DESTRUCTION DE L'ARMÉE D*IMILGON
ouverte De lui semblait pas un abri suffisant; il lui fallait un port fermé par un goulet étroit pour y remiser en toute sécurité ses six cents navires. Messine lui parut ofiErir Fabri désiré. H s'y porta, sans délai ^ avec toute son armée , flanquée par les trières, qui longeaient d'aussi près que possible la côte. Messine n'était point en état de soutenir un siège ; les troupes carthaginoises s'en emparèrent sans peine , et les six cents vaisseaux donnèrent à pleines voiles dans ce havre, arrondi, suivant la remarque des géographes anciens, comme un cro-» chet d'hameçon.
Les Sicules étaient toujours , à peu d'exceptions près, du parti des envahisseurs; ils furent d'un grand secours à Imilcon. Ces montagnards lui rendirent avec empressement les services qu'ils avaient naguère rendus aux Athéniens; mais ils ne pouvaient lui livrer Syracuse , et c'était devant Syracuse qu'avait échoué Nicias. On comprend l'importance dont jouissait la cité dans le monde antique , car la cité devenait , en toute occasion périlleuse , le refuge. Les nationalités y mettaient pour ainsi dire leur âme. Les cités aujourd'hui sont des nids à bombes , et il est facile à l'ennemi qui tient la campagne de les enfermer dans un cercle de feu ; leur résistance peut donc se mesurer au nombre de jours de vivres qu'elles ont accumulés. Le plus sûr
21i LA MARINE DES ANCIENS.
boulevard des nations , depuis que les canons rayés s'entendent si bien à cerner les villes, ce sont les bataillons disciplinés qui s'interposent entre l'invasion et le cœur du pays. Quand ces bataillons ont été dispersés ou refoulés sur les places fortes du centre, il n'y a que la mer à laquelle on puisse encore, comme dernier recours, tenter de s'appuyer. Denys s'était flatté de garder la possession de la mer; la fortune ne seconda pas cet espoir. Leptine fut enveloppé par les forces supérieures de Magon , l'amiral de Carthage : il perdit plus de cent bâtiments et de vingt mille hommes. Denys'ne s'émut pas outre mesure d'un si grave échec ; le triple rempart de Syracuse le rassurait. Ce fut cependant un spectacle bien fait pour porter la terreur dans le cœur des Syracusains que celui de la flotte de Magon venant s'établir au centre du bassin qui avait jadis accueilli les trières athéniennes. Les bâtiments à rames des Carthaginois marchaient en tête. Rangés en bataille sur une ligne de front , la poupe magnifiquement décorée de dépouilles , ces vaisseaux de combat occupaient presque tout l'espace qui s'étend entre Ortygie et Plemmyrion. En arrière de cette première ligne s'avançaient, masse serrée et confuse, plus de mille vaisseaux de transport. Les Carthaginois, de Messine à Catane , avaient ramassé sur la route tout
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ce que la Sicile employait de navires à trafiquer avec l'Italie. La baie , si spacieuse qu'elle fût, semblait trop étroite pour contenir tant de galères étendant au loin leurs rames y tant de barques déployant le nuage de plus en plus épais de leurs voiles. La flotte carthaginoise avait à peine jeté l'ancre, que l'armée d'Imilcon déboucha dans la plaine. L'immense armée se développa lentement des rives de l'Anapos au promontoire de Plemmyrion. Pour protéger son front de bandière, elle s'occupa surle-champ d'élever au bord de la mer trois camps palissades. Denys contemplait avec calme ces préparatifs du haut des remparts , qu'il avait de longue date garnis de balistes çt de catapultes. Il se savait en mesure de prêter, grâce à cette artillerie, un appui efficace aux navires qu'il attendait du Péloponèse. Son beau-frère Polyxène était en effet parti à la première alarme, muni d'une somme considérable, pour Lacédémone et pour Corinthe; il avait ordre d'en ramener des renforts à tout prix. Trente vaisseaux longs arrivèrent les premiers, sous la conduite du Lacédémonien Pharacidas ; la flotte carthaginoise ne réussit pas à les intercepter. Cette preuve manifeste d'impuissance ranima le courage des Syracusains. Peu importait d'ailleurs qne les Syracusains tremblassent, si le chef qu'ils s'étaient donné demeurait impassible. La fermeté
du commandement vaut encore mieux que l'ardeur enthousiaste du soldat, et la fermeté de Denys s'était promis de laisser aux marais de l'Anapos, à ces terribles marais qui avaient déjà englouti une armée athénienne, le temps de faire leur œuvre. L'été devenait brûlant; une chaleur suffocante succédait, vers midi, aux brouillards glacés du matin. Nous qui avons connu les rosées du Mexique, nous savons ce que ces alternatives peuvent produire : la fièvre paludéenne en est inévitablement la conséquence. Trente jours à peine après avoir pris ses campements, l'armée carthaginoise se trouva infectée : le poison s'insinuait sournoisement dans les rangs. Les Libyens, mal vêtus, furent atteints avant tous les autres. On inhuma les premières victimes : bientôt la mortalité fut telle, le désordre devint si affreux , qu'on ne prit plus la peine d'enterrer les morts. Ces miasmes pestilentiels aggravèrent encore l'épidémie. Les troupes de Garthage ne sont pas les seules qui aient eu a regretter d'avoir dressé leurs tentes sur un sol insalubre ; les rives du Pamisus et celles du Rio San-Juan ne furent guère plus clémentes aux malheureux soldats du général Maison et aux miens que les bords de l'Anapos aux hordes à demi sauvages d'Imilcon. Néanmoins, les armées carthaginoises ont, en mainle occasion, disparu trop vite,