CHAPITRE II
abandon , chercher cette nouvelle preuve de ma faiblesse? Cette visite , en ce moment, m'épouvante plus que je ne puis le dire... Souvent dans la nuit je me réveille, et j'écoute, glacée par l'effroi ; car il me semble que j'ai entendu sonner à la porte principale du château , et que les pas de mon époux ont retenti sur les degrés de l'escalier.
Et pourtant je ne suis pas coupable, ô mon Dieu, vous le savez; il n'y a dans mes actions rien qui porte préjudice à 1 honneur de cet homme qui m'a délaissée, outragée, lui, et livrée dans ce désert , sans défense , au délire
de ma passion. Mais non que dis-je? un
ange veillait près de moi , sur moi; le berceau de ma fille était là, et ma vertu se fortifiait de son innocence... Ses caresses, ses baisers parvenaient à combler le vide de mon âme , je ne souffrais plus que de cette langueur douce et rêveuse qui est la convalescence de la douleur; je me souvenais encore, car je me félicitais trop d'avoir tout oublié ; mais du moins ces souvenirs n'avaient rien d'acre , rien d'amer , et mon ciel, reprenant sa clarté, n'offrait plus à ma vue que ces beaux nuages qui s'éloignent en formes gracieuses , si beaux qu'on s'étonne
qu'ils aient pu autant vous effrayer quand ils promenaient sur votre tête Téclair et la foudre. Vain espoir, et calme trompeur, Doloride ! Comme si ce n'eût pas été assez, pour troubler de temps en temps mon repos , de ce bruit de gloire qui m'apportait son nom dans la solitude, le sort qui me poursuit y a bientôt joint le récit de ses malheurs. Le prince , le héros pouvait a la fin peut-être s'effacer dans mon cœur ; l'image du proscrit s'y réveilla avec plus de force que jamais... Heureux , qu'avait-il besoin de Tamour d'une pauvre et faible femme, qu'il avait oubliée sans doute dans le cours de ses prospérités et de ses triomphes? mais, malheureux, prisonnier, abandonné , trahi de tous , ce serait une lâcheté que de ToubUer aussi... Et puis, c'est maintenant qu'il revient au souvenir, aux impressions des jours depuis longlcm[)S passés; c'est maintenant qu il appelle à son aide contre l'ennui des longues heures de la captivité, les tiaces qu'ont laissées dans son cœur les extases , les espérances, Tenivrement d'un premier amour. Cet amour mal éteint se ranime, il souffle sur ses cendres pour s'y réchauffer... 11 m appelle; il me non)me aux échos de sa triste