INTRODUCTION XLV
fois sur trois. Alors, quand ils les oublient, c'est bien pis. Il n'est même plus possible au lecteur de deviner qu'il n'a pas sous les yeux le dernier texte avoué par Tristan, mais celui que Tristan pensa devoir retoucher.
Si l'on fait une recension un peu minutieuse, on constate qu'ici les variantes fournies par le manuscrit comparativement avec la seconde édition se montent en réalité à trente-cinq ou trente-six, que chacune d'ailleurs soit d'un seul mot ou de plusieurs vers. Ce n'est encore qu'un quart ou un cinquième de ce qu'on pourrait voir. Du moins, le choix des Rédacteurs se justifie-t-il ? Il ne semble guère ! Ils en ont laissé d'aussi « importantes » et de non moins intéressantes que celles qu'ils ont relevées. Ils ont opté pour les « légions d'Arahes et de Parthes » (vers i'js-i'j6)t pour « cette antre Mèdée » (vers 335-336), pour le « lamentaUe objet » du vers 1754 ; tout cela sans daigner en donner acte. Mais ils ont ignoré les premières formes également curieuses des vers 200, 413, 468, 513, 633-634, 1066, 1071-1073, 1113-1114, 1402, 1561, 1667 et 1676, et 1741-1743, — entre autres. Il est vrai que, s'ils les avaient accueillies, autre part qu'au bas des pages, ce que nous en ignorerions, c'est la forme définitive.
Le moins que l'on puisse penser, c'est que tout cela manque singulièrement d'ordre et de suite.
Il y aurait bien encore quelques reproches à faire aux Rédacteurs. On ne leur ira pas chercher chicane d'avoir rajeuni l'orthographe, mais oui bien la syntaxe et le vocabulaire. Tristan disait (vers 22) : suffisons de vous epouuenter ; ils substituent : suffisans pour..., sans avertir. Ils marquent par des italiques que le mot : énigme était masculin du temps de Tristan, et ils signalent de même, à trois reprises, une faute de prosodie, imaginaire à la même époque ; mais c'est sans que le lecteur sache exactement quelle est l'intention de ces italiques.
Pour tout résumer, ce qui sort de cette combinaison arbitraire du Manuscrit, des éditions originales, de l'édition de François Flahault. et enfin de l'apport personnel des « Rédacteurs », c'est un texte qui n'est pas le texte définitif de Tristan, qui n'est pas non plus le texte à aucune époque, en aucun de ses états , — qui