CHAPITRE V. i
Ne suis-je pas votre homme, à présent? Vous êtes en guerre avec toutes les traditions, vous ne reconnaissez de maître que votre volonté,
de guide que votre conscience Ma volonté
est de me venger ; ma conscience me dit que cela est bien... je suis des vôtres, vousdis-jel
— Non, jeune homme, s'écria le ministre , non , car notre religion est celle de Jésus-Christ, car nous cherchons dans TEcrilure la règle de toutes nos actions, cl Jésus-Christ nous a enseigné à dire : « Pardonnez -nous nos offenses » comme nous les pardonnons à ceux qui nous » ont offensés! »>
— C'est un enseignement, oui, mais ce n'est plus un ordre... Plus d'autorité, plus d'ordre ! Celui-là, ajouta-t-il en montrant le prêtre catholique, celui-là, en me refusant Tabsolution, en me privant de la communion des fidèles, eût cherché à mettre empêchement au sentiment qui domine moname, à l'action qui peut en résulter... vous, vous n'y pouvez rien... je serai des vôtres avec cette passion dans le cœur , avec l'attente de sou entier accomplissement, et même après qu'elle aura été satisfaite... Je m'assiérai à votre table, je chanterai vos cantiques... Censures, excom-
munication, confession , et par conséquent refus d'absoudre , vous avez tout proscrit, tout abandonné I Je suis des vôtres , vous dis-je ! D'ailleurs, n'enseiguez-vous pas la prédestination et rimpuissance des bonnes œuvres?... A quoi nie servirait-il donc d'aller tendre la main à mon ennemi? Et, s'il y a des prédestinés , pourquoi ne le serais-je pas , moi? Prédestiné à être outragé, je Tai été aussi à me venger par tous les moyens en mon pouvoir, et je ne lu lierai pas contre cet arrêt porté sur moi de toute éternité... de toute éternité , vous le voyez , il était écrit que je serais des vôtres !
Le ministre protestant, atterréde cette victoire, gardait le silence; et le jirétre catbolique, priant tout bas pour les égarés, tenait sa figure dans ses mains et cachait la douleur de son triomplie.
— Mon frère, dit enfin le ministre, votre exaltation est grande; la voix de la justice, de la raison, se fera entendre de vous quand la vague se sera calmée, quand les grandes eaux se seront retirées devant le souille qui dissipa les immensités du déluge... I/Esprit saint pailera à votre cœur dans le calme et dans le silence ; à celte voix seule il appartient de vous guider, . .