‹ La maréchale de Villars et son tempsChapitre 30 sur 91 · FIN OU REGNE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

FIN OU REGNE DE LOUIS XIV

Quelques jours avant, le maréchal avait dû partir avec M"^ de Villars pour aller prendre les eaux de Barèges, se rendre après dans la Provence, et 8*y mettre en possession du gouvernement de ce pays, où Villars avait succédé au duc de Vendôme; mais les nouvelles quil reçut de rimprf''vu déclin de ia santé du roi )e ramenèrent à Paris. Il était personnellement fort attaché à Louis XIV et à son sj'stèmc politique. A son tour, le roi comptait tellement sur le dévouement de Villars, quil l'avait institué, dans son testament, membre du conseil de régence, bien qu*il eût évité, pendant sa vie, d avoir Villars auprès de sa personne, dans ses conseils, le réservant pour d*anlres honneurs et pour les grands commandements militaires, où Villars était Tobjet de sa confiance entière^.

* Ailleurs qu*À la guerre, racCivité de VîUars élait

parfois incommode. En voici un monument singulier dans un placet de son voisin de logement à Versailles :

• A Monsieur le Régent (i7i6)« Thiéry, pauvre avocat, «remontre très humblement à V. A. R. que M. ]e ma* créchal de Villars, n'ayant plus d^ennemîs à combattre « ni de villes à prendre, est venu mettre le siège devant cmon petit appartement. 11 prétend qu*à la première

• attaque je dois capituler; mais je sais résolu à tenir

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Le maréchal ne déguisa point le chagrin qu*il éprouva de voir les dispositions testamentaires du roi annulées par le Partement, mais il fut prudent dans ses manifestations, et le duc d*Orlëans» qui le ménageait, ne le considéra point comme hostile à sa personne, ce qui était vrai. S'il Técarta du conseil de régence, il le mit à sa place véritable, à la tête du conseil spécial de la guerre ^, qui fut cependant pour le maréchal une source de tracasseries.

t bon et de n*en pas sortir qu'il ne se serve du gros cat non. Ce gros canon , Monseigneur, estfordrede V. A.R.

« que j'attends et sans lequel je ne rendrai pas la place. ■ (Correspondance de M^' de la Cour (Bib. Mazarine), 1, foi i48.)

^ Voypz, A ce sujet, la diatribe violente de Saint- Simon sur Dangeau , XVI , 1 85.

FIN DB M" DB MAmTENON.

Quant à la maiécliale, la iiiorl de Louis XIV amena tout d'abord un grand changement dans son existence. Le Président de Maisons était * mort inopinément, à peu de jours de distance du roi lui-même. L*âme du groupe des trois hôtels s'était évanouie. La iille du Régent , M"** de Berry, qui devint une puissance, n*aimait pas M""* de Viiiars, et ie maréchal se souciait peu qu*il en fût autrement. M"* de Maintenon disparaissait de la scène politique. Â l'heure où le roi se mourait, elle était partie pour Saint-Gyr, d'où elle n'est plus sortie, voulant rester étrangère désormais a toutes les aflaires de ce monde. Fidèle, en ce point, aux recommandations du roi, le Régent, dès les premiers jours de son avènement, avait été, de sa personne, à Saint- Gyr, poujT régler les intérêts dfi M'^de Maintenon à son contentement; mais la Marquise , toujours pleine de sens, refusa noblement des faveurs et

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des grâces, dont d ailleurs elle n*avait pas besoin \ et, ferme dans sa résolution, demeura comme morte pour Tunivers entier, et même pour ses anciens amis. Elle mourut, à Saint-G^r, le là avril 1719.

