CHAPITRE PREMIER
table, se fit apporter un bouillon dont elle avala quelques cuillerées, et se renfonça dans son fauteuil. Sa vue fatiguée ne lui permettait pas de lire longuement à la lumière, elle eut recours au tricot qui stationnait sur sa table et se plongea de plus en plus dans les idées tristes ; avant neuf heures elle passa dans sa chambre et sonna ses femmes :
(( Je ne sortirai pas ; je vais profiter de ce c[\xe ma porte est fermée pour me coucher ; j'ai mal à la tête et décidément mal à la gorge.
— Cela n'est pas étonnant à la façon dont madame met la maison sens dessus dessous, » répondit mademoiselle Julie d'un ton colère.
Madame d'Aubemer comprit que David
n'avait pas gardé le secret sur l'escalier. La révélation étant faite , elle trouva inutile d'y revenir et garda le silence, que mademoiselle Julie imita d'un air rogue. L'ordre fut donné de taire l'indisposition de la maréchale , dans la crainte que le bruit, s'en répandant, n'amenât quelque incertitude sur la soirée du lendemain parmi les élus de la mode^ espèce de monde qui connaît son importance, veut être prié partout , accorde souvent sa présence, toujours sa critique, mais peut se dégoûter à la moindre difficulté et que la maréchale , malgré sa haute position sociale, tenait pourtant à posséder à son bal.
Madame d'Aubemer passa une mauvaise nuit ; un violent mal de tête s'était