ÉTAT MORAL ET SOCIAL DO CONTIÎIEÎIT HOIR
I. The LaXe Régions of central Africu, hy Richard Burtnn, 8 toI. in-8»; Londres, Longman 1800. - II. Okavan.jo river, by Ch. Andemon. 1 *ol. in-8», 1861. — 111. Rvltrtin de Ut Scriétf de Geograptile de Parit, 18»1868. - IV. The Journal of tlie rottal grographicai Sociely of Londm, 1858-1868. — V. Mitlheilungen out Juttu* Perlhet-Antlall, 1860-1868.
Lorsqu'il y a sept ans Barth nous revint des profondeurs de l'Afrique, plusieurs autres expéditions à l'équateur, dans l'Afrique australe, sur le Niger, venaient également de produire leurs résultats, et l'on put croire qu'une période de repos allait succéder dans le grand continent au vaste mouvement de recherches et de découvertes qui venait de s'y accomplir. C'est le contraire même qui a eu lieu. Quelques questions demeuraient encore incertaines: on s'était bien approché des sources du Nil, mais on ne les tenait pas. Sur la côte orientale, les récits arabes et indigènes signalaient de larges étendues d'eau; les régions de l'équateur étaient presque intactes. Alors une nouvelle génération de voyageurs s'est levée et a repris avec la môme intrépidité, la même patience, la partie de la tache que lui laissaient ses devanciers, et, comme eux, elle n'a pas tardé à inscrire bien des noms sur la liste funèbre que l'Afrique ouvre à ses explorateurs, car, toujours semblable au vieux sphinx, l'Afrique dévore ceux qui cherchent à résoudre ses énigmes; mais les cher-
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cheurs ne se lassent pas, et c'est un admirable spectacle que celui de ce continent, champ de bataille de la science, où, dès qu'un soldat tombe, un autre se lève pour le remplacer! C'est ainsi, lorsque Richardson, puis Overweg ont succombé sous leurs fatigues, que le jeune Vogel s'est offert, victime bientôt lui-même du sauvage despote auquel il venait apporter des paroles de paix et de civilisation.
On verra que la nouvelle liste des voyageurs a aussi son martyrologe. Néanmoins ceux qui sont revenus ont de plus en plus resserré les limites de l'inconnu; ils ont touché à tous les points incertains à la fois. Dans le midi, Livingstone poursuit sur le bassin du Zambèze et de ses affluons les explorations qui l'ont rendu célèbre. En même temps des missionnaires et des chasseurs transportent leur vie errante sur des lacs et des fleuves jusqu'ici inconnus. Plus au nord, la question des grands lacs et la topographie de l'Afrique sous l'équateur s'éclaircissent. La foule des explorateurs se presse à la fois par le sud, par l'est, par le nord, vers ces sources mystérieuses du Nil que les hommes cherchent depuis deux mille ans. Enfin, de l'Algérie au Sénégal, un jeune Français, préparé par des études spéciales, animé et soutenu par l'exemple de Barth, recherche la voie qui passe par Tombouctou, problème difficile que la France a proposé à la curieuse ardeur de ses enfans.
Nous allons suivre ces divers voyageurs en essayant de mesurer les résultats produits par l'ensemble de leurs efforts. Parmi les notes qu'ils nous ont envoyées et les relations qu'ils nous rapportent, il en est une surtout qui nous livre de précieux renseignemens. M. Burton, explorateur des lacs de l'Afrique centrale et des régions qui les entourent, ne nous donne pas seulement des rectifications géographiques; il nous offre un tableau complet de la vie africaine, de ses habitudes, de son état intellectuel et social au cœur de l'Afrique, dans les régions que l'influence étrangère a le moins atteintes; il éclaire ainsi, dans quelques parties intéressantes, le problème compliqué de l'avenir du continent noir.
