre jure d*étre exact ; et madame i Durbalde, prenant la main de M. Valdener, sort -^ de l'atelier après avoir lancé un regard fascina- \ teur sur Benjamin, dont le trouble et l'émotion i ne lui ont pas été désagréables, tandis que le i petit rapin affecte, au contraire, de ne s'occuper que de son dessin, sans faire aucune attention à la personne venue avec M. Valdener.

— Voilà une bien jolie femme ! s'écrie le jeune Godichon lorsque cette dame est éloignée ; n'estce pas, M. Tamboureau,... et vous aurez du plaisir à faire son portrait.

Mais le peintre regardait l'adresse et murmurait :

— Rue de Ponthieu... fichtre ! c'est aux Champs-Elysées... quelle course!... et être là k midi! ...Il faudra donc se lever au point du jour... «ça ne me va guère... mais je lui ferai changer ses heures... Voyons, M. Benjamin, remettezvous, s'il vous plait, que je vous achève.

— Elle a de fameux yeux cette dame, dit Ben* jamin en reprenant sa pose.

— Ils sont trop grands, dit Buridan ; cela s'écarte du beau type de la Vénus pudique.

— Je ne croyais pas qu'on pouvait avoir des yeux trop grands.

— Buridan a raison, ditTamboureau, les yeux de cette dame sont un peu trop ouverts... cela leur donne une expression hardie... Gela n'empêche pas cette dame d'être très-jolie... C'est une femme entretenue...

— Vous croyez?

— Parbleu! cela se voit; d'ailleurs, j'ai dëji entendu parler d'elle par des lions... Elle est aujourd'hui la maîtresse de ce M. Valdener... ce vieux lion qui l'accompagnait... un ex-beau... qui fait encore des folies pour les femmes...

— Il est donc riche?

— Apparemment... Tournez-vous... Regardez-moi.

— Ah! madame Saint-Lambert n'est que de la petite bière auprès de cette madame Durbalde! se dit Benjamin tout en suivant les désirs de son peintre.

Au bout d'une demi-heure, Tamboureau quitte sa palette en disant :

— C'est fini.

— Bah ! vraiment ! mon portrait est achevé?. . •

-^Oui.«. encore une petite séance pour les détails, et je tous le donne...

Benjamin va se regarder ; il se trouvé trèsbien ; mais depuis que madame Durbaldé s'est moquée de son entourage, il est lui-même mécontent de 6*étre fait peindre avec cet accompagnement d'animaux, et il murmure :

— Oui, certainement. «• je suis ressemblant. •• mais une autre fois... Enfin, comme c'est pour Berthe et qu'il ne sortira pas de chez elle... cela m'est égal.

Le jeune homme a quitté l'atelier, tout en rêvant à cette dame qu'on lui a dit être la maitresse de M. Valdener, et il y pense tout le restant de la journée. Le lendemain, il veut aller parler de cette rencontre à son ami Rocheville , mais celui-ci est absetlt ; Benjamin est donc obligé de concentrer ses sentiments.

Deux jours après, Berthe revient le matin, voir son jeune ami ; après un flux de paroles dans lesquelles sa tendresse, sa passion , son attache*ment pour Benjamin sont portés au suprême degré, madanie SaintrLambert , par un riccMïhet fort adroit, est revenue au chapitre de sa marchande de modes et demande des fonds à son doux amie

Celai-ei répond qu'il est sans nouvelles de son pare et par conséquent sans argent.

La figure de FAndalouse se rembrunit; l'expression amoureuse qui animait ses yeux fait place à un air d'humeur, et elle s'écrie :

— Ah çày mais voilà un père que je trouve fort mal éduqué!.,. Oublier son fils... le laisser manquer d'argent. .. la chose la plus nécessaire à la vie... car dès qu'on manque d'argent, on manque de tout... Il faut lui écrire, petit.^. il faut tirer à vue sur lui...

— Je lui ai écrit.

— Alors je présume que bientdt tu auras sa réponse... Je vais aller me commander un autre chapeau pour que ma modiste prenne patience... Tout cela augmente horriblement mon mémoire; mais il le faut bien, car, vois-tu, bon petit, avec les fournisseurs, tant qu'on achète ils prennent patience, mais si vous ne payez pas et cessez d'acheter, ils deviennent féroces et veulent de Tangent... c'est pourquoi je vais acheter partout... Il faudra que tu me donnes mille francs au lieu de cinq cents... ce sera la faute de ton père qui nous laisse Boumquer d'argent.

