DERNIÈRE CAMPAGNE DE VILLARS
Stanislas Leczinski avait perdu son trône par riolervention étrangère dans les affaires de la Pologne; mais le souvenir de ses qualités personnelles lui avait conservé le cœur des Polonais. La mort inattendue, en lySS, d'Auguste de Saxe, son compétiteur heureux, lui ouvrit l'occasion de recouvrer sa couronne, et le pacifique Fleury, cédant probablement à l'influence du maréchal deVillars, fit déclarer, parle jeune roi, qui! ne soufllrirait pas quaucune puissance s'opposât à la liberté des votes, dans Télection du nouveau roi de Pologne. Cette résolution hardie, en troublant la longue paix dont jouissait l'Europe, tourna, malgré des fautes de détail, à Favantage de la France; et, du mariage du roi avec une princesse pauvre, en fit une cause d'agrandissement territorial, parTacquisition de la Lorraine.
Les circonstances et les péripéties de la guerre,
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qu*on a nommëe de Vélection de Pologne, sont connues, et je ne veux pas les raconter ici. A la suite de rimmixtion de la Russie et de rem* pereur Charles VI dans Télection polonaise, Louis XV déclara la guerre à f Empire et à la maison de Hapsbourg; et deux armées françaises, Tune sur le Rhin, Tautre en Italie, s'attaquèrent aux forces autrichiennes: la première, sous le commandement du maréchal de Berwick; la seconde, sous le commandement du maréchal de Viliars. On était, comme on voit, en plein Louis XIV, et l'illusion était complétée par la présence du prince Eugène de Savoie, sur la rive droite du Rhin, à la tête de Tarmée impériale. Mais le principal eCTort de la guerre était dirigé vers lllalie, alors presque tout entière soumise à la domination de i/Vutriehe, et où la Sardaigne et l'Espagne, aihées de la France, espéraient trourer des avantages fort ambitionnés, en unissant leurs forces à celles de Louis XV.
Le cabinet de Versailles ressuscita pour Viliars la dignité de maréchal géaérel, jadis créée pour M. de Turenne, et le guerrier octogénaire partit plein d'ardeur pour une campagne qu'il
])£RN1£A£ GAIIPÀG1<& D£ YILLAAS.
dirigea d abord avec d'éclatants succès; mais les &tigues trompèrent son âme héroïque. Âccsbié par la chaleur du climat, et succombant sous la défiiiliance générale des oi|;ane8 , il dut quitter le commandement pour revenir, épuisé de forces, à Turin. Ce fut là qu'il apprit la mort du maréchal de Berwick, tué le 12 juin, d'un coup de eanon» sur la tranchée, à Philipaboui^;. Cet homme, sécria-t-ïï, a toujours été heureux, et il expira luinnème, le 19 juin lyik* à quatrevingt-quatre ans, regrettant Je mourir dans son lit, quoique victorieux, au lieu du trépas qu*il avait si souvent cherché sur les champs de bataille.
On peut dire qu'il s*éteignitdans sa gloire. Son départ de Fontainebleau, le a& octobre précédent, avait électrisé toute la cour de France. Le cardinal-ministre et tous les grands de i£tat étaient présents quand il monta en chaise de poste. La reme voulut mettre elle-même une cocarde A son chapeau. La reine d*Espdgne lui en envoya une seconde k Lyon , et la reine de ' Sardaigne, avee laquelle il avait ouvert un bal,, le 24 lévrier, lui en attacha une troisième à Turin. Villars, en la recevant, dit : a Voilà ma»
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^chapeau orné d'un vol de reines (terme de bla- «8on); je ne pais qu'être heureux dans mon entre* a prise pour les trois couronnes, n Et, en effet, ses plans eiécutës, malgré quelques contrariétés» par ses anciens iieulenants, les Coign^, les de Broglie, les Maillebois, quil rejoignait sous les armes avec tant de bonheur, après vingt ans de repos « amenèrent la conclusion du traité de Vienne de i •735-1 786, par lequel, en échange de la succession éventuelle du grand-duché de Toscane, promise à la maison de Lorraine, le duché de Lorraine passait à titre dindemnité iiu roi Stanislas, avec reversion, après sa mort, à la couronne de France.