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En 1856, la Société Géographique de Londres résolut de tenter une expédition décisive pour compléter l'éclaircissement des problèmes de l'Afrique intérieure. Ces lacs signalés par des missionnaires d'après des renseignemens indigènes, il fallait qu'un voyageur européen en vérifiât l'existence, qu'il recherchât s'ils se rattachaient au bassin formé par les montagnes chargées de neige qui venaient d'être découvertes, et si le Nil ne tirait pas ses sources de ces masses d'eau répandues par-delà l'équateur. La société jeta
les yeux, pour cette difficile entreprise, sur un officier de l'armée du Bengale, le capitaine Richard Burton, qui s'était signalé déjà par un important voyage en Arabie, sous le costume musulman, comme jadis notre compatriote Caillié en Afrique. Il avait ainsi visité les sanctuaires de l'islam. Depuis il avait pénétré au nord-est de l'Afrique dans la cité sainte de Harar, ville fermée aux chrétiens, et y avait séjourné au péril de sa vie. Burton accepta, et songea à s'adjoindre un compagnon. Il lit choix de M. Speke, comme lui officier dans l'armée des Indes, et qui avait pris au Thibetet dans l'Himalaya l'habitude des pénibles voyages. Déjà même M. Speke avait fait une tentative à la côte orientale d'Afrique; mais les Somalis s'étaient jetés à l'improviste sur son camp : ils avaient tué un de ses compagnons, l'avaient pris lui-même, et il ne s'était échappé qu'à grand* peine.
Les deux voyageurs devaient procéder par la côte est; c'est le chemin préféré, aujourd'hui que l'on a reconnu l'impossibilité presque absolue de franchir les marécages qui enveloppent le Nil à sa naissance et de surmonter la malveillance des populations riveraines de son cours supérieur, aigries par les iniques dévastations des traitans négriers. Us quittèrent Bombay en décembre 1856, et vinrent débarquer à Zanzibar, d'où le consul anglais devait leur faciliter l'accès de l'intérieur. Dans la prison de la forteresse de Zanzibar, il y avait alors un nègre chargé de fers et attaché à un canon de façon à ne pouvoir se tenir ni couché ni debout. Il avait été un des assassins du jeiwie Français Maizan, qui avait essayé quelques années auparavant de pénétrer en Afrique, et il expiait son crime dans cet affreux supplice.
Les préparatifs pour le départ n'étaient pas encore complets; une excursion aux établissemens de la côte occupa les voyageurs, qui allèrent visiter la station religieuse de Rabbai-Mpia. Ce fut le missionnaire Rebmann qui les reçut, et il put leur donner de précieux renseignemens sur les races qu'eux-mêmes allaient visiter. On les distingue en populations essentiellement nomades, — Somalis, Gallas, Masaï, — qui sont déprédatrices et très redoutables. Les demipastorales, telles que les Wakamba, qui changent assez fréquemment de demeures, font cultiver des terres par leurs femmes; ces tribus se livrent aussi au pillage. Quant aux populations agricoles, Wanika, réparties entre la mer et les grands lacs, elles sont composées de métis, de noirs et d'Asiatiques. De la station, les voyageurs se rendirent à Pangani, marché principal de la côte situé à l'embouchure d'une rivière du même nom. Ce lieu compte environ quatre mille âmes, et fait un commerce assez considérable de grains, do beurre, d'ivoire, de cornes de rhinocéros, de dents d'hippopotame.
Le parcours du Pangani est difficile à cause des rochers et des
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chutes qui l'embarrassent, mais il déploie de magnifiques paysages. La nature africaine s'y montre sous l'aspect le plus imposant, avec sa végétation puissante et variée. Les cocotiers, les arécas balançaient leurs couronnes au-dessus du rivage, semé de lis et d'autres Heurs éclatantes. Le makhl-el-schaytan, palmier du diable, qui n'a pas de tronc, projetait ses branches énormes à 30 et 40 métrés du rivage. Par malheur, l'homme a flétri de ses dévastations cette splendide nature : <;à et là on voyait quelques vestiges de culture, des cases, la plupart désertes, portant encore les traces de l'incendie. Les habitans avaient disparu, à l'exception de quelques pauvres pêcheurs qui s'empressaient de prendre la fuite à la vue des étrangers. Le cri de quelques oiseaux d'eau, le murmure du vent, troublaient seuls le silence de cette solitude. Quelquefois aussi l'hippopotame, surpris par le bruit des rames, levait sur la surface de l'eau une tête étonnée; de longs alligators, semblables à des troncs d'arbres, regardaient passer la barque d'un œil terne et endormi, et les singes effrayés grimpaient des pieds et des mains avec des gestes capricieux au sommet des arbres.
