INTRODUCTION
Comment Tristan fut-il amené à écrire des tragédies? A la fin de 1634, il rentrait à Paris, d'une sorte d'exil dans les Flandres où il avait suivi Gaston d'Orléans, alors en rébellion ouverte, sinon tout à fait contre le roi son frère, du moins contre l'impérieuse autorité du cardinal de Richelieu. Tristan, sur ses trente-cinq ans (l'on s'accorde à fixer sa naissance en 1601, mais peut-être est-ce un peu court), était un gentilhomme de la maison de Monsieur, qui avait fait des vers, des vers d'amour chantant les belles et gracieuses dames qu'il fréquentait, des vers « héroïques », c'est-à-dire exaltant là grandeur ou les hauts faits des princes et des seigneurs dont il approchait. Les imprimeurs avaient donné de lui, en 1628, à Paris, une Ode de quelques pages intitulée La Mer; à Bruxelles, en 1653, Les Tlaintes d'Acante & autres œuvres, et en 1634, une Eglogue Maritime dédiée à la Reyne de la Grande Bretagne; la même année 1634, à Anvers, La Peinture de Son Altesse 5^/-tf«/55/w^ (l'infante Isabelle- Claire-Eugénie, régente des Pays-Bas). Tout cela pouvait encore se concilier avec la qualité d'homme de cour et d'homme d'épée qui était la sienne, et rien ne semblait indiquer précisément que sa vie dût prendre une orientation nouvelle. Mais la vérité est qu'il avait, dès sa première enfance, toujours été préoccupé de théâtre, en tout cas que toujours il s'était senti attiré vers les gens de théâtre.
Ce n'est pas dire une parole en l'air que de parler de sa première enfance, puisque le renseignement qu'il nous fournit luimême sur ce point nous reporte à l'époque où il pouvait bien avoir de dix à douze ans, et où il était attaché comme page à la personne de l'un des bâtards de Henri IV, le tout jeune marquis de Verneuil, que Tristan appelle son Maître. Un même précepteur, le sieur Du Pont, donnait des leçons au petit prince et au petit page, et, s'il se montrait sans doute d'une extrême indul- La Mariant. I