‹ La Mariane, tragédie;Chapitre 107 sur 112 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Herode.

O terre ! englouty moy dans tes caues boyaux,

Ouure le plus profond de tes gouffreux abysmes,

Et y plonge ce corps chargé de tant de crimes. 1565 Mariamne défaite ! O Astres inclemens,

O Ciel, injuste Ciel, perfides Elemens,

Et ne pouuiez-vous pas résister à ma haine ?

Et ne deuiez-vous pas me répandre sa peine ?

Mariamne défaite ! Ah ! ie ne le croy pas, 1570 L'Vniuers tout en dueil pleureroit son trespas, y Phœbus à qui ses yeux fournissoient de lumière

Dormiroit pour iamais sous l'onde marinière.

Mariamne défaite ! Helas ! le sçais-tu bien ?

Tu t'abuses, Cloton sur elle ne peut rien.

O barbare sentence ! O Arrest déloyal, Acte de Lestrigon, beaucoup plus que Royal ! Vengez, peuples, vengez sur les Autheurs du crime Celle qui vous restoit de Reyne légitime,

1S85 Héritière d'Hyrcane au Sceptre Palestin.

Faites-nous compagnons de son sanglant Destin, Egorgez, égorgez ces meurtriers sur sa tombe. Et que moy le premier plus coupable ie tombe; Réduit au desespoir furieux que ie suis,

1590 Vous me deliurerez d'vn déluge d'ennuis. Le Ciel vous saura gré d'vne telle iustice. Qu'au moins encore vn coup, chère Ame, ie te visse ; Qu'au moins encore vn coup, ie te peusse parler, Ains, qu'helas ne me puis-je en ta place immoler !

1595 Que ne me puis-je perdre en te sauuant la vie?

La vie : Hé ! Ceux, comment? Qiù te l'auroit rauie? Diuine de l'esprit, & diuine du corps, Quel accident auroit rompu leurs saints accords? Quelle de ces trois sœurs filandieres de l'âge

1600 Eust entrepris de faire à tes beautez outrage? Nulle certainement. La mort n'a point de traits Que n'eussent emoussez leurs amoureux attraits ; Helas ! ie ne repais mes douleurs que d'vn songe, le me console en vain d'vn frauduleux mensonge,

1605 Mariamne n'est plus, Mariamne a passé Ce fleuue de l'Enfer neuf fois entrelassé. Mariamne n'est plus qu'vne insensible souche, P3^thon ne coulera plus du miel de sa bouche. Plus de dards dans ses yeux Amour ne trempera,

1610 QuVn long somme d'airain tousiours occupera. Las ! helas î ie n'attens de reuoir que son ombre Cruelle, epouuentable, en la demeure sombre. Armée de flambeaux, de tortures, de fers. Que dis-je ? jà déjà hors du seuil des Enfers,

161 5 Suiuie d'vne bande affreuse elle s'élance.

Pardonne à mon outrage, & à ma violence, Pardon ne-moy, ma vie ; à grands coups redoublez le m'en vay satisfaire à tes Mânes troublez. Plomber ce sein caduc, me déchirer la face,

1620 Arracher ces cheueux, me meurtrir sur la place. Ha cruel ! ha bourreau ! quelle punition Feroit de ton forfait digne expiation?

Que cesses-tu, meurtrier? donnes-tu déjà tréue Aux assauts redoublez de l'ennuy qui te gréue. 1685 Suffit-il d'honorer de soupireux sanglots De ton autre moitié la mémoire & le los ? Suffit-il que toy seul dans ton cœur la reueres ? Non, non, malgré l'effort des trois Vierges seueres Mariamne reuit en la terre & aux Cieux, La Mariake. ii

l62 APPENDICE

1690 Chacun ainsi que moy l'aura deuant les yeux. Fidelles seruitcurs, vous quiconques l'aimâtes, Quiconque à mon vouloir deuots vous conformâtes, Venez tous, accourez, ie vous commande exprés, La larme aux yeux, le front tout enceint de Ciprés,

1695 De reclamer par tout Mariamne Déesse,

le vous commande exprés qu'vn autel on luy dresse Icy dans le Palais, où les vœux, & l'encens Appaisent chaque iour ses Mânes innocens, Où ie vous donne vn lieu d'inuiolable asyle,

1700 Où ie veux que ma vie en larmes se distile, Où ce précieux corps inhumé quelquefois Reuoquera l'esprit aux accens de ma voix. Consolant mes ennuis d'vne douce parole. Permettant à mes bras d'etraindre son idole,

1705 A ma bouche obtenir sa piteuse mercy.

Premier que ie descende au Royaume noircy. Premier que le trespas criminel me preuienne. Premier qu'ombre là bas à elle ie paruienne ; Car certain du pardon, & que purifié

1710 Tauray ce bel esprit du tout propicié,

Vn moment superflu ne traînera ma vie.

De plus de mille morts elle absente suiuie, Dessur l'heure content ie la vay relrouuer, Heure qui ne sçauroit assez tost arriuer.

Fin.

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