CHAPITRE VUI
grande passion pour un sot mari, trop bête pour savoir l'apprécier. Elle avait vu tant de bizarreries en ce genre, que sans le comprendre, elle se résigna à y croire. — Lionel ne tarda pas à insinuer qu'après avoir ramené madame de Saveuse en Limousin il serait forcé de revenir à Paris, où des affaires très-impérieuses le rappelaient, et Gudule ne paraissait pas fort troublée de cet avertissement; mais la maréchale, au contraire, y vit la perte assurée du bonheur de sa nièce, puisqu'il était attaché à la conduite de Lionel, et se disposa à mettre obstacle à ce projet de séparation. En conséquence elle prévint Caroline de ce qui se passait, en l'engageant à ne point encourager Gudule à quitter Paris si les affaires de son mari
pouvaient servir de prétexte à son retour et le livrer sans aucun frein à toutes les folies où la princesse Simon s'amuserait à Tentraîner. Celle-ci, de son côté, trouvant son innocente rivale suffisamment punie par son éloignement de la capitale, s'adoucissait pour elle, et ne voyait pas sans quelque plaisir l'elïet de ses propres charmes dans l'empire qu'elle exerçait sur Lionel. Sans parler de ses projets de retour elle manda à Henri, dont la jalousie la flattait et la préoccupait, le prochain départ des Saveuse. — Il se promit bien de l'entraver.
Les quinze jours destinés à tant d'agréables distractions s'achevèrent péniblement; chacun en vit arriver le terme avec une satisfaction que la politesse déguisait à