Berthe a quitté Benjamin, qui l'a trouvée beaucoup moins passionnée cette fois*

Au bout de trois jours, madame Saint-Lambert v. g

arrive de grand matin chez Benjamin Godichon, if^g^

et cette fois, après l'avoir gratifié d'un baiser as- LOgg,

sez maigre, elle va droit au but : I.Hgg

— Dis donc, petit, j'espère que tu as quelque hi,,, chose à me remettre aujourd'hui... \^

— Oui, répond Benjamin; oui, ma chère ^q^ amie, j'ai quelque chose pour toi ; aussi j'atten- ^^ dais ta visite avec impatience.. • -j^

— Oh! qu'il est gentil... qu'il est aimable ! j.j| quel amour d'homme!. •• comme il mérite bien le \^^ cœur que je lui ai donné à jamais! 1^.

Cependant, Benjamin est allé dans une autre ^j

pièce de son appartement, et il en revient bien- ^]

tôt tenant à sa main son portrait, qui est dans un (^^

cadre magnifique. Il le place vis-à-vis de madame • \ p^,

Saint-Lambert, qui s'écrie : ^

— Qu*est-ce que c'est que ça?.., \^

— Gomment! tu ne le reconnais pas?... On le trouve cependant bien ressemblant...

— Ah ! oui... oui... c'est ton portrait... en effet... G'est que je pensais à autre chose. Oui, il est très-ressemblant. ' ^

— Tu vois qu'il y a dans le paysage tout ce

que tu as demandé*. • ! ^

— G'est vrai... Ah ! voilà un canard que j'a- ; j^

dore... Il est parlant... Quel beau canard!... il te ressemble... oh! il te ressemble.

— Comment ! le canard?

— Non, ton portrait; mais quel cadre magnifique !... Diable! on voit bien que nous sommes en fonds et que nous ne nous refusons rien.

— Oui, le cadre seul coûte quatre-vingts francs... Je trouve que c'est un peu cher... mais Tamboureau Tavait commandé...

— Il n'y a rien de trop beau pour mon Benjamin... Tu m'enverras ce portrait dès aujourd'hui...

— Et tu ne crains pas que ton oncle...

— Je lui ferai une histoire ; je lui dirai que c'est une de mes amies qui m'a prié de lui garder le portrait de son amant , qu'elle ne peut pas avoir chez elle, et tous les jours, matin et soir, je t'enverrai des baisers... polisson !.. . Mais il s'agit d'autre chose, petit ; tu sais qu'il me faut de l'argent... beaucoup même pour mes fournisseurs.

— J'ai reçu des nouvelles de mon père...

— C'est bien heureux... Enfin! on lui pardonne, mais que cela ne lui arrive plus...

— Il m'annonce qu'il a essuyé plusieurs banqueroutes... et qu'il ne peut rien m'envoyer de

longtemps...

Berthe fait qq bond sur sa chaise et se lëv'eeQ s'écrîant :

— Ceci passe les bornes de la plaisanterie... Vous n^avez pas d*argent et vous aohetex un cadre de quatre-^vingtis francs !

— Je... je ne l'ai pas encore payé.

— M«, Benjamin, je crois que décidément vous vous fichez de moi...

— Pourquoi pensez-vous cela, chàro amie? Je vous aime toujours...

— L'amour d'un honune se dévoile par les bienfaits qu'il répand sur l'objet de sa tendresse;... quand il cesse d'en répandre, c'est qu'il n'a plus d'amour...

— Ou plus d'argent!

— C'est la mjîme chose. . • Je veux dire qu'il sait bien trouver de l'argent tant qu'il a de l'amour. ..

— Et qiiand il n'en peut plus trouver, vous le plantez là, n'est-ce pas ?

— D'abord) quand il sait viyre, il »'en va tout seul et sans attendre qu'on l'en prie, et oq y serait bien obligée parce qu'on ne peut pas payer sa modiste avec du sentiment. Ah ! cela fait rire monsieur.. •

— Rocheville m'avait annoncé que vous me tiendriez ce langage.

— S'il TOUS a prëdit que je tous eiiTemi promener, il a très-bien deyiné aussi. Adieu, jeune Benjamin Goitichon.

—-Adieu belle Berthe, Saint-Lambert, de HoBssepignole, descendante des Villa de las Tormas de Bellaréal.

^ Cest bien, gamin ! Je suis encore beaucoup trop noble pour un marchand de drap... râpé! Vous pouvez garder votre portrait... je m'en soucie comi&e de çal.«.

