CHAPITRE VIII
Un matin cependant où elle semblait plus accablée que d'ordinaire, Lionel, avec cet incomparable aplomb d'un sot, osa lui demander ce qu'elle avait. Gudule se trouva plus déconcertée que lui de la réponse à faire, car au fond elle se sentait désolée, abandonnée, et ne savait pas bien nettement pourquoi. Les soins de Lionel ne lui avaient jamais été ni prodigués ni indispensables. Elle lui répondit avec un doux sourire :
« Mon ami, je languis après l'aubépine de nos montagnes; ces magnifiques jardins qui s'étendent là sous mes fenêtres dans leurs lignes régulières ne font qu'accroître mon désir de revoir nos rustiques sentiers. Le temps de notre retour s'est déjà bien éloigné... Vos affaires ne fini-
ront-elles donc pas?... Ramenez-moi près de ma mère, je vous en conjure, je retrouverai la santé àSaveuse... »
Et Gudule fondit en larmes. Lionel n'était pas un méchant homme. Touché du chagrin de sa femme, il promit un prochain retour au Limousin et en fixa même le jour. Madame de Saveuse fut étonnée de ne point ressentir une joie plus sensible, et l'attribua au regret de s'éloigner de sa tante. Elle retrouva cependant assez de satisfaction en écrivant cette bonne nouvelle à sa mère pour que son visage en fut rasséréné au point de frapper la maréchale. En apprenant qu'il fallait attribuer ce changement à l'espoir du départ pour Saveuse, madame d'Aubemer revint à la pensée que sa charmante nièce avait une