 la première nouvelle du mal qui frappait Viilars, la maréchale était accourue à Turin, où elle ne put que recevoir les adieux de son glo* 4ieux époux. Les plus grands honneurs furent rendus partout i la mémoire du guerrier auquel la France était tant redevable. Faut-il le dire -cependant? La maréchale eut i se plaindre, à ce sujet, de la parcimonie de Fleury. Mais elle eut la dignité de se laire, et d'autres pour elle ont révélé ce trait regrettable et inattendu. Je laisse parler ici le véridique et si réservé duc de
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Luynes ^ : a Je crois n avoir pas marqué ci-dessus « ce qui se passa après la mort de M. le maré* « chai de Berwick. M"" la maréchale de Berwick «eut a 0,000 livres de pension, et, outre cela, « vingt autres mille livres aussi de pension pour «f distribuer k ses enfants, comme elle jugerait «à propos. Je fus étonné d apprendre, il y a «quelques jours, par M"* la maréchale de tt Villars, que, quoique M. le maréchal de Viilars «soit mort en Italie commandant les armées du «roi, elle ne point eu de pension. Je croyais « que c'était Tusage aux veuves des maréchaux «de France, et surtout lorsqu'ils meurent corn-
«mandant les armées (suivent de nom-
u breux exeaiples). M"** de Villars et de Berwick « avaient demandé Tune et i*autre que le roi vou* «lût bien faire l'honneur à la mémoire de leurs « maris de leur faire un service aux dépens de «Sa Majesté. M"* de Villars prétend que les «frais de chaque service n auraient pas été à • «plus de Q,ooo écus pour le roi. Je ne sais pas «quelles furent les raisons qui lempêchèrent «dans ce temps-là. II ny eut point de service «fait aux dépens du roi.»
* Mémoires, t. i, p. 94 et suiv.
252 I>£AMlàA£ CAMPAGNE D£ VILUJIS.
Les raisons qui délerminèrent à cette écoaomie à l'égard de la maréchale de Viliars fareat peut-éti e sa fortune personnelle jointe à la conservation du beau logement qu'elle occupait dans le château de Versailles^ et quelle a gardé jusqu'à sa mort. Elle y était voisine du duc de Saint-Simon.
Le service pour le maréchal de Villars fut célébré le 17 janvier lySS, avec un grand appareil» à Saint-Sulpice , sa paroisse, aux frais de la famille. L'abbé Séguy, prédicateur alors reuoumié, pronooi^ l'oraison funèbre» qui iat imprimée.
La maréchale avait vendu» vers ce temps-là, son magnifique hôtel de Varangevilie è M"^ de Rupelmonde , illustrée par son esprit et par les hommages de Voltaire. Cet hôtel, bâti ym 1704» rue Saint-Dominique» 67, par Gabriel»
avait une grande valeur dart, et Blondel lui a conservé un souvenir dans son iirdtilecturé/ran-
' Le logement est décrit dans Blondd, t. IV de son
Architecture française, Voy. aussi de Lu^ nes, t. IV, p. et ailleurs.
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LE Y£UVAG£.
Lavènement de révéque de Frëjus âu pouvoir marque une suspension dans le mouvement de dissolution qui eotrainait Tanoienne société française, au xviii* siècle. Il arrêta les ruines des années précédentes et en prépara la prompte réparation. En face de deux jeunes souverains purs de tout reproche, et d'un ministre honnête dont le nom n'avait jamais été compromis, le rojfaume prît bientôt une nouvelle face; le désordi^e qui régnait dans toutes les parties de radministratioo, et surtout dans les hnaoces, disparut ou fat atténué, et, malgré d*absurdes persécutions religieuses, malgré de fâcheuses hésitations dans la direction des affaires étran* gères, le Gouvernement ravive put conduire à bien la guerre de Télection de Pologne. Le prince lui-même recueillit, dans les preuves d'attachement des sujets, les fruits heureux d*une situation améliorée. Le respect et Thonneur reparaissaient à Thorison.
