L£$ JOUAS
Mais vous, dont l'âme se porte le mieux du monde, seulez, s'il vous plaît, ce que vous devez à la Daiure. N*estrce donc rien qae d*élre guéri des malheareux préjugés qui mettent à la chaîne la plupart des hommes, -et surtout des femmes? De ne pas mellre soiiàiiic entre les mains dun cbarlatan? ne pas déshonorer son être par des terreurs et des superstitions indignes de tout être pensant? D*étre dans une indépendance qui vous délivre de i.i nécessité d'être hypocrite I De n'avoir de cour à faire à personne el d'ouvrir librement votre àuie à vos amis?
Vo3à pourtant votre état Vous vous trompes vousmême, quand vous voudriez vous borner à végéter : c est comme si vous disiez que vous voudriez vous ennuyer. L*ennui est le pire de tous les états. Vous n*avei certainement autre chose à faire, autre parti à prendre, qu'à continuer de rassembler auloui' de vous vos amis; vous en avez qui sont dignes de vous.
-La douceur et la sûreté de ia conversation est un plaisir aussi réel que celui d*un rendei-vous dans la jeunesse. Faites l)onne chère, ayez soin de votre santé, amusez vous quelquefois à dicter vos idées, pour com* parer ce que vous pensiei la veille et ce que vous penses aujouid*hui; vous aurez deux très grands plaisirs, celui de vivre avec la meilleure compagnie de Paris, et celui de vivre avec vous-même. Je vous délie d imaginer rien de mieux.
II &ut que je vous console encore en vous disant que
Je crois votre situation fort supérieure à la mienne. Je
LES DBBNIBRS JOURS.
pie trouve dans un pays situé tout juste au milieu de rSurope. Tous les passants viennent chei moi. Il faut
que je tienne têle à des Allemands, à des Anglais, à des Italiens et mêo^e à des Français, que je ne verrai plus; et vous ne parles qu*avec des personnes que vous aimes.
Vous cherchez des consolation»; je suis persuadé que c*est vous qui en fournissez à M"** la maréchale de Luxembourg. Je lui ai connu une imagination bien brillante et Tesprit du monde le plus aimable ; j'ai cru même enlievoir chez elle de beaux rayons de philosophie; il faut qu*elle devienne absolument philosophe; ii n y a que ce parti-là pour les belles âmes. Voyes la misérable vie qu*a menée M"* la maréchale de Villars dans ses dernières années; la pauvre femme allait au salut et lisait, en bâillant, les Méditations du père Groizet
Vous quî relisez Corneille, mandez-moi , je vous prie, ce que vous pensez de mes remarques, et je vous dirai ensuite mon secret \ Daignez toujours aimer un peu votro directeur, qui se ferait un grand honneur d*ètre dirigé par vous.
Aux Délices, à juin 1764*
* M** du Defland ne fit pas comme k maréchale; elle ,
se fit lire Nicole, qui est autre chose que Croizet.
* Voyez Li lettre de Vol l aire à la même M"' du l)ef- Êind, du 1" juillet 1764- Le secret était de marier M'^ Gomeffle avec le produit des Remarques de Voltaire.
LES DERMIEB5 JOUAi>. 281
Comment et de quel mal est morte la maréchale de Viilars, au mois de mars 1763? Nou»
l'ignorons. Son fils était alors à Genève occupé à suivre un traitement que lui imposait le doc» tour Tionchin. On le crojait aux Délices. Aussi Voltaire fut-il chargé par le maréchal duc de Richelieu, de porter à M. de Viilars la nouvelle de la perte de sa mère; et Voltaire répondait au duc de Richelieu : «J'ai envoyé voire lettre à (c M* le duc de Viilars, i Tins tant que je l'ai «reçue. Je n^ai pu la porter moi-même, attendu «que les vents et les neiges me poursuivent «jusque dans le printemps. C'est un petit incon* «vénient attaché à la beauté de notre paysage, «bordé par quarante lieues de glace
«Pour M. le duc de Viilars, votre confrère «en pairie, en Académie et en gouvernement «de province, il est engraissé et embelli depuis « environ trois semaines. Ses créanciers ont ap- «pris avec une joie incroyable la mort de la «maréchale, sa mère; mais, pour moi, j*en ai « été très affligé »
Une nuée de créanciers de M. le duc de Viilars s'abattit, en effet, sur l'héritage delà maréchale, et je ne crois pas être indiscret en ajoutant que ,
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parmi les créanciers opposants, dont les cédules •existent dans les papiers de la famille, se trouve •ie nom de Voltaire lui-mome pour une somme «considérable^, ce qui ne doit étonner personne, Voltaire aimant, comme on sait, à prêter de 4 argent aux grands seigneurs de sa connais- •«ance.
^ Je tiens ce détail de M. le marcjuis de Vogué.
UNB IMPUTATION INCROYABLE,
Les Mémoires du président Hénault ont été publiés en i855 (i vol. écrits par lui-
même, y est-il dit, recueillis et mis en ordre par son arrière-neveu, M. le baron deVigan. Us sont spirituels, intéressants, el se font lire avec plaisir. Ce volume est formé d une rédaction continue de vingt-deux chapitres, composés, le plus souvent, de fragments épars, réunis par Téditeur, dans un esprit qui n*est pas toujours celui de Tauteur lui-même, et avec des préjugés du temps présent sur bien des questions du temps passé. Outre les vingt-deux chapitres dont il s*agit, le volume se compose de fragments divers, extraits de dépêches du cardinal de Fleury, et d'articles détachés sur des matières littéraires et politiques. Dans cette catégorie de fragments, on lit (p. An), sous le titre de Quelques feuilles éparses en guise de post-scriptam, les lignes qui suivent :