‹ La Mariane, tragédie;Chapitre 56 sur 112 · MITE · texte numérisé non relu

MITE

35-40. Aucuns Parthes mirent la main sur Hyrcauus & Phasaëlus. . . Mais la magnanimité de Phasaëlus est digne de grande admiration ; lequel sçachant qu'il estoit destiné à la mort, n'estant point si fasché de ce qu'il deuoit mourir, que de tomber à l'appétit de son ennemj^ estimant cela vne chose si misérable, se brisa la teste contre vne pierre, n'ayant point d'autres armes pour se defFaire, veu qu'il auoit les mains liées. . . [Herodes] n'estoit pas encore aduerty de la mort de son frère, & taschoit de le racheter de la main de ses ennemis... Il arriua à Rhinocure, & là sceut nouuelles de la mort de son frère. Iosephe, Antiquitei ludaîquesy trad. Genebrard, XIV, xxv. — Caussin, 196-204.

Joseph mourut eu ludée en l'absence de son frère... Et là perdit toute son armée, & luy mesme y fut tué en combatant vaillamment... Herodes fut aduerty de la mort de son frère en Daphné, qui est vu faux-bourg d'Antioche : & desia auoit-il songé que tel mal-encontre luy aduiendroit, comme si le songe luy fust manifestement aduenu pour luy signifier la mort de son trere. Iosephe, Ant., XIV, xxvii.

Feus aux bords du lourdain des visions cruelles 40 Qui preuinrent le bruit de ces tristes nouuelles.

Pherore.

Pour moy i'ay mille fois des songes obserué, Sans que de leur présage il soit rien arriué; Et selon qu'vn Rabin me fit vn iour entendre, C'est les prendre fort bien, que de n'en rien attendre.

Herode.

45 Quelles fortes raisons apportoit ce Docteur,

Qui soustient que le songe est tousiours vn menteur?

Pherore.

Il disoit que Thumeur qui dans nos corps domine, A voir certains obiects, en dormant nous encline ; Le flegme humide & froid, s'esleuant au cerueau, 50 Y vient représenter des broûillars & de Teau : La bile ardente & iaune, aux qualitez subtiles. N'y dépeint que combats, qu'embrazemens de villes :

Ainsi qu'Herodes cstoit près de Daphué, qui est en Antioche, il eut de terribles songes, qui luy donnèrent certaines significations de la mort de son frère. Et comme en ce trouble, il sortit hors de son lict, voicy que les messagers qui apportoient les fascheuses nouuelles de ceste mort, entrèrent. Iosephe, Guerre des Iiiifs, trad. Genebrard,!, xiii.

47-80. Nous faisons trois sortes de songes : les vns sont naturels : les autres animaux : les derniers sont par dessus ces deux.

Les naturels suiuent la nature de l'humeur qui domine : Celuy qui est cholere ne songe que de feux, de batailles, d'embrasemens : le phlegmatique pense tousiours estre dans les eaux. La connoissance de ces songes est nécessaire au bon Médecin pour connoistre la complexion & tempérament de son malade... La cause de tous ces songes se rapporte à la propriété de l'humeur: car comme le phlegmatique songe ordinairement vn rauage d'eaux, le cholérique vn embrasement : ainsi le melancholique ne songe que de morts, sepulchres, & toutes choses funestes, pour ce qu'il se présente à l'imagination vue espèce semblable à l'humeur qui domine, de laquelle la mémoire vient à s'eueiller, ou pour ce que les esprits estans comme sauuages, & tous noircis, voltigeant par tout le La Mariane 2

l8 LA MARIANE

Le sang qui tient de Tair, & respond au Printemps, Rend les moins fortunez en leurs songes contens :

55 Sa douce exhalaison ne forme que des roses,

Des obiects esgayez & d'agréables choses : Et la melancholie à la noire vapeur, Où se logent tousiours la tristesse & la peur. Ne pouuant figurer que des images sombres,

60 Nous fait voir des tombeaux, des spectres & des ombres. C'est ainsi que chacun aperçoit en dormant Les indices secrets de son tempérament.

cerueau, & se pourmenant iusques à l'œil, représentent à l'imagination toutes choses obscures...

Le second genre de songes est de ceux qu'on appelle animaux, qui viennent de quelque perturbation de l'ame. On définit ce songe vne représentation de ce qui a passé le iour, ou par les sens, ou par l'entendement : ce sont quasi les plus frequens : car si nous auons veu, ou pensé, ou discouru le iour de quelque chose auec beaucoup d'affection, la nuict le mesme objet se représentera. Le pescheur, dit Theocrite, songe ordinairement de poissons, de riuieres, de reths : le soldat des alarmes, de surprise de villes, de trompettes : l'amoureux ne resve la nuict qu'à ses amours.

Le dernier genre des songes est par dessus la nature^ par dessus tous les sens, & par dessus l'entendement humain : ces songes sont ou diuins*, ou diaboliques : les diuins viennent de Diôu, qui nous aduertit bien souuent de ce qui nous doit arriver, & nous enuoye des reuelations plaines de mystères. Tels ont esté au vieil Testament, les songes d'Abra" ham, lacob, loseph, Salomon, Nabuchodonosor, Pharaon, Daniel, Mardochée : & au nouueau de saint loseph, des trois Roys d'Orient, de saint Paul. Les songes diaboliques arriuent souuent par l'astuce du malin esprit qui va tousiours tournoyant à l'entour de nous, & tasche de nous attraper en veillant ou en dormant. Il nous représente donc bien souuent des choses estranges, & nous descouure en dormant des secrets, qui semblent estre cachez à la nature mesme, il trouble nostre imagination par vne infinité de vaines illusions. Voylà toutes les causes des songes.

Toutes les Œuvres de Af* André Du Laurens, sieur de Ferrieres, premier Médecin du Tres-chrestien Roy de France & de Nauarre, Henry le Grand. A Paris, MDCXXl, in-fol. — Discours auquel est traicté des Maladies melanchohques.

* ... vn songe diuin m'a soudain reueillée. La Mort de Seneque.

Herode.

Ainsi l'on songeroit tousiours les mesmes choses ? Pherore.

Les songes quelquefois viennent par d'autres causes;

65 De mesme que les vns expriment nos humeurs, Les autres bien souuent représentent nos moeurs. L'ame d'vn homme noble, encore qu'il repose, Mesprisela Fortune, & l'Honneur se propose : Et celle du volleur, preuenant son destin,

70 Rencontre des Preuosts, ou fait quelque butin. De mesme l'vsurier en sommeillant repasse Et les yeux & les mains sur l'argent qu'il amasse : Et l'Amant preuenu de crainte ou de désirs, Esprouue des rigueurs ou gouste des plaisirs.

7S Ces expositions ne mécontentent gueres,

Ces principes communs ont des effets vulgaires ;

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