PROBLÈME DE LA TRIRÈME ANTIQUE
de ruiner dans beaucoup d'esprits l'idée jusqu'alors généralement admise de la superposition des rames. Je n'hésite pas à croire que, si i*on bâtit jamais une galère vénitienne sur les données et d'après les dessins de messer Gristoforo da Ganale, on s'apercevra bientôt qu'il n'est pas facile de faire agir sans trouble des groupes de trois rames, quand ces rames parallèles ne sont séparées que par un intervalle de quelques centimètres. On avait fourni à M. Jal les plus vigoureux matelots de Cherbourg : il n'osa pourtant leur donner que des rames de sept mètres vingt centimètres. Telle est à peu près la longueur de nos avirons de chaloupe. Mais ici ce sont des rames de trente-deux, de trente et de vingt-neuf pieds vénitiens qu'il s'agit de manier. Je considère la chose comme au-dessus des forces d'un seul homme.
Il m'en coûte, croyez-le bien, de douter encore, quand les textes et les dessins que vous invoquez me condamnent; le scepticisme n'a jamais été l'oreiller de mon choix. Je doute cependant, parce qu'en pareille matière il est difiQcile d'imposer silence à l'instinct de l'homme de métier, mis, par une combinaison qui semble inexplicable , en révolte. Je n'en conserve pas moins le très-ferme espoir que le jour n'est pas éloigné où la lumière à laquelle j'aspire me viendra de la jeune Italie
éclatante. C'est aux marins italiens qu'il appartient de nous faire connaître une marine dont les fastes se confondent avec leur glorieuse histoire, marine que ne mentionneraient même pas nos annales, si nos rois, à diverses reprises, n'en avaient emprunté à prix d'argent le concours. Que l'on imite donc en Italie le généreux exemple qui, sur l'initiative de l'empereur, fut donné il y a quelques aimées par la France I Puisqu'on y croit posséder le secret des trirèmes du moyen âge, qu'on en fasse descendre une tout équipée des chantiers. Si cette trirème se meut, si elle marche en avant, si elle se reporte avec facilité en arrière, si elle tourne à droite et à gauche sans que les avirons se mêlent et sans que les matelots se gôurment, à l'instant je mets bas les armes.
En affirmant la trirème du moyen âge tel qu'ils la conçoivent^ les Italiens auront fait un grand pas vers la découverte de la trirème antique, car je partage entièretnent sur ce point l'opinion de l'honofable amiral Fincati : la trière d'Athènes et la trirème de Venise sont sorties du même nid. Nous avons là deujt sœurs auxquelles il est permis de différer par les traits du visage; il serait étrange qu'elles n'eussent pas gardé, au moins dans leurs allures, un certain air de famille. Trois rameurs par banc, voilà le point incontesté et incontestable