CHAPITRE I
Alors , dans les temps sombres . la teinte grisâtre de la terre se confond , à Thorizon, avec les teintes humides du ciel ; et, digne de servir d'organe à ces mélancoliques solitudes, l'orateur ou le barde centenaire d'une troupe de corbeaux qui est venue s'abattre à l'angle de quelque champ , élève, à de longs intervalles, une voix grave et prophétique.
Par une de ces froides et douteuses journées d'automne , seul au milieu de cette nature triste et morne , un berger gardait ses moutons en silllant quelque dolent air de village. Il était assis à la porte d'une misérable hutte, habitation improvisée que composent quatre bouts de bois se réunissant en pointe et formant une pyramide agreste, dont les parois sont com j)0sées de mottes de terre appliquées les unes sur les autres. C'est tout autant qu'il en faut pour garantir du vent et proléger contre la pluie les pâtres retenus
dans ces plaines par la garde de leurs troupeaux.
Le costume change peu au hameau; la motle
a enrayé son char léger en y passant, ou, si
vous Taimez mieux, ses ailes de papillon se
sont brûlés à la lampe «le la ferme, et, sous
celle espèce de manteau dont s'affublent encore
nos rouliers , le berger de >i560 portait le sayon de toile que les Gaulois , nos ancêtres , nous ont transmis sous le nom peu poétique de blouse ; il avait aux jambes des guêtres également en toile qui , nouées au-dessous du genou, et s'élargissant par le bas , venaient tomber sur des sabots ornés d'une peau de mouton et abondamment garnis de paille; un grand feutre noir, que la pluie et le givre avaient depuis longtemps marbré de places jaunâtres , couvrait sa tête... Vous le voyez, c'est bien le paysan de notre temps ; il n'en diffère, dans son extérieur, que par sa barbe longue et touffue et par les deux brins de buis altacbés en croix sur le devant (le son cbapeau.
C'est la cocarde nationale de ce temps-là, c'est le signe de ralliement de ceux qui veulent prier Dieu comme l'ont prié leurs pères, de ceux qui défendent leur religion comme leurs fils défendront plus tard leur liberté.
Le berger était vieux. De longs cheveux blancs, que la brise faisait voler en arrière, accompagnaientdignementson visage balé,dontles traits, beaux encore, n'avaient pas été déformés par la vieillesse; ils indiquaient cette jeunesse et cette