Et déjà Berthe a gagné la porte ; mais 1&, elle s'arrête, se retourne, et prenant un air sérieux :

— Après tout, moiisieur^ ce portrait m'appartient, puisque vous l'avez fait feire pour moi et me l'avez donné ; vous voudrez bien me l'envoyer dès aujourd'hui.

— Je n'y masquerai pas, madame.

— J'y compte, monsieur.

Madame Saint-Lambert est partie.

Un quart d'heure après, Benjamin remettait sfm portrait à un commissionnaire et renvoyait ehez son ex-amante en se disant :

— Ce n'est pas le portrait que je regrette... mais je suis bien fâché que Tamboureau lui ait acheté un cadre si beau.

Dans la jo(«rnée, Benjamin se rend chez Roche-

TilIe qu'il n'a pu parvenir à rencontrer depuis qu'ils ont dëjeuné ensemble an Café Anglais.

Cette fois, il le trouve en train de gronder son domestique.

— Qu'a donc fait votre groom? demande Benjamin.

— Ce drôle-l& laisse entrer quand je lui ai dit de répondre que je n*y étais pas... Et il m'expose à avoir des scènes de toutes les façons.

— Mais, monsieur, cette demoiselle demeure dans la maison... Elle prétend qu'elle sait trèsbien quand vous y êtes...

— Je me moque pas mal qu'elle se fâche ou non!...Mademoiselle Coralie m'ennuie beaucoup. .. J'en ai par-dessus la tête de mademoiselle Coralie... Si cela continue, cette petite m'obligera à déménager... Oh! mon cher Benjamin, souvenez-vous encore de ceci : ne formez jamais de liaison intime avec une de vos voisines, car alors vous ne pourrez plus ni entrer ni sortir sans la trouver dans l'escalier... Le soir elle se plantera en faction chez le portier... Le matin, elle viendra avant le jour tirer votre sonnette... Et si vous recevez des visites de femmes... ce sera bien pis... Elle leur jettera de l'eau sur la tête, elle placera des bâtons sur le carré pour les faire

tomber... Voilli où j'en suis avec cette petite Coralie... une fleuriste du sixième à qui j*ai fait la sottise de dire quelques mots d*amour; mais jiB viens de la mettre à la porte un peu vivement, et j'espère que cette fois j'en suis débarrassé. Âh! mon cher ami, si on ne montrait pas un peu de caractère, les femmes nous joueraient comme des macarons.

— Mon cher maître, dit Benjamin en se jetant sur un divan à côté de Rocheville, j'ai suivi vos conseils, et de mon côté je viens de me débarrasser de madame de Houssepignole.

Et le jeune homme raconte à son ami tout ce qui s'est passé entre lui et Berthe.

— Très-bien, dit Achille ; vous voyei que je ne vous avais pas trompé, et que tout s'est passé ainsi que je l'avais annoncé; vous n'avez eu qu'un tort dans tout cela.

— Lequel ?

— C'est de donner votre portrait... Je gage bien que Berthe vous jouera quelque tour avec ce portrait-là...

— Vous croyez?

— J'en suis sûr , mais ce n'est pas d'une grande importance ; le principal c'est que vous Toilà libre et qu'il ne vous faut plus former de

ces sottes liaisons dans lesquelles un homme est toujours le nigaud... Ces dames disent le pigeon, mais le premier nom vaut mieux. Dès demain je vous mène avec moi chez M. et madame Duchampion... J'ai des projets sur vous... Ah ! elle sera bonne celle-li, ah! ah! ah f...

— De quoi rieaa-vous ?

— Je vous expliquerai cela... Je veux me venger de ces Duchampion, parce que vous saurez, mon cher ami, que s'ëtant aperçus que je faisais la eour à une dame de leur société, ne s'avisentils pas de trouver cela mauvais! Je vous demande un peu de quoi ils se mêlent !... Puisque le n»ari ne le trouve pas mauvais, lui, est-ce que cela les regarde?... Mais il me semble que vous ne m'écoutez pas... à quoi révez-vous donc?

— Ah ! mon cher maître, à une bien jolie femme qui est venue il y a qudques jours dans l'atelier du peintre qui faisait mon portrait... C'est une petite^-maitresse... Tournure ravis* santé... des airs de princesse, mais qui lui vont parfaitement...

— Voilà encore mon Godichon amoureux...

Mon Dieu, comme ce petit bonhomme-li prend feu!...

— Ah ! si vous aviez vu les yeux de cette dame...

— Enfin savez*-vou8 qui c'est?