Après une rapide excursion à Fuga, lieu principal de l'Ousambara, composé de cinq cents huttes et peuplé de métis, d'Arabes et de VVasambaras, les deux Anglais revinrent à Zanzibar, d'où ils partirent à la fin de juin 1857 pour leur voyage dans l'intérieur du continent. Leur caravane se composait de douze soldats béloutchis, de guides, de porteurs, de domestiques, en tout quatre-vingts personnes. Trente ânes portaient les bagages. La caravane s'engagea dans l'ouest; elle atteignit Zungomero, village situé au pied d'une chaîne qui présente une étonnante ressemblance avec les montagnes du Dekkhan, et que les voyageurs proposent, pour ce motif, d'appeler GluUcs orientales. Elle ne s'élève guère a plus de 1 ,820 mètres. On l'appelle plateau de Wagogo; le sol maigre n'est guère propre à la culture, et des forêts vierges, peuplées de bôtes sauvages, en occupent la plus grande superficie. Cependant ses habitans, les Wanyamwezi, sont une population nègre active, à la fois agricole et industrieuse. A partir de ce point, la marche devint de plus en plus pénible : les voyageurs avaient à souffrir d'un soleil dévorant, presque perpendiculaire, de toute sorte de privations et des funestes influences d'un climat malsain. Ils arrivèrent, accablés de fatigue, dans la région d'Ugogo, et se reposèrent quelques jours dans la capitale, Ugogi. Ce pays est éloigné de la cote de six semaines de chemin de caravane; il est peuplé d'une race métisse. Ugogi est à 720 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le climat estsalubre, les nuits y sont fraîches et sans rosée, les brises et le» rafales de la mer tempèrent l'ardeur d'un soleil vertical.
Quelques étapes encore menèrent les voyageurs à Kazeh , dans l'Unyanyembé, sous le cinquième parallèle sud. Là ils firent un séjour de plus d'un mois pour se remettre de leurs fatigues. Tel est l'usage des caravanes qui viennent de la côte : avant de se diriger sur les lacs, elles se refont à Kazeh pendant six semaines des privations et des labeurs qu'elles ont endurés. Cette ville, une des plus importantes de l'Afrique centrale, est peuplée surtout d'Arabes, et elle est le rendez-vous des caravanes qui s'en vont dans l'intérieur chercher l'ivoire. Après s'être remis en marche, MM. Burton et Speke visitèrent le marché important de Msené. Ils étaient alors aux limites de la région des lacs, lTnyamwezi, contrée fameuse dans toute l'Afrique orientale et centrale. Ce nom signifie Terre de la Lune; on l'appelle aussi le Paradis et le Jardin de l'Afrique.
C'est une coïncidence assez singulière que ce nom de Terre de la Lune donné par les indigènes à une région placée vers le centre de l'Afrique, dans la direction même où le géographe Ptolémée inscrivait, il y a dix-huit siècles, une large chaîne de montagnes à laquelle il donnait ce même nom. Ces montagnes de la Lune, nos cartes les ont tour à tour admises et rejetées; aucun voyageur ne les avait revues; l'Afrique passait pour être dans cette partie déprimée et couverte de sables, et la mention fournie par le vieux géographe était rangée parmi les fabuleuses inventions familières à la Grèce. On est obligé aujourd'hui de convenir que les anciens étaient renseignés mieux que nous ne l'avons cru. Ces régions de l'Afrique, que nous nous vantons d'être les premiers à visiter, sans doute elles ont vu jadis des navigateurs grecs ou phéniciens sillonner les détours de leurs côtes dans les lentes pérégrinations de leurs longs périples, quand ils lançaient leurs vaisseaux à la recherche des trésors de l'Ophir ou de la Taprobane. Toutefois ce n'est pas précisément au lieu appelé par les Africains Terre de la Lune qu'il semble qu'on doive placer les montagnes de Ptolémée, car la région à laquelle est donné ce nom, l'Lnyamwczi, présente dans sa coufiguration un vaste plateau bien plus qu'une chaîne de montagnes. C'est plus au nord sans doute , dans ces hauts sommets découverts par Kraf et Rebmann, le Kilimandjaro, le Renia, l'Ambolola, récemment revus par d'autres explorateurs, qu'il faut placer les monts de la Lune. Ptolémée ajoutait qu'au pied de cette chaîne s'étendait un grand lac d'où paraissait sortir le Nil. Cette autre hypothèse aussi se confirme. Il est probable que le Nil tire ses principales sources de l'un de ces grands lacs sur les bords desquels s'étend la région favorisée que la tradition continue d'appeler aujourd'hui, comme au temps des Grecs, « Terre de la Lune. ».