La maréchale de Villars perdit donc à jamais Tappui et les conseils de M*"* de Maintenon, qui lui portait une alleclion particulière , en reflet ♦ de celle qui rattachait au maréchal et qui remontait au père de ce dernier. M"' de Villars était très sympathique à M'"'' de Maintenon : douées toutes les deux de cette organisation privilégiée qui sauve une femme de Tentrainement, tout en lui laissant la puissance de ses charmes, elles appréciaient limportance d'une considération intacte; et M"** de Villars fut tou* jours prête, comme M'"'' de Maintenon, à sacrifier son plaisir & cet intérêt supérieur. Avec un esprit bien inférieur à M""* de Maintenon , M°** de Villars pratiquait donc les mêmes maximes et

* Si nous en croyons Jean Buvât, M*"* de Maintenon laissa, en mourant, «S5o,ooo livres de rente à sa nièce, la duchesse de Noailles, indépendamment d*un écrin de

pierreries, qu'on évaluait à trois millions, et d'un très riche mobilier. (Buvat, l,p* 379.)

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en fit la règle de sa vie. Jetée , au changement de règne, dans un pas difficile , J intelligence de ses intérêts lui montra la voie à suivre, et sa perspicacité la tira heureusement de plus d'une situation délicate. ^

Des orages intérieurs ou inattendus faillirent pourtant compromettre ses plans.

Doué dune forte el merveilleuse organisation, le maréchal de Villars survivait à toute la génération contemporaine. Marlborough allait . finir dans Tidiotbme , le maréchal d*UxeUes allait périr d'apoplexie dans l'église des Feuillants, Villeroy n était plus quune Cassandre importune; Villars se défendit vertement contre lage et les courants rétrogrades. Sans abjurer son passé, il entra dans le siècle nouveau, pour lutter avec ses travers et en diriger lactivité. It se rajeunit même en gardant sa dignité pour vivre avec la génération nouvelle, et encore en cela il fut secondé par la maréchale.

LES BALS MASqUÉS.

Dans les dernières années de la vie du roî, la jeunesse de la cour avait mis à la mode les bals masqués. M** de Maintenon ne les aimait pas, y ayant été jadis f objet d'une hardiesse un peu libre. Le rot les trouvait peu dignes de sa majesté. Mais le duc d'Orléans, M*"* la duchesse de Berry, sa fille, la duchesse du Maine, la duchesse de Bourbon, y trouvaient du piquant et s*en donnaient le plaisir à roccasion, malgré les accidents qui en avaient montré le danger.

A peine arrivé à la régence, deux seigneurs experts en matière de fêtes et de plaisirs proposèrent au Prince d'instituèr en permanence des bals publics masqués, dont le Régent et sa cour devaient tirer agrément, et dont eux devaient tirer un notable profit. Dans la salle de l'Opéra, et dans les bâtiments du Palais-royd même, trois jours de la semaine devaient être consacrés à un bal masqué payant, dont la police et lad-

LES BALS MASQUAS* 97

ministration avaient été soigneusement réglées par le chevalier d'Auvergne et par le duc d'Ântin.

Ils obtinrent d autant plus facilement Tautorisation du duc dOrléans, qu'il y trouvait un divertissement de son goût et assuré, sans avoir la peine de sortir de ches lui, et une source d'aventures amusantes qui ne lui firent jamais défaut. Les sévérités de Saint-Simon, sur ce point, confirment une vérité trop attestée pour être mise en doute. Le Régent, dit-il, mit ces bals à la mode, et des gens graves et en place y parurent indécemment. La première soirée eut lîeu le a janvier 1716, quatre mois à peine accomplis depuis la mort du roi. Le duc d'Orléans y parut non masqué, accompagné du duc de Noailles. u Quand il s agissait de son plaisir, dit «Saint-Simon, le duc d*Oriéans était facile, « ennemi de toute dignité, et il n'en gardait au- « cune, même pour soi. n Depuis ce premier jour, les bals masqués de l'Opéra ont eu lieu trois fois par semaine, avec une grande magnificence, jusqu'à la mort du régent. La ducbesse de Berry y allait souvent, comme son père, masquée ou non. On y menait de jeunes princesses du sang; la duchesse de Bourbon y conduisait

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