2bà LE VEUVAGE.
' Ce fut dans ces circonstances que la maréchale de Villars perdit son époux et entra dans une phase nouvelle de son existence. Elle avait alors 54 ans, quelle portait avec une merveilleuse conservation de beauté. Mais tout était changé pour elle, et autour délie s annonçait, dans le lointain, une nouvelle crise sociale qui devait aboutir, hélas ! sous Timpulsioa aveugle de Louis XV, à la désorganisation d*une société mal gouvernée, malgré les apparences rassurantes d'un admirable essor de l'intelligence humaine et de la prospérité publique.
Il existe un monument de Tbabileté avec laquelle la maréchale arrangea sa vie, dans son veuvage, et de la considération qu'elle sut main* tenir autour d'elle, en ces temps difficiles, je veux parler des Mémoires du duc de Luynes.
Elle commença par se retirer du manège des affaires, où i intérêt de son époux plutôt que sou goût personnel lavait engagée. Retranchée dans sa dignité et vivant à l'écart des intrigues» maîtresse de ses relations, qui étaient excellentes, sa compagnie rétinit lagrément à la gra* vite, et sa société fut plus recherchée qu'au temps même de son crédit politique, à cause de
LE Y£UYAG£. 2ô5
la fleur d'indépendance et de désintéressement qui se répandit autour d'elle»
Ses arrangements d*inlérêt privé furent marqués de la même sage&se. Tout eu gardant le château de Vaux, elle put reconnaître, comnole je Tai déJÀ remarqué, que la représentation y ëtait écrasante, le maréchal n*étant plus 1è pour la soutenir, et que, d ailleurs, ce fastueux séjour n*était plus en harmonie avec sa solitude ^. Elle finit donc par établir sa résidence d'été au château d*Âthis, dont j*ai parlé, où tout Paris brigua rhonneur et le plaisir d aller faire sa cour à ia maréchale de Villars. C'est là que lui fut présentée la jeune et brillante marquise duûeiland, alors à ses débuts dans le grand monde parisien. C'est de là qu'elle soutint discrètement le vertueux, le respectable Rollin, d*accord avec la célèbre abbesse de Chelles, contre des tracasseries dont s'étonnait la France et l'Ëurope; triste témoignage de l'asservissement du cardinal de Fleury & l'influence compromettante d'une société religieuse, qui devait durement expier, trente ans plus tard, l'hérésie de la domination^
* Voy. Sup,, p. 175.
' Voyez, dans la Ccrrespondance de RoUio, t. XXIX
Ll YBUTAGB.
Pour me borner à f indication sommaire des
honneurs dont la maréchale a joui dans cette retraite ri bien choirie , je Ty vois invitée tantôt avec les premières dames de la cour à la grande cérémonie de la Rose d'or, remise de la part da pape à la reine Marie, au milieu d*un grand appareil. Tantôt elle est spécialement nommée et désignée pour assister aux couches de la reine; tantôt nous lisons dans les Mémoires de Luynes
<le ses Œuvres complètes, édit. de M. Letroime, i8a5, les belles lettres du grand Frédéric, et ia Contspondance de M"^ du DeSand, t I", p. 160, édit de Lescure. A ce moment, le jansénisme, si longtemps persécuté, semblait avoir conquis Topinion. Tous les curés de Paris lui étaient (avorabies; il avait un parti considérable diins le Parlement; TUniversité et ses coEèges lui étaient dévoués. Sa cause paraissait gagnée, et peut-être eùt-ce été pour le bien de ia société française, lorsque, eu quelques jours, il perdit tous ses avantages par Texcitatîon insensée de quelques fanatiques , qui le livrèrent au ridicule dims le cimetière de Saint-Médard, et qui motivèrent la fameuj»e insciiplioa :
jye par le roi défense à Dieu De faire miradc ea ce Heu.
Le jansénisme ne se releva point de Timpression produite par ces actes de folie.
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