CHAPITRE 11. 6i
prison ! — Voilà ce qu'on se dit , Doloride. C'est bien mal , n'est-ce pas? mais ce qu'on désire est plus mal encore ; car on voudrait être là... auprès de lui... sur la paille du cachot, caresser ses cheveux, réchauffer ses mains, baiser son front , lui dire : Vois-lu bien que tous ne t'ont pas oublié? H y a une pauvre femme qui te répondait dans son cœur quand tu 1 appelais. Il ne faut pas désespérer, ami, tant qu'elle t'aimera , et, tu le vois, elle t'aimera toujours!...
Oui, j'ai dit cela , moi , d'autres choses encore, dans mes nuits de fièvre, de délire et d'insomnie, me relevant ensuite avec une indicible terreur, écartant mes rideaux et tremblant d'apercevoir agenouillée près de mon lit ma pure, ma chaste fille qui aurait entendu ces paroles de damnation ! Et là ne se borna pas mon épreuve : ces assauts n'étaient préparés que pour amener l'attaque qui devait être décisive... Car le prisonnier dont je rêvais toutes les nuits brisa ses fers, car Thomme dont le nom , dont le souvenir troublait toute ma vie , vint chercher un abri, une retraite dans ces lieux où je l'aimais tant déjà, malgré léloignenjent, malgré l'absence... L'absence! celle ressource de la verlu,
m PROLOGUE.
de la sagesse chancelante , me fut môme refusée, Doloride...
— Et vous ne dites pas, chère maîtresse, reprit la fidèle camériste en cherchant à relever la malheureuse femme à ses propres yeux, voUs ne dites pas que, par votre volonté, cet obstacle que le sort aplanissait entre vous deux est resté aussi complet, aussi inviolable...
— Oui, j'ai refusé de le voir... Le voir, c'eyt été tomber dans ses bras 1 j'ai refusé de le voir.. . mais je sais qu'il est là... tout près de moi... et depuis ce temps, Doloride, le vent, Tair, la lumière, le son m'apportent un poison qui augmente ma maladie et qui finira par me tuer.
J'ai refusé de le voir; mais je reçois ses lettres ; mais je les lis , je les relis sans cesse ; mais pour Tentendre , pour me savoir plus près de lui , souvent la nuit, me glissant dans l'onïbre, cachée dans mes voiles, je me rends au lieu où il se rend aussi pour prier... J'unis, sans qu'il le sache, ma voix à la sienne. Les paroles que je chî^'ite sont-elles meilleures, plus saintes que celles des catholiques? Pardonnez-moi, mon Dieu , mais je Tignore; car je n'en cherche pas le sens ; mais toutes sont belles, admirables pour