CONCLUSION
Un mois après ces ëvënements, Augusta était devenue madame Monbreîlly.
M. Valdener, dont la santé était toujours chancelante, après avoir marié sa fille, s'était retiré à la campagne, ne se sentant plus le courage de vivre à Paris sans jeunesse, sans fortune et sans conquêtes. Mais les jeunes époux allaient souvent le voir, et le tableau de leur bonheur, en le rendant heureux, lui faisait sentir qu'il y a des jouissances pour tous les âges.
Quelques jours après leur mariage, Albert et
sa femme ont vu entrer chez eux un petit jeune homme tout pâle, tout triste, et entièrement habillé de noir ; les jeunes époux ont couru audevant de lui en lui tendant les bras, car ils ont reconnu Cotonnet, qui leur presse les mains avec affection en leur disant avec cet air timide et craintif qui ne le quitte jamais :
— Pardonnez-moi d'être venu comme ça.,.
vous déranger... sans vous en avoir demandé la permission, mais j'avais appris que vous étiez mariés... et je n'ai pu résister au désir de venir vous faire mon compliment, vous dire que je prends bien part à votre bonheur...
— Nous déranger! vous, Gotonnet! mais n'étes-vous pas notre meilleur ami?...
— M. Gotonnet, dit Albert, si vous voulez nous faire plaisir, venez souvent nous voir, car je n'oublierai jamais, moi, que ma femme a toujours eu en vous un protecteur, un défenseur... qui dans aucune circonstance n'a douté de sa vertu.
— Je vous remercie, monsieur et madame..., je viendrai quelquefois, puisque vous me le permettez...
— Mais vous paraissez triste... ; vous aviez retrouvé Goralie, il me semble...
— Oui, murmure Gotonnet en baissant ses regards vers la terre, je l'avais retrouvée... bien misérable... bien souffrante... et je lui avais pardonné... j'allais même Fépouser... car je ne doutais pas de son repentir... mais elle est morte... je l'ai perdue!...
— 4^auvre Coralie. . . elle est morte ! . . .
— Oui, mamzelle Augusta..., pardon, je voulais dire madame... Coralie est morte au moment où elle allait connaître une existence honorable, douce, être heureuse, enfin !
— Mon ami, dit Albert en prenant la main de Colonnet et la lui pressant avec affection, je vous plains, vous, qui aimiez tant cette femme..., mais c'est vous seul que je plains. Était-il juste qu'elle devînt heureuse , celle qui avait si mal reconnu votre tendresse sincère, celle qui avait mené une vie si dissolue?... Et à quoi servirait-il donc d'être honnête, sage, laborieuse, si ces femmes qui s'abandonnent à tous leurs penchants, qui tournent la vertu en ridicule, devaient, en suivant la route du libertinage, arriver aussi au bonheur? Mais heureusement, cela n'est pas, et ceux qui nous ont montré le vice fortuné et la vertu malheureuse ne nous ont fait voir que des exceptions à la règle commune...; la
Proridence De veut poiat qu'il en soit ainsi. Le vice D*est pas toujours le marchepied de la fortune... Les maladies, la misère, le mépris gênerai... voilà tAt ou tard où mène l'inconduite. La sagesse, au contraire, a dans l'adversité sa conscience pour soutenir son courage, et lorsque arrive enfin le jour de la récompense, elle jouit doublement de sou bonheur, car elle se sert de sa fortune pour secourir les malheureux.
— C'est possible, murmure Cotonnet en essuyant ses yeux, mais tout cela ne m'empécbe pas de la regretter.
Benjamin Godichon ne tarde pas à retourner près de son père, et c'est U qu'il se marie dans l'espoir d'avoir enfin une femme pour lai seul.
Tamboureau continue à se lever tard et k se promener la nuit, ce qui ne l'empêche pas de faire de délicieux tableaux.
Boucaros est devenu très-fort dans l'art de faire rôtir ud filet de bœuf h point.
Arthur Durbinot va très-souvent au tir et continue de porter un pistolet dans sa poche. Oo assure qu'une fois il s'en est servi pour réveiller son portier qui ne voulait pas lui ouvrir.
Quant ft Rocheville, obligé de porter un ban-
deau pour cacher l'œil dont il ne voit plus j il salue encore les dames qu'il ne connaît pas, mais cela ne lui suscite plus de duel, parce qu'il est devenu trop laid pour que Ton soit encore jaloux de lui.