‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 121 sur 145 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

che, en vérité! dit-il avec un amer sourire; vous ne pouvez rien pour moi , monsieur !

Et, excédé de fatigue, succombant sous Texcès de sa fureur , il se laissa loniber sur un siège...

— Quoi ! je ne puis rien pour vous, moi dont la mission est de consoler, de secourir mes frères... ?

— Et de les prêcher? ajouta le jeune homme.

— Vous êtes maliieureux, vous souffrez... Voyons d'abord vos plcùes ; voyor.s si j ai du vin pour les laver, du baume pour les calmer, du linge pour étancher votre sang.

Le frère de I abbé Guillaume s'était aussi approché...

— Je ne me trompe pas, s'écria (out à coup le jeune homme en l'apercevant ; non. . je vous ai vu déjà... à Mézières... près du prince de Condé... Vous êtes protestant, ministre protestant, vous! Ah! que je suis heureux de vous trouver! Eh bien! vous n'avez pas prêché en vain ; vos paroles n ont pas été perdues... j'ai réfléchi, médité... Oui, vous avez raison... oui, c'est le parti de la justice , du droit. . de la vérité...

Le ministre regarda le prélre d'un air triomphant.

— J'ai pris un parti , continua le jeune homme ; mes irrésolutions sont fixées : mon frère , je suis des vôtres ! . . . Conduisez-moi vers celui que vous accompagniez à Mézières : je suis des vôtres, vous dis-je... j'abjure !

-— Malheureux ! s'écria le prêtre catholique en se détournant avec horreur.

— J'abjure. . . Mais on se battra , n'est-ce pas ? 11 y aura des épées , il y aura du sang, des rencontres où on pourra retrouver son eimemi , où on pourra lui crier : — A nous deux , maintenant; car le champ de bataille égalise tout le monde, car il n'y a là d autre noblesse que celle du plus fort ou du plus adroit !

— Ainsi , s'écria le prêtre catholique , ainsi , c'est pour vous venger, malheureux enfant, que vous quittez la religion de votre père...

— Mon père ! sais-je quelle était sa religion , seulement? Je suis un misérable enfant trouvé... Ne l'avez-vous pas entendu? On Ta dit assez haut ce soir pour que tout le monde ici le sache... Dès ce soir je suis libre de toute autorité, j'ai brisé tout lien... Eh bien 1 vous le voyez , vous qui m'avez si souvent parlé d'indépendance..

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