La maréchale de Saint-André
DE» !H>DVE!VIIIS D't'K E'VFAIVT DU PRtPLB, P\R MICHF.I, MASSON , 7, KIJE VIVIENNR.
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in 2010 with funding from
University of Ottawa
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Lorsque la moisson est faite dans les plaines de la Beauce , lorsque , dans ces champs , d'une immense étendue, la mer dorée des épis s'est retirée devant le moissonneur, comme la mer Rouge devant Moïse, tout est tristesse, solitude, monotonie pour le voyageur qui chemine de Dreux à Chartres.
Quelques mois plus tôt , sa route n'eût guère été plus gaie. Devant lui , partout autour de lui , là bas encore, si loin que s'étende le regard, il n'eût aperçu que des blés. Mais il y a encore quelque plaisir à voir les beaux épis frissonner
au moindre souffle d'air, s'abattre mollement en paresseuses vagues, lorsque passe une brise d'été, et redresser ensuite leurs tiges souples et élancées , au milieu desquelles brillent le coquelicot et le bluet. Alors l'alouette des sillons monte droit vers le soleil en portant à Dieu la prière de ces grandes et riches solitudes qui cachent et bercent son nid ; alors la cigale chante sous le gazon brûlé des sentiers, et les deux flèches de Notre-Dame de Chartres se lèvent à l'horizon du milieu des épis , comme les deux pointes d'une couronne antique placée sur le iront d'une moissonneuse.
Mais lorsque la faucille n'a rien laissé dans les champs, lorsque le paysan beauceron a enfoui dans ses granges les belles gerbes dorées , en supputant d'avance le gain qu'elles doivent produire , la plaine déj)Ouillée n'est plus qu'un désert où court l'ombre gigantesque des grands nuages que pousse rapidement le vent d'automne. Son soufde passe sur les chaumes secs, emportant avec lui la plainte faible et mourante qui sort de leurs tiges froissées, et ces fils blancs qui , tombés dans la nuit de la quenouille de la Vierge, n'attendent qu'une brise pour remonter au ciel.