‹ La Mariane, tragédie;Chapitre 101 sur 112 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

HeRODE seul

Serpent couuert de fleurs, dangereuse vipère, laune fille d'Amour qui fais mourir ton père,

14O) ^ Dragon tousiours veillant auec cent yeux ouuers, Qiai prens tout à rebours, & voy tout de trauers, Vautour insatiable, horrible lalousie, Qui de cent faux objects brouilles ma fantaisie, N'as tu pas pleinement satisfaict ta rigueur?

1410 Et n'as tu point encore assez rongé mon cœur ? Ne m'importune plus, Conseillère indiscrette, Infidelle Espionne, & mauuaise Interprette, Qui troubles mon repos en me troublant le sens, Et me fais sans horreur perdre des innocens,

14^5 T'ay-ie pas satisfaite en t'immolant Soesme, Et donnant des terreurs à Mariane mesme ?

Mais donné des terreurs ; ah ! ne t'abuse pas, Ta bouche a prononcé l'Arrest de son trespas, Et comme criminelle, & comme condamnée,

1420 On l'aura promptemcnt au suplice menée .

Elle n'est plus au monde, ou bien l'on m'a trahy, Et c'est m'auoir perdu que m'auoir obey. Ma vie est en péril s'il est vray qu'elle viue, Et si la belle est morte, il faut que ie la suiue.

1408. M. Q.ui viens gesner mon ame après l'auoir saisie — 141 ?• C, D. mon lepas

H2) O tourment sans égal ! 6 dures cruautez !

Le mal-heur à mes yeux s'offre de tous costez, Et par quelque sentier que mon penser s'adresse, Vy rencontre tousiours la crainte ou la tristesse. Alons nous enquérir du cours de son destin,

1430 Et si ceste Beauté tire encore à sa fin,

Changeons par vn effet d'vnc bonté célèbre,

En triomphe d'honneur ceste pompe funèbre.

Mais vn des miens s'auance, & ie voy mes mal-heurs,

Tracez sur son visage auec l'eau de ses pleurs,

H3 5 II en parle tout seul.

1430. M. tire encore à la fin

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