‹ La maréchale de Villars et son tempsChapitre 36 sur 91 · LES SOUPERS DE LA ROQUETTE · texte numérisé non relu

LES SOUPERS DE LA ROQUETTE

été transporté à Vincennes, dont la salubrité avait paru préférable à celle de Versailles. Or, d'après les traditions monarchiques, le Conseil de régence devait siéger i la résidence même du roi mineur. Trois fois par semaine, le duc d'Orléans se rendait donc à Vincennes, pour présider le Conseil. Le trajet était long, et, courtois autant qu'attentif, le duc de Noailles avait imaginé de retenir le Régent, à la sortie de ces réunions, dans une station intermédiaire entre Paris et Vincennes, à la Roquette : la lugqbre Roquette d aujourd'hui, alors en pleine campagne, où le duc avait loué une charmante maison de plaisance, et où il offrait au Régent un cabinet de travail pour les affaires, et un excellent souper pour le plaisir, en bonne compagnie. Le Régent trouva l'invention agréable et de bon goût, et s'en lit une irabitude, qui persista même après que le jetme roi fut revenu de Vincennes aux Tuileries ; ceTutt pour le prince • une variété de ses distractions, parfois si mal sonnantes; et, commode qu'il était dans ses allures, il abandonna au^duc, son amphitryon, la composition^ personnelle de ces gracieuses soirées, qui eurent une certaine célébritié, ne

110 LES âOUP£RS D£ LA ROQU£TTB.

fût-ce que par leur caractère hounéle, comparalivement à d autres soupers moins ordonnés. G*est là, dans cette espèce de familiarité administrative, que le duc de Noailles fut autorisé à introduire la belle marécliale de Villars.

Au 2 septembre 1716, nous lisons dans le journal de Dangeau, que le duc d'Orléans a soupé chez le duc de Noailles, au faubourg Saint-Ântoine : y avait quatre danies à ce a souper, les maréchales de Villars et d*Ëstrées, «et les marquises de la Vallière et d'Epiuay^»

Au 19 octobre, nous lisons encore : a Au «sortir du Conseil de Régence, le duc d'Orléans «alla à la Roquette, chez le duc de Noailles, où «ils traTaillèrent jusqu'à six heures;. • . M. le «duc d'Orléans soupa dans cette maison, où «M. le duc de Noailles lui donna la comédie ita-

^ L'amitié qui liait le maréchal d'Estrées et le maréchal de Villars avait fait agréer sans doute par ce dernier la conipagaie un peu compromettante de la maréchale d'£strées, que les midins du temps n épargnaient guère, mais qui, ayant beaucoup d*esprit, dominait la situation avec avantage, et portait dans le monde des manières aussi grandes qu* élégantes qui charmaient les sdons. ESle est connue sous le nom de Sainte-Cantente dans une jolie chanson que je ne puis insérer ici.

L£S SOUfËtiâ D£ LA. AOQUETTB. 111

a lienne. Il y avait à ce souper M""* les maré- «chales de Viilars et d'Ëslrëes, M*^ de ia Vala Hère et crÉpinaj. »

Ainsi rhabiie maréchale s'était déjà ménagé » un an après la mort du roi Louis XIV, une position dintimité avec ia nouvelle cour, sans toutefois se donner complètement à elle, comme la suite l'a montré. Ces soupers de la Roquette devinrent une sorte de fondation hebdomadaire qui s'est perpétuée, notamment pendant Tannée 17 1 7, et jusqu'à faffiiire du prince de Cellamare, en 1718. Quelquefois même ia féte durait toute la journée, partagée entre le travail et lagrément; le Régent y travaillait avec ses ministres. Saint-Simon a connu ces réunions, et en a rendu bon compte. C'est là où le Régent tenta de rapprocher Law de ses adversaires, en 1718, et, à Thonneiu* du duc de Noailics, il faut ajouter que le duc était au nombre de ces derniers, d'accord encore ici avec le maréchal de Viilars.

Page 1