Cette contrée de l'Afrique ceutrale s'étend, dans une longueur de
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250 kilomètres, entre le désert de Mgunda à l'est, le lac Nyanza au nord, la rivière Malagarazi à l'ouest, les états d'Ugala, d'I'kimbu, d'Uwembé au sud, au sud-est et au sud-ouest. Il est compris entre les 4« et 5* degrés de latitude sud et les 31°,37' et 28°,50' de longitude à l'est de Paris. Les caravanes indigènes mettent de vingtcinq à trente jours pour le traverser, avec quatre baltes. L'altitude de cette région varie de 900 à 1,250 mètres. Les Portugais, a la fin du xvr siècle, ont les premiers entendu prononcer ce nom, qui depuis a été marqué, défiguré de diverses façons, sur les cartes de l'Afrique. D'anciennes traditions conservées dans le pays représentent l'Unyamwezi comme ayant formé jadis un état puissant sous un seul chef, et elles ajoutent qu'il y a bien longtemps, quand le dernier souverain de rUnyamwezi mourut, ses (ils et les grands se partagèrent son empire, et qu'ainsi fut morcelé ce puissant état. Aujourd'hui en effet, il est coupé en un grand nombre de subdivisions, ayant chacune un chef particulier. Une seule langue y est en usage; mais, comme tous les idiomes africains, elle s'est modifiée en une infinité de dialectes.
Cette région n'est pas montagneuse; un terrain argileux y recouvre un granit qui de place en place s'élance du sol avec des formes pittoresques, formant de vastes dômes, des blocs puissans et bizarrement entassés. Le climat est généralement salubre; néanmoins, durant l'été, les vents d'est, rafraîchis par les alluvions marécageuses des vallées, balaient cette contrée comme la tramontane d'Italie, coupent de courans froids la chaude atmosphère, et par le brusque contraste des changemens, engendrent des maladies. On signale aussi dans certaines parties de cette contrée des fièvres bilieuses. Les pluies sont violentes dans leur saison, qui s'étend de septembre à mai. Pendant cette longue période, les fortes ondées se succèdent presque sans relâche. Au contraire, dans la saison sèche, la terre présente un aspect de grande magnificence, et c'est à juste titre que cette contrée a été appelée le jardin de l'Afrique intertropicale. Le charme en est augmenté par le contraste des plaines rouges et stériles de l'Ugogo. Les villages sont nombreux et bien peuplés; on les voit à de courts intervalles se dresser du milieu du labyrinthe de haies vertes qui couvre le sol. La terre est bien cultivée, et l'abondance du bétail donne une bonne idée de la prospérité de cette terre.
Les villages sont, comme dans les pays voisins d'Usagara et dTnyanycmbé, formés d'une espèce particulière de maisons auxquelles on donne le nom de tembd. M. Burton observe que le degré d'importance des constructions africaines donne à peu près le niveau de la civilisation des diverses tribus; ainsi le tembé, habitation d'une
race plus intelligente et plus riche, est de beaucoup supérieur à ces huttes coniques primitives qui sont en usage dans la plupart des régions de l'Afrique. A la côte est, les villages ont des maisons assez vastes, longues et carrées, avec un toit de chaume en pente et de larges rebords débordant en guise de vérandas. Elles sont faites de claies et de menus morceaux de bois mêlés de terre. Dans toutes les contrées qui avoisinent le littoral domine le nyumba, hutte circulaire dont il existe beaucoup de variétés; la plus simple est un cône fait de lattes et de branches liées à l'extrémité et recouvertes de chaume. C'est dans l'Afrique intérieure, prés du lac Tanganyika, que la classique maison africaine de boue fait place au plus comfortable tembê. Les Arabes n'emploient guère d'autres constructions, et ils en ont transporté l'usage de l'autre côté du lac, là où reparaissent les huttes circulaires. Ces tembês sont de forme oblongue ou carrée, souvent irrégulière, et munis à chaque angle d'une espèce de petit fort qui les protège contre les attaques. Beaucoup de ces habitations sont ornées de représentations d'hommes et de serpens grossièrement figurés en terre : on voit aussi des croix sur les façades; mais les indigènes n'y attachent pas une signification religieuse.
