‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 41 sur 145 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

et si elle est aussi fâchée qu'il plaît à votre importance de le dire.

Il siffla le faucon qui vint reprendre place sur son poing, puis, aprèsavoir salué , il se disposa à quitter le jardin.

— Adieu, jeune homme, dit le prince en lui faisant de la main un signe amical , vous êtes au service d'une digne et respectable dame qui mérite par-dessus tout d'être aimée , honorée et servie fidèlement, et, quoi que j'en aie dit, ne craignez pas de lui montrer trop de zèle. Avec une maîtresse comme celle-là , mon jeune ami , trop n est pas encore assez !

— Avec un maître comme celui que nous servons , reprit Thomme noir , après que le page se fut éloigné , trop n'est pas encore assez : voilà ce que je répondrai maintenant à ceux qui se plaindront de noire trop de zèle ; et que pourront-ils dire à cela, ie vous le demande, monseigneur?

— Mais ce maître, monsieur?..,

— Ce maître , monseigneur , c'est Dieu , répondit le ministre en baissant les yeux , et je le remercie du plus profond de mon cœur de vous avoir inspiré la résolution qui vous fera rompre un trop long silence et vous conduira pour cela

dans une retraite plus sûre que ce pavillon et ce jardin ouvert à tout venant.

En parlant ainsi, il se leva, salua le prince et s'éloigna ; car il devinait que ce message apporté par la camériste était de nature à ne point être expliqué devant un tiers.

La grande femme se tenait à Técart , immobile, cherchant quel motif avait pu conduire le page auprès de celui qui se cachait.

L'inconnu Tappela en ce moment, et la faisant asseoir à côté de lui sur le banc , il lui demanda avec empressement ce qu'elle avait à lui dire.

Pendant ce temps , Mézières s'acheminait vers la brèche qui lui avait donné entrée dans le jardin. Sa présence en ce lieu avait intrigué Doloride , et lui-même s'en allait singulièrement intrigué de la rencontre qu'il venait de faire de cette femme. Ce personnage qui vit dans la '"■ retraite et qu'il a déjà vu dans le parc du chAloau, est donc connu de sa maîtresse. Ce que ce vieux berger a dit , la veille, revient dans son esprit; il y a là un mystère... Quel est-il? Son imagination travaille , son esprit s'exalte , et cet esprit inquiet, toujours écoutant, toujours combinant les ressorts d'un grand roman dont il se fait le héros , toujours préoccupé

Page 1