II. — L'existence des capitaines
11 est impossible de donner une idée précise de Fexistence des capitaines (Masters) anglais à bord
— sodé leurs navires : les bateaux sont d'espèces très diverses, et le tempérament personnel influe sur la façon dont chacun conçoit sa responsabilité et exerce sa surveillance.
Sur les grands paquebots, le a commandant » est semblable aux « commandants » de l'armée navale, dont les fonctions principales sont de choisir des hommes de confiance et de les juger de haut. Aucun compte à tenir; aucun état à composer des passagers et du fret; aucune étude spéciale h faire du temps ; aucun ordre à donner à l'équipage... Ce sont là œuvres de subordonnés. Le capitaine doit avoir l'œil sur tout et, selon les régions, l'état de la mer,... soit s'en remettre à ses officiers, soit ne s'en remettre qu'à lui : il a souvent la charge de 2.000 âmes, la responsabilité d'un bateau de 12 à 20.000.000 de francs, tandis que la vitesse atteint 25 milles à l'heure ! A quelques jours ou semaines de calme complet et vraiment agréables peuvent succéder de longs jours d'attention soutenue, sinon d'anxiété ^ Et cependant, même dans ces fonctions, les gains ne sont pas énormes, correspondants à ceux d'une situation identique à terre.
Il en est presque de môme pour les capitaines des grands cargo -boats, bien que le nombre plus limité des officiers force le master à intervenir plus souvent par lui-même. Et les capitaines de maints cargos de 5 à 6.000 tonnes ne touchent que
i. Frank T. Bullen. The Men, p. H.
12-14 livres sterling par mois M A mesure que dimimje rimportance du navire, à mesure le capitaine devient, en plus de capitaine, un des officiers ordinaires du bord.
Les bateaux qui ne font pas partie des services réguliers et recherchent le fret partout où ils le trouvent — les tramps — ont parmi les marins une détestable réputation. Si quelques-uns d'entre eux sont identiques ou presque aux bateaux des lignes régulières, ils méritent, pour le plus grand nombre, de vives critiques. Bâtis bon marché et de façon à transporter les marchandises dans les meilleures conditions possible, ils ne donnent des bénéfices que par une gestion des plus économiques. Si l'équipage pâtit de ce régime, le capitaine en souffre plus encore. Il a le souci d'un bateau trop chargé; il a à peine le temps de connaître les nouveaux ports où les ordres de Farmateur l'envoient successivement; il lui faut prévoir le prix du charbon sur tout son parcours; il est malmené si le fret se trouve plus bas qu'on ne l'avait prévu ; il a un équipage composé d'hommes mal payés et indisciplinés. Il doit être, a dit très bien M. Frank T. Bullen ^ « un diplomate, un jurisconsulte, un comptable et un marchand, en même temps qu'un marin », et quelle espèce de diplomate, de jurisconsulte, de comptable et de commerçant !