Dans la plupart des villages on ne pénètre que par une ruelle, en palissades, étroite et sombre. La toiture est faite de pièces de bois sur lesquelles on répand un épais gazon; on lui donne une pente pour l'écoulement des eaux, mais peu inclinée, de façon à pouvoir y déposer des réserves de grains, le bois à brûler, le manioc, les pastèques, tout ce qui a besoin de soleil. Durant la saison des pluies, les toits verdissent, et à distance les tcmbte présentent l'aspect d'ondulations de terrain; sur chaque face de la maison s'ouvrent une ou deux portes, assez larges pour laisser passer une vache. Après le coucher du soleil, on les ferme soigneusement, et les habitans se gardent bien de sortir jusqu'au matin.
Chaque maison a ordinairement deux chambres que l'on appelle but et bin. La longueur varie de vingt à cinquante pieds, la largeur de douze à quinze. Ces chambres sont séparées par une cloison en bois ou par des nattes en paille, laissant une petite ouverture pour la lumière. Le but sert de parloir, de cuisine et de dortoir; le bin reçoit quoique clarté de la porte ou d'une crevasse, car la fenêtre n'est pas encore inventée en Afrique. C'est le magasin de la famille. On y admet la nuit les chevreaux et les agneaux. C'est aussi l'asile des poules qui couvent. Le plancher de terre battue est rude, raboteux, inégal. Les bestiaux sont entassés pêle-mêle dans les cours; leur nombre, les soins incomplets qui leur sont donnés, rendent l'atmosphère malsaine et développent les maladies de peau et la
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phthisie. La cour centrale a ordinairement de belles plantations d'arbres, à l'ombre desquelles les enfans jouent, les hommes fument, les femmes travaillent. Il y a encore, attenant au lembé, une petite case, le nizimi, hutte au fétiche, où les dévots portent leurs offrandes. On remarque aussi dans les villes de l'Unyamwezi des lieux publics appelés iwanzas; ils répondent aux cafés et aux cabarets des pays civilisés. Les noirs, qui aiment beaucoup à se trouver réunis, les fréquentent au détriment de leur travail. Dès le matin, après un premier repas, l'Africain s'en va, muni de sa pipe, à Xiwanza. Là il trouve une nombreuse compagnie exclusivement de son sexe, et il y passe la plus grande partie de la journée à bavarder, à fumer, à rire, et quelquefois à dormir comme une bête de somme. Il se livre aussi au jeu, et toujours avec frénésie. Ces sauvages risquent, dans leurs jeux de hasard primitifs, tout ce qu'ils possèdent; il en est qui se jouent eux-mêmes et se livrent comme esclaves. Leurs femmes et leurs enfans leur servent aussi d'enjeux, et on en citait un qui, dans Xiwanza d'un village de ce pays de la Lune, avait joué sa mère contre une vieille vache.
