‹ La maréchale de Villars et son tempsChapitre 89 sur 91 · UNE IMPUTATION INCROYABLE · texte numérisé non relu

UNE IMPUTATION INCROYABLE

((Mort de la maréchale de Villars, le jeudi «3 mars 1763.

«Sa vieillesse fut honorable. Elle tenait un «graod état. Sa maison fut toujours remplie de (lia meilleure compagnie. Cétait une attention a qu elle avait toujours eue toute sa vie, et qui 1» « garantit de la dégradation de ses galanteries : ellea avait aussi toujours bien vécu avec son mari» aqu^elle faisait enrager par sa jalousie, mais «quelle craignait, et pour lequel elle avait la a plus grande considération. Aussi participait-^iie uà ieclat de la vie de ce grand général. Mais, «telles sont nos moeurs que, pourvu qa*une «femme vive bien avec son mari, tout est sauvé. « La maréchale deVillars était d*une figure admiurable, grande, de bon air, et le ton qui se pre- «nait A la cour, et que Ton reconnaît aujour- « d'hui dans celles qui en ont été. Elle était de mes momies, jy vivais beaucoup. Cette maison man- «quera dans la société. C'était le ralliement de « bien des personnes qui ne se voyaient que li » «par limmensité des sociétés particulières, (|ui « partagent la ville. Il ne reste qaan fils marié à « M"' de Noaillcs. Ils ont une fille (jui s'est faite rc- « ligiease; sa mère en a été bien soulagée. Ça été le

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n cas de la duchesse de LongEeville, qui se consola a de la mort de son fils. »

Ô Cousin, ô mon maître I Réveille- toi, et haro sur les Philistins!

Après avoir lu cette page, tissu de contradictions, où le vrai se mêle au faux avec tant de perfidie , on ne peut s empêcher de souhaiter que Dieu nous garde d*amis tels que le prësi- <lent Uénault, et quil préserve la société polie de pestes aussi détestables. Il passait deux heures tous les jours en propos confîts avec la reine Marie , dont il avait capté la confiance, et avec la duchesse de Villa rs, dont il aflectionnaitla mère; «t puis le misérable venait di£Pamer, de sang* firoid, sur des carrés de papier, les gens qui l'eussent mis à la porte s'ils eussent soupçonné sa fausseté. Tous les contemporains Tout tenu «n méfiance; il fit beaucoup de dupes. Une femme seule Tavait deviné et démasqué avec la pénétration qui distingue son sexe dans le commerce de la vie. Cette femme le connaissait bien et de vieille date^

« Le président mourut hier à sept heures du

^ Voyez Mémoires de Luynes, t V, p. 444-445, note a.

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«matin, écrit M*"* du Defland à Horace Wal- «pôle (a 5 novembre 1770). Je favais jugé à «Tagonie dès le mardi; il n'avait eu ce jour-là, «il n*a eu depuis, ni souffrances ni connais- « sauce. Jamais fin n a été plus douce ; il s'est « éteint. M"* de Jonsac en a paru d*une douleur « extrême ; la mienne a été plus loodérée. Malgré « ses protestations, j'avais tant de preuves de son «peu d*amitié,que je crois n'avoir perdu quune « connaissance. Cependant , comme cette connaisu sance était fort ancienne, et que tout le monde «nous croyait intimes, je reçois des compli- «ments de toutes parts.»

Aujourd'hui, le flot de publications qui nous arrive sur le xviii' siècle a confirmé l'intuition de M*"* du Deffand. Le président Uénauit a fait un bon livre, je m'en sers avec profit; mais, pour le personnage, je le tiens à distance; et sa carte de visite me suffit, malgré tout son esprit.

Le malheureux avait calculé justcu A peine la page en question publiée, et c'est une indiscrétion que je reproche à son arrière-neveu , toH3 les chroniqueurs en gaieté se sont donné du bon temps au sujet de la maréchale de Villars, sans vouloir rien entendre à la critique raisonnée

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dun témoignage suspect et d'une diOamation répandue, sans responsabilité pour le diffamantr sans moyen de défense pour la diilamée. £n effet , qui a écrit la page détachée? Est-ce le président lui-même? Je voudrais bien le savoir, car il y adans le texte des expressions bien étranges, telles que la dégradation de ses galanteries, contre^ laquelle dépose le xviir siècle tout entier. U y a là un mot cherché , mais non arrêté. Cest un* croquis à retoucher. Et pois cette fille religieuse qui en a parlé avant le président? Personne. Saint- Simon , pour le coup , a été volé. U faudrait ajouter un crime de suppression d'état à celui de la naissance pour rendre la pensée tout entière du tartufe de bonne compagnie? La famille de Villars a fourni au Moréri d'amples documents sur l'état civil des personnes intéressées^ et pas un mot ne s y trouve sur la prétendue religieuse. Indépendamment de son fils, Honoré- Armand, né en 1702, le maréchal avait eu un^ second fils, Louis, iecjuel est mort en 170^, mais de fille il n'en est pas question. Ni Dangeau, ni M. de Lujnes, si abondants en détails sur ces familles, ne sont plus commimicatifs. Le président qui écrivait ces lignes en 1 768 , ài

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iâge de 78 ans^ d était entré que tard en relation avec les Villars, probablement à la formation de la maison de la l'eine. Il aura mis par écrit quelque malice, quelque conte des aides de camp du temps des guerres, comme on en trouve tant, qui s'évanouissent au premier souille, et il aura rédigé son anecdote graveleuse sous le couvert des révélations de lamitié. Cest une mauvaise action , mal conçue, mal exécutée; laissée peut-être à Tétat de projet sur un chiffon , et qui aurait dù couler au panier sous l'impulsion d*un sentiment moral et d*un sentiment critique tout à la fois.

On ne sait même pas bien de qui veut parler le Président au. sujet de cette paternité. Est-ce du fils Villars, et de M"' de Noailles? Est-ce de la maréchale et de son époux? Dans tous les cas, c*est une révélation indigne d*un ami et d un homme bien élevé, en supposant que le fonds en fût vrai«

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