‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 52 sur 145 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sis, ce chant de parpaillots me chatouille désagréablement les oreilles, s'écria tout à coup le

sacripant... Si nous entrions, monseigneur

je serais curieux, moi. de savoir ce qui se passe là-dedans... On dit que dans ces réunions nocturnes hommes et femmes se mêlent vilainement.

— Oui ; et que penses-tu de ce juge de la prévôté d'Orléans qui, conduit par la curiosité dans une assemblée de ce genre , s'y trouva côte à côte avec sa femme?

— Je pense qu'il a eu tort de la tuer.

— Je dis, moi , qu'il a très-bien fait^ et si chose pareille m'arrivait. . .

— Entrons-nous , monseigneur? La porte qui conduit dans la cour de la ferme est ouverte, et si vous voulez...

Le maréchal hésita un moment.

— Non, dit-il enfin, en poussant son cheval en avant; point d'esclandre... Au vieux Montmorency Ihonneur qui peut résulter do la j)rise d'un prêche ! Qu'il justifie par des expioils de ce genre, limplacable vieillard , ce nom de capitaine brûle-bancs que lui ont donné les huguenots! C'est sur un champ de bataille que je veux les voir face à face.

En ce moment, le vent apporta encore les paroles du cantique que Ton chantait dans la grange:

Le Seigneur les verra s'enfuir Ainsi qu'on voit s^évanouir

Un amas de fumée ■ Comme la cire auprès du feu.

Ainsi des méchants devant Dieu

La force est consumée!

Le maréchal et le juif continuèrent leur route. Saint-Sornin , avant de les joindre, s'approcha le plus près qu'il put de la grange; puis, élevant sa voix de Stentor , il chanta ce couplet d'une chanson du temps:

Pour enseigner les patenôtres Que Dieu donnait au genre humain.

Grâce au Saint-Esprit, les apôlres Parlaient hébreu, grec ou latin.

Et, lorsque vos tristes cantiques, De vos greniers percent les ais, Vous nous faites voir, hérétiques.

Que le diable chante en franj ais !

Pendant ce temps, dans le salon du cliàleau de Mézières , Hélène de Saint-André, Eve Mé- Iczeau, le page et Doloride sont rénnis poui la lecture et le travail de la soirée.

Madame de Saint-André s'est retirée depuis longtemps, cl sa confidente écoule bncc une inquiétude marquée le bruit du vent et de lu pluie qui ne cessent pas.

Les jeunes gens étaient tristes. Madame la maréchale avait confirmé au jeune homme la nouvelle de son très-prochain départ j)our Paris; et, comme une contrariété ne vient jamais

seule, Eve, dans la journée, avait reçu un message de son père lui apprenant que sa marraine, madame de Valentinois, de retour d'un voyage , désirait Tavoir auprès d'elle comme demoiselle de compagnie. Le père Métézeau , dans sa lettre, énumérait longuement les avantages qu'une pareille position procurerait à sa fille; et, sans lui demander son avis, il lui annonçait qu'il viendrait dans deux jours la prendre pour la conduire au château d'Anet, auprès de madame Diane de Poitiers.

Ces deux départs si précipités affligeaient surtout mademoiselle de Saint-André. Mon Dieu! que le grand et vieux château va lui semhler sombre et désert quand ses deux jeunes amis n'y seront plus ! Ce pauvre cœur qui a tant besoin d'amitié pour remplir le vide produit par l'absence des tendriaigpEîins, des caresses d'une mère , comme il sera triste, froid, languissant, éloigné des seuls êtres qui lui donnaient la vie, le mouvement et l'activité !

Mézières, de son côté, après cette première exaltation d'un jeune homme, qui accueille tout changement et toute nouveauté sans en considérer les suites, Mézières pense enfin à ce qu'il va quitter. Souvent interrompu dans sa

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