PROBLÈME DB LA TRIRÈME ANTIQUE
a Les vaisseaux de guerre de la Méditerranée, nous dit-il, jusqu'à la moitié du seizième siècle, ne différèrent pas des vaisseaux des anciens , si ce n'est dans quelques parties accessoires. La forme, le tonnage, l'armement, l'appareil des rames, furent les mêmes à bord des trirèmes vénitiennes on génoises et à bord des trières d'Athènes, de Syracuse et de Rome. Les ordres de bataille et les procédés de combat des marins italiens du moyen âge reproduisent-ils exactement ceux que nous décrivent Thucydide, Polybe, Tite-Live et autres auteurs? On en trouvera la preuve dans divers outrages, notamment dans les Historié delnùo tempo de Natal Conti, dans la Nautica mediterranea de Bartolomeo Grescenzio , dans les Dialogues de Cristoforo da Ganale ; mais celui qu'il faut, avant tout, consulter à ce sujet, c'est le savant capitaine Pantero Pantera, qui, dans son Armata navale, corrobore à chaque pas ses prescriptions d'exemples tirés des batailles navales des anciens. De Salamine à Lépante, durant une période de près de vingt siècles, les vaisseaux de guerre par excellence furent toujours les trirèmes. Les dimensions de ces navires ne varièrent pas sensiblement; on retrouve constamment le vaisseau à rames tel que l'a minutieusement décrit Cristoforo da Ganale : long de cent vingt pieds, large de seize, avec six
pieds de creux. Deux armatures latérales sont destinées à soutenir les rames. Au-dessus de ces armatures se dressent les pavois verticaux qui protègent les rameurs y pavois que nous voyons porter successivement les noms de talamii, de talari, à^aU et de morti. Deux cents hommes, combattants et rameurs, composaient l'équipage. La proue était munie d'un réduit de combat qu'au moyen âge on appelait rambade, — rambata, — et que les anciens nommaient catastromata. La chiourme comprenait cent cinquante rameurs placés trois à trois sur chacun des vingt-cinq bancs, à droite et à gauche de la coursie* Les rames et les* rameurs pre^ naient, suivant leur position^ un nom particulier. Lepianero était le rameur qui s'asseyait le plus près de la coursie. Il avait en main un rame longue de trente-^eux pieds vénitiens ^ Le posticcio était le second rameur du bancj la longueur de sa rame ne dépassait pas trente pieds et demi. Le terzicdo ou terzaroh^ assis à toucher le bord de la galère, manœuvrait une rame de vingt-neuf pieds et demi. Ces mêmes rameurs s'appelaient dans l'antiquité : les premiers thranites^ les seconds zygites; les troisièmes talamites, parce qu'ils avaient leur poste de nage près du talamio. L'amiral Jurien de la Gra-
^ Le pied vénitien était de 0°^,347.
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vière n'admet pas la possibilité de faire manœuvrer trois rames contiguës par trois rameurs assis sur le même banc. Il invite à ce sujet les républiques de Gênes et de Venise a à ne pas compliquer la quess tion » . Je puis donner à l'honorable auteur de la Marine de Vavenir l'assurance que nous avons fait jadis asseoir trois rameurs sur le même banc. Ce banc était obliquement tourné vers la poupe, comme on peut le voir dans le dessin où messer Gristoforo da Ganale a représenté une trirème vénitienne. Ghacun des rameurs manœuvrait séparément une rame dont j'ai indiqué plus haut les dimensions. Les rames étaient assujetties, en dehors du bord, à l'aide d'une estrope et d'un tolet , — con stroppo e scalmo, — sur une lisse, — un JUareto, — qui courait longitudinalement, soutenue par une rangée de herpès, — baccalari. — U y avait trois lisses^ — trois filarets, si l'on veut employer la langue spéciale des galères. — Les lisses étaient séparées par un espace égal à celui qui séparait les trois rameurs assis sur le même banci Les trois tolets, — autrement dit les trois scaumes, — étaient plantés sur les trois filarets, de façon à for-^ mer une ligne oblique à la quille et parallèle à la ligne du banc. Les rames sortaient donc au-dessous des pavois en groupes de trois rames; l'intervalle ménagé entre les groupes était égal à Tinter-
valle ménagé entre les bancs. Vers le milieu du seizième siècle s'introduisit la rame dite discahc^ cio; les bancs, qui d'abord étaient obliques en allant du centre à la poupe, furent dès lors placés perpendiculairement à la quille. Les trois rameurs demeurèrent à leur banc, mais, au lieu de voguer chacun avec une rame, ils agirent tous les trois ensemble sur un seul et même aviron. »
Tout cela est sans doute fort élégamment exposé. Les laborieuses recherches de M. Jal, — critique scrupuleux et homme d'esprit à la fois, — l'avaient déjà conduit à une conclusion identique, du moins en ce qui concerne les bâtiments à rames du moyen âge. M. Jal, malgré la haute confiance que j'étais habitué à placer dans ses assertions, ne réussit pas à me convaincre. Que M. l'amiral Fincati me permette de lui dire que, s'il m'a vivement intéressé, il ne m'a pas convaincu davantage. Les bancs, sur les galères françaises tout au moins, n'ont jamais cessé d'être disposés obliquement à la quille; oh s'est bien gardé de les redresser quand on a voulu faire usage de la rame di scaloccio, les bras des trois files de rameurs auraient eu des courbes trop inégales à décrire. Ce n'est pas cependant à ce mince détail que je veux m'arréter. La construction de la trirème d'Asnières a eu le grand avantage d'ébranler les convictions les mieux enracinées et