CHAPITRE PREMIER
ajouté le matin au mal à la gorge. Le même scrupule qui avait dicté le silence de la veille l'empêcha d'envoyer chercher son médecin ; elle garda le lit, servie par des gens tous plus maussades les uns que les autres ; enfin, à l'aide d'eau de fleurs d'oranger, d'éther, et surtout d'une forte volonté, elle se mit en état de se lever, fit une toilette simple, mais riche et noble, et vers dix heures entra dans ses salons splendidement éclairés. Elle y avait été précédée par quelques mères de filles laides ou peu riches qui avaient voulu leur ménager de bonnes places, bien assurées que les danseurs ne viendraient pas les rechercher dans la foule. — La maréchale jeta un coup d'œil savant autour de ses appartements, et voyant qu'il n'y avait
rien à reprendre, sembla s'occuper exclusivement d'une compagnie dont elle ne se souciait guère, et point du tout du matériel dont elle se souciait fort. Bientôt les véritables élégants arrivèrent et la fête s'anima. — Après avoir dit très-sincèrement à la duchesse de Montford qui se retirait vers minuit : « Vous êtes bien heureuse de vous en aller, je voudrais pouvoir en faire autant, » la maréchale n'épargna aucun soin pour prolonger son bal. — Le bruit, habilement répandu, d'un déjeuner à la polonaise devant être servi à six heures retint beaucoup de monde ; toute nouveauté séduit à Paris ; on voulait pouvoir raconter le lendemain le déjeuner à la polonaise. Il fut très- bon, très-recherché, comme l'avait été le souper.