SCENE DEVXIESME
MaRIANE eu prison.
Pour augmenter l'affront que l'iniuste licence 1240 A fait à l'innocence,
Vn absolu pouuoir rend mon corps prisonnier : Mais en quelque péril que le mal-heur m'engage,
l'auray cet auantage Que mon cœur pour le moins se rendra le dernier.
1245 Ce iour s'en va borner la longueur de ma vie. le voy bien que l'ennuie Trauaille puissamment à creuser mon tombeau ; Et que la cruauté du Tyran qui m'oprime Ne me supose vn crime 1250 Que pour auoir sujet d'en commettre vn nouueau.
Qu'il en vse à son gré, me voila toute preste,
De payer de ma teste, Afin de contenter ce cœur dénaturé, Quelque horreur qu'en la mort on puisse reconnoistre 1255 Elle n'a qu'à paroistre,
l'iray la receuoir d'vn visage asseuré.
Il est temps désormais que le Ciel me sépare,
D'auecque ce barbare, Son humeur & la mienne ont trop peu de raport,
1242. M. ce mal-heur
1260 La vertu respirant panny l'odeur du vice, Esprouue le suplice, Du viuant bouche à bouche attaché contre vn mort.
Autheur de l'Vniuers, souueraine puissance, Qui depuis ma naissance, 1265 M'as tousiours enuoyé des matières de pleurs, Mon ame n'a recours qu'à tes bontez diuines.
Au milieu des espines, Seigneur, fay-moy bien-tost marcher dessus des fleurs.
Mais i'entends quelque bruit, suis-ie point exaucée ? De ce dernier espoir ie flatte ma pensée, Apres auoir passé les plus beaux de mes ans A porter des liens si durs & si pesans.
1266. M, A. Mon ame se resigne à tes bontez diuines
1260-1262. Cestoit... coller le corps viuant bouche à bouche sur le mort. Caussin, 280-281.
1263-1268. Caussin, 723-728.