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CHAPITRE PREMIER

LES SYNDICATS DE MATELOTS, DE CAPITAINES ET d'armateurs

I. — Les luttes entre matelots et armateurs durant les vingt dernières années.

Vers le milieu du xix" siècle, les matelots anglais, qui touchaient entre 1 liv. 13 sh. et21iv. 5sb. par mois, constituèrent des associations locales. Forts de leur union, ils réclamèrent des salaires plus élevés et triomphèrent d'abord. Mais les armateurs opposèrent une résistance collective à leurs prétentions : des bureaux d'armement furent établis dans les principaux ports; on y embarqua de préférence les porteurs de certaines cartes, — ceux qui se tenaient à l'écart du mouvement; — après une lutte plus ou moins violente, les syndicats succombèrent \

1. V. le récit de M. J.-H. Wilson : Minutes of the Royal Commission of Labour, groupe B, 1892, 1. 1, p. 462.

Nous ne raconterons pas l'histoire des multiples associations de marins, qui furent créées dans certains ports ou certaines régions, y défendirent les intérêts généraux des marins ou les intérêts particuliers de leurs membres, et y reçurent successivement le coup de mort par suite des fautes de leurs chefs ou d'une lutte malheureuse contre le patronat.

En 1887, M. J. Havelock Wilson forma la National Amalgamated Sailors' and Firemens^ Union of Greai-Britain and Ireland. Les débuts (le ce syndicat furent modestes. A sa première séance, il n'assista que trois personnes. Mais, peu à peu, les adhérents augmentèrent. L'œuvre était encore à son début, lorsqu'un brusque succès la fit connaître. Après une courte lutte, les salaires furent relevés de 10 sh. par mois à Sunderland. Et, « comme tout le monde aime Jack », cet événement purement local eut un grand retentissement. Les matelots pensèrent avoir trouvé une panacée ^

La National Union ne tarda pas à agir. D'une part, elle se porta garante vis-à-vis des armateurs que ses adhérents ne déserteraient pas ; de l'autre, elle réclama pour les équipages une meilleure nourriture et dirigea ses efforts vers un relèvement des salaires. En 1888 et 1889, elle livra quelques « batailles », mais brèves et peu

i , Life and Labours of J. H. Wilson (suppléme)it au Seafaring, p. 5).

violentes. Le courant syndicalo-socialiste [iiewunionist) favorisa son développement. Elle eut, nous dit M. J. H. Wilson, jusqu'à quarante-cinq sections et cent trente mille membres \

M. Wilson voulait créer un « grand fond », afin de réclamer dans tous les ports de Grande- Bretagne la fixation de salaires uniformes. Mais la bataille fut engagée trop tôt par les syndiqués impatients. En l'espace de vingt-quatre heures, ks équipages de la Tyne obtinrent 3 livres sterling par mois sur les vapeurs et31iv. 10 sh. sur les voiliers, comme 32 sh. 6 d. par semaine sur les caboteurs. A Liverpool, si les matelots durent d'abord capituler devant la faim après trois semaines de lutte, ils eurent, lors d'une seconde tentative, un notable succès, ce Certaines victoires sont plus néfastes que des défaites », disaient des hommes sérieux : « pour faire œuvre utile, il faut de l'intelligence, de la loyauté, du calme et de la modération ^ » ; paroles sages, qui indiquent bien ce qui allait manquer aux syndiqués.

Selon M. G. Law, « la Seamens Union a atteint une grande notoriété sans avoir rendu à ses membres des services correspondants ^ ». Si les salaires des matelots se relevèrent de 15-20 0/0

1 . Minutes of the Royal Commission of Labour y groupe B, t.I, p. 462.

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