DESTRUCTION DE L'ARMEE D'IMILCON
ressources dont dispose aujourd'hui la science navale , nous les déclarerions impossibles ! Remarquons d'ailleurs le cachet de vraisemblance dont sont empreints les récits contemporains auxquels Diodore a emprunté le fond de son histoire. Lorsque la flotte est prête, Imilcon fait remettre à chacun des pilotes un pli cacheté ; ce pli ne devra être ouvert qu'à une distance déterminée du rivage. Semblable précaution fut prise par l'empereur, lorsqu'il fit partir l'amiral Villeneuve de Toulon. Ce sont là les conditions indispensables du secret, mais on n'invente point de pareils détails; quand je les rencontre dans les relations de Timée ou d'Ephore, je me crois fondé à y reconnaître la déposition de témoins bien informés.
Les plis cachetés remis par Imilcon aux pilotes de Garthage leur enjoignaient de se diriger sur Panorme. Le vent était favorable, toute la flotte leva l'ancre. Les vaisseaux à voiles eurent bienlôt pris une avance considérable sur les navires à rames, qui devaient au besoin les défendre; ils n'essayèrent cependant pas de ralentir leur allure et comptèrent sur la violence de la brise pour forcer, si l'ennemi se présentait, le passage. Déjà l'on aperçoit Maritimo, Favignana, Levanzo, ce groupe d'îles élevées, dont le sommet se cache si souvent dans les nuages , et qui sert d'avant-poste
à la pointe occidentale de la Sicile. Les Libyens ne pouvaient souhaiter un phare mieux placé pour assurer leur traversée d'Afrique en Europe. L'amiral de Sicile, Leptine, prévenu par Denys, guettait, avec trente trières, l'arrivée d'Imilcon; seulement, il la guettait du canal étroit où il s'était embusqué. Ses vaisseaux ne lui semblaient pas de ceux qu'on peut impunément aventurer au large. Quand les premiers transports ennemis apparurent, Leptine courut sur eux et en coula cinquante. Il submergea ainsi, d'un seul choc, cinq mille hommes et deux cents chars de guerre; le reste de la flotte réussit à gagner Panorme. Les anciens faisaient, sans hésiter, la part du feu dans toute affaire sérieuse; maîtres de laCalabre, ils n'auraient pas, comme nous, laissé les Anglais s'implanter en Sicile.
Imilcon, quand il eut débarqué le gros de ses troupes à Panorme, ne trouva pas qu'il eût payé ce premier succès trop cher. Le seul déploiement de ses forces le rendait, sans coup férir, maître du terrain; il l'inonda sur-le-champ de son armée. Denys n'eut d'autre ressource que de s'aller enfermer, en ravageant sur tout son passage la campagne , dans l'enceinte fortiBée de Syracuse. Imilcon ne voulut pas s'arrêter à Panorme; il y redoutait encore les vaisseaux longs de Leptine. Une baie