COMBAT DE MITYLÈNE
même , le prince se ravise ; il envoie les subsides qu'on a cessé de lui demander. La Gerté de Gallicratidas a fini par obtenir autant de succès que les basses flatteries de Lysandre ; mais Callicralidas a pris Méthymne et s'apprête à prendre Mitylène. La meilleure de toutes les diplomaties consiste à être fort -y cette diplomatie-là procure toujours des alliés. La situation de Gononlaissaitàla cause d'Athènes peu d'espoir. Le port de Mitylène n'était pas de facile défense; quarante vaisseaux déployés en ligne n'auraient pas suffi pour en barrer l'entrée beaucoup trop ouverte. Conan, dans les parties où les eaux sont suffisamment basses, fait couler des embarcations remplies de pierres; dans les parties plus profondes de la passe , il assujettit sur des ancres de grands bâtiments de transport. Ces bâtiments ne seront pas seulement un obstacle ; leur pont servira de plate-forme aux catapultes. On sait que ces machines, dont l'invention a été faussement attribuée à Denys le Tyran, servaient à lancer, par la brusque détente d'un levier qu'on bandait fortement à l'aide d'un treuil, une pluie de cailloux ou d'énormes fragments de rochers. En arrière de ces batteries flottantes sont rangées les quarante trières, la proue en avant, l'éperon arrêt. Le port a changé d'aspect; il faudra plus d'un rude combat pour forcer cette entrée rétré-
cie. La nature a d'ailleurs ménagé aux /llhéniens un dernier refuge. Mitylènc possède, comme Syracuse, son grand et son petit port; seulement, les deux ports de Mitylène se communiquent : la vieille ville est bâtie sur un îlot de peu d'étendue, que sépare de la grande île un étroit canal aujourd'hui comblé. En face de l'ilot, sur la rive lesbienne, s'élève la ville neuve; une enceinte commune embrasse les deux cités traversées par une sorte d'Euripe. A chaque extrémité de ce long boyau s'ouvre un port : à l'extrémité méridionale , le port ou plutôt la rade, que Gonon vient de mettre en état de défense; à l'extrémité qui regarde le nord, un bassin mieux fermé, dont il est facile d'interdire l'approche. On n'a pas forcé l'entrée de beaucoup de ports : Duguay-Trouin à Rio-Janeiro , l'amiral Roussin dans le Tage, Ferragut à Mobile, ont montré cependant que de pareilles opérations ne sont point impossibles; mais ni à Rio-Janeiro, ni dans le Tage, ni à l'ouvert de la baie de Mobile, on ne fut obligé de s'arrêter sous le canon. Lorsqu'on trouve le chemin barré par des estacades ou par des lignes de vaisseaux embossés, il faut courir les risques de Nelson attaquant Copenhague , à moins qu'on ne préfère imiter la très -légitime circonspection de ces deux grandes nations maritimes qui laissèrent, pendant plus d'une année, leurs
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vaisseaux immobiles devant les batteries de la Quarantaine et devant le fort Constantin.
Callicratidas n'était pas un marin : pour triompher d'un obstacle, il est quelquefois avantageux d'en mal apprécier la puissance. Callicratidas avait pris Méthymne; il se croyait de force à prendre Mifylène; la vue de toutes les défenses accumulées à la bouche du grand port ne l'intimide pas. II se place lui-même à la tête de ses vaisseaux, s'ouvre par l'impétuosité de son premier élan un passage à travers la ligne des vaisseaux de charge et se rue sur les proues de la seconde ligne, composée fout entière de navires de combat. La mêlée fut terrible; une grêle de pierres tombait du haut des vergues, jaillissait des plates-formes; Callicratidas fait sonner la retraite : ses troupes épuisées ont besoin de reprendre haleine. Quelques instants après, il revient à la charge, lutte durant plusieurs heures et parvient enGn à refouler les Athéniens jusque dans Tarrière-port. L'investissement de Mifylène est désormais assuré; Callicratidas a établi sa flotte dans le bassin du sud, dans ce bassin d'où Conon s'est vainement efforcé de l'exclure. Je ne veux pas prendre parti contre les Athéniens : ce sont eux qui défendent, à cette heure, la cause de la Grèce; la victoire des Péloponésiens court, au contraire, le risque de tourner au profit de l'Asie.
Je n'en éprouve pas moins une secrète sympathie pour cet honnête et vaillant hoplite dont la mâle droiture a si bien déjoué les intrigues de Lysandre. Puissent les dieux lui demeurer jusqu'au bout favorables t
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