CHEVREAU, PEAU-DE-SATIN
CHF.VREAU, son rasoir à la main.
Neuf heures quarante... Pardon, monsieur, je suis un peu pressé.
Je sais... je sais... Ainsi, vous êtes Cysis Chevreau?
CHEVREAU
Oui, après?
Vous épousez ce matin mademoiselle Léonie Boudinier?
CHEVREAU
Oui; après?
Rendez-la heureuse, monsieur! Oh! mon rêve, mon rêve!
(il tire de sa poche un cornet à piston, et en tire deux ou trois notes graves.) CHEVREAU, ahuri.
Qu'est-ce que c’est que cet homme-là?
Monsieur, je me nomme Peau-de-Satin.
CHEVREAU
Ah bah!... vous êtes Mohican?
PEAU-DE-^ATIN.
Non* monsieur, je suis de Poissy. C’est un surnom qu’on m’a donné à l’orchestre du théâtre de la Gaité, où je suis piston depuis quinze ans... voilà mon instrument... je n’en rougis pas. (Prenant une pose.) Je suis un enfant du peuple, moi! (il tire encore une note.)
* CHEVREAU
Assez!... Enfin, qu’est-ce que vous me voulez?,.. Ma barbe n’est pas faite, je suis pressé...
PEAU-DE* SATIN, avec emphase.
Je vais vous -le dire, monsieur. 11 y a quinze ans...
CHEVREAU
Ah çà! monsieur, est-ce que vous allez me raconter Lazare le Pâtre?
PEAU-DE-SATIN, reprenant.
11 y a quinze ans...
CHEVREAU, furieux.
Encore!... Aliçà! mais, monsieur...