— * Elle se nomme madame Durbatcjle, elle est Tenue avec un certain M. Valden^... lion du second ban ; Tamboureau assure qu'elle est sa maîtresse.

— Yaldener, je le connais^ je me suis trouvé quelquefois en partie de plaisir avec lui ; c'est on homme qui a été fort bien«

— Oui... mais il ne Test plus.

— Il est encore pas mal aux lumières...

— Mais e*est dans le jour qu'il est venu aree cette femme délicieuse... Ah ! depuis ce moment j'ai les yeux de cette dame toujours là... devant moi...

— Madame Durbalde!... je ne connais pas cela... mais je m'informerai... je saurai ce que c'est. Ne vous tourmentez pas, mon cher, vous éyincerez le Valdener... A votre âge, avec de la fortune!... vous réussirez trop, voilà le malheur...

— Si c'est toujours comme avec madameSaint- Lambert, ce ne sera pas bien glorieux !... A propos, avez-vous revu M. Monbreilly?

— Non, je suis allé deux fois chez lui... il est toujours absent. •• Mais vous lui devez une visite. • • allez le voir, et demain soir à neuf heures

je vous attends au passage de l'Opëra. Au revoir... Ah ! prenez garde de rencontrer Berthe dans Tescalier, car elle vous ferait quelque algarade.

Benjamin a quitté la demeure de Rocheville en descendant quatre h quatre les marches de Tescalier.

Il arrive rue Joubert.

Au moment d'entrer dans la maison où loge Albert Monbreilly, il se trouve face à face avec Arthur Durbinot qui en sortait, et s'écrie :

— Tiens!... c'est monsieur avec qui j'ai eu le plaisir de diner chez Vachette.

— Oui, monsieur, je vous remets aussi ; vous êtes M. Arthur Durbinot.

— C'est cela même, et vous H. Godiche...

— Godichon.

— C'est ça... je ne trouvais plus la fin.

— Vous venez de chez M. Monbreilly ?...

— Oui... mais ne vous donnez pas la peine d'entrer, il est à la campagne, h ce que m'a dit le concierge.

— Alors, je remets ma visite à un autre jour.

— Il fait bien beau temps aujourd'hui...

— Oui, monsieur... il fait superbe.

— Comme Éiéonore dîne aujourd'hui chez

— îi —

noe de ses parentes... je me disais: Où irai-je me promener?...

— Ma foi, monsieur, c'est aussi ce que je me demimde en ce moment.

— Alors, monsieur, si ma compagnie ne tous est pas désagréable... nous pourrions flâner ensemble.

— Je n'osais vous l'offrir, monsieur, mais ce sera un grand plaisir pour moi...

— Vous êtes bien bon... c'est moi qui l'aurai.

— Franchement, se promener seul ce n'est pas amusant... moi, surtout, qui ne connais pas encore bien Paris.

— Ah! vous ne connaissez pas très-bien Paris?... Je puis vous piloter, moi... je le connais sur le bout de mon doigt... ses rues, ses places, ses culs-de-sac! J'irais partout les yeux fermés...

— Alors, monsieur, vous serez mon guide, je m'abandonne à vous.

— Très-bien, mais où allons-nous d'abord?

— Où vous voudrez...

— Connaissez-vous la manufacture de tapis des Gobelins?

— Non, monsieur; j'en ai beaucoup entendu parler, mais je n'y suis jamais allé; je serais cependant curieux de voir cela.

— Eh bien! si vous voulei, je vais t«ds j conduire.

— Très-Yolontiers.

— C'est un peu loin... mais vous n'êtes pas pressé?

— Je sois entièrement Jibre.

— Alors allons aux GobeUns... Ah! diable*. • est-ce que j'aurais oublié...?

Arthur tâte ses poches d'un air inquiet.

— Vous avez oublié de prendre un mouchoir? lui dit Benjamin.

— Non... ce n'est pas cela... Ah! je l'ai... il était au fond, dans ma poche, sous mes gants». • c'est mon pistolet...

— Vous avez un pistolet sur vous?... Est-ce qu'il en faut pour entrer aux Gobelins ?

— Non, ce n'est pas pour cela... mais le soir on peut rentrer tard et faire de mauvaises rencontres... Alors on est bien content d'avoir une arme pour se défendre.

— C'est une précaution à laquelle je n'ai jamais pensé.

— Je vous assure qu'elle n'est pas mauvaise. Quand vous voudrez, monsieur.. • nous allons gagner les boulevards... ensuite... soyeî tranquille, je vous ferai prendre le plus court.

Page 1