‹ La maréchale de Villars et son tempsChapitre 9 sur 91 · LA JALOUSIE DU MAB£GI1AL · texte numérisé non relu

LA JALOUSIE DU MAB£GI1AL

Lorsque Viilars eut obtenu la main de de

Varangeville, la possession de ce trésor, dont il connut alors mieux le prix et les dangers, jeta quelque inquiétude dans son esprit. Il était sérieusement amoureux de sa jeune épouse, dun amour empoité, sans doute, auquel les vingt ans de la maréchale répondirent par le respect, la considération, le calme et la sagesse, un peu de coquetterie peut-être, toutes qualités qui, s ajustant mal avec la passion du maréchal, semblent avoir désespéré le guerrier Céladon, lequel n'avait pas calculé les conséquences de sa conquête amoureuse. Il ne put se résoudre à laisser sa femme à Paris , au milieu des périls de Tisoiement, et, partant pour son commande» ment d'Allemagne, il demanda au roi la permission de conduire sa femme à Strasbourg, oii la citadelle de cette place forte fut le logis offert à notre beauté si jalousée. Le roi, fut très

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paternel pour Villars en cette circonstance.

Saint-Simon a écrit que le maréclial avait essuyé un refus; f honnête et véridique Dangeau affirme le contraire , et ce doit être le vrai , car Louis XIV, si habile dans Tart de gouverner, a dû concilier, autant qu il le pouvait, l'intérêt de la discipline avec la satisfaction d un personnage qui lui était aussi nécessaire que Villars.

Mais il ne parait pas que la jeune ej belle maréchale ait lait avec enthousiasme le voyage de Strasbourg, et accepté avec effusion le logement de la citadelle, ainsi que la compagnie un peu trop restreinte que le maréchal établit i côté d'elle. Toutefois l'esprit fin et avisé de la maréchale ne donna aucune prise à la malveillance; si elle éprouva quelque ennui, tout fut intérieur chez elle, et nul ne fut même autorisé à la dire résignée. On peut bien croire seulement que le maréchal n'en fut pas plus heureux.

On en parla dans la société de M"~de Grignan , et Ton y parut plaindre la maréchale d être ainsi emmenée par son époux à Strasbourg, pendant la campagne ouverte sur le Rhin.

M** de Grignan mande, è ce sujet, k M"" de Goulanges : «Je ne plaindrai guère M"** de

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«Villars, si elle est mécontente de ta destinée a et daller à Strasbourg; la voilà bien malade «dètie la reine de tant de guerriers. Elle re- « présentera Ârmide et les enchantera tous. On «nous a dit que M"* de Villars, la mère, avait «eu une nouvelle attaque; cest celle-là qui me «fait pitié n

Cependant la Bavière, où la direction de la guerre allait pousser Villars, était bien loin de Strasboiug, et le sommeil du maréchal en fut évidemment agité. On lit dans Dangeau, sous la date de juin iyo3 :

«M. de Villars a demandé au roi, avec de «si grandes instances, que la maréchale sa «femme pût passer en Allemagne et le joindre, «que Sa Majesté y a enfin consenti. Elle s en «ira à Ulm, mais on ne croit pas qu*on lui «permette d'aller à Mimich.»

Dangeau ajoute même, quelques pages plus loin :

« Le prince Louis de Bade a refusé un pas-

«seport pour la maréchale de Villars, qui vou- «lait aller joindre son mari sur le Danube, et «a renvoyé la letUe que le maréchal lui avait « écrite toute ouverte et sans lui faire réponse. »

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