Les femmes ont aussi leurs iwanzas, mais les étrangers n'y pénètrent pas; ce sont des sortes de harems. Au contraire ceux des hommes sont toujours publics. Ce sont de larges huttes soutenues par de grossières colonnes. Le toit consiste en une couverture de chaume surélevée d'un pied au-dessus des murs, ce qui fournit une excellente ventilation. Une rangée de troncs raboteux et pointus protège Xiwanza contre l'invasion des bestiaux. Au linteau des deux portes d'entrée sont appendues des queues de lièvres, des crinières de zèbres, des cornes de chèvres, servant d'appel au public, ou regardées peut-être comme étant douées d'une vertu protectrice. La moitié de l'intérieur est réservée à une espèce de lits en planches appelés ubiri, où s'étendent les dormeurs et les ivrognes. Les murs sont décorés avec des lances, des bâtons, des arcs, des pipes; les plus somptueux établissemens sont ornés de défenses d'éléphans. Dans ces lieux, non-seulement on joue et on fume, mais aussi on mange. Beaucoup de noirs désertent leur ménage pour vivre à Xiwanza, où surtout on consomme le pombê. Cette boisson, très commune sous divers noms à toute l'Afrique, s'appelle en Kgypte buzah y dans l'extrême est et sur le Haut- Nil, merissa. C'est une espèce de bière sans houblon, faite moitié de grains et moitié des herbes holcus et panicum y graminées très amères. On met dans l'eau ces divers élémens, et on les y laisse jusqu'à fermentation. Alors on les mêle à une égale quantité de farine et à un peu de miel. Le tout est bouilli trois ou quatre fois dans de grands pots, puis clarifié dans un filtre de nattes; ensuite on le rend à la fer-
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menlation, et au bout de trois jours le mélange a pris l'acidité du Vinaigre. Il possède alors des propriétés très enivrantes; on en vient vite à surmonter la première répugnance que cause l'amertume du breuvage, et cette ivresse présente une certaine analogie avec celle que produit le kara océanien. Les résultats ne sont pas moins pernicieux : ils consistent dans une vive excitation suhie d'un profond sommeil, avec une pénible courbature au réveil. L'usage du potnbé amène des rhumatismes, et l'on en reconnaît les amateurs à leur œil chassieux. Avant de tomber en ivresse, un buveur émérite peut absorber environ un gallon, c' est-a-dire cinq litres, et il y a des individus des deux sexes qui semblent ne vivre que de cet affreux liquide.
Ces renseignemens nous prouvent que les indigènes de l'Afrique orientale et centrale ne sont pas d'une haute moralité. Pour eux, l'idéal d'une belle existence, c'est l'inaction, le sommeil, jouer, fumer, mais surtout manger. La chair, voilà le rêve de l'Africain. Il peut assez facilement le satisfaire dans les contrées naturellement riches comme rUnyamvvezi. De plus, il a le poisson, les grains, les végétaux. Le lait, le beurre, quelques fruits tels que la banane et la datte du palmier de Guinée sont considérés comme alimens de luxe. Le miel est très abondant, et il n'y a guère de village à la suite duquel on ne voie ces alignemens de ruches que les nègres appellent mazinga. Les années où le miel est abondant, les Arabes en font uu sucre de couleur brune dout on use partout où ne croit pas la canne. Dans les lieux où celle-ci pousse, on l'emploie à l'état naturel, les noirs n'ayant pas encore imaginé d'en extraire le suc. Cependant le sucre est une des friandises les plus recherchées de ces nègres, et ils font force contorsious pour en obtenir et pour remercier quand ils en ont obtenu.
Le poisson abonde dans les cours d'eau et dans les lacs de ces terres bien arrosées; cependant il est abandonné aux pauvres et aux esclaves. De l'aveu des Arabes, les végétaux sont durs et indigestes sous cette latitude. Le gibier est réputé inférieur aux viandes d'animaux domestiques. Après les bœufs, on estime principalement les chèvres. Les moutons sont chétifs et vendus à vil prix. Les poules, les pigeons sont aussi en grande faveur; mais les œufs excitent une répugnance unanime, sans qu'on en sache la cause. Des animaux sauvages, le plus recherché est le zèbre; on en fume la chair. Certaines espèces d'antilopes sont succulentes, mais la plupart ont la chair noire, dure et indigeste. Le meilleur moyen pour un voyageur européen de déterminer des Africains a le suivre, c'est de leur promettre une abondante nourriture. Réunir quelques provisions est le seul soin dont ces noirs soient capables; ils sèchent, fument et sa-
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lent de grandes quantités de viande : battue, coupée môme et mise avec du beurre dans des pots, cette viande forme un mets appelé kavurtnehy qui est en usage surtout pour les longues excursions. D'ailleurs le noir en voyage, s'il manque de vivres et d'eau, ouvre la jugulaire à sa bête de somme et se rassasie comme une sangsue.
Tels sont les habitans de la terre fortunée de la Lune. Ils ne le cèdent guère en barbarie et en grossièreté à leurs congénères du reste de l'Afrique. Quelques autres détails sur leurs relations sociales, leur industrie, leurs arts rudimentaires, leurs croyances, se présenteront naturellement quand nous pénétrerons dans les villes de ces Africains. Pour le moment, il faut reprendre, à la suite de MM. Burton et Speke, les chemins qui mènent aux lacs, but de leurs laborieux efforts.