‹ La Marine Marchande AmericaineChapitre 59 sur 62 · XI. — Economie dans la navigation · texte numérisé non relu

XI. — Economie dans la navigation

Ces deux grands caractères de la Marine américaine, l'emploi de plus grands navires et de moindres équipages, n'ont élé dans l'origine qu'une conséquence du grand développement commercial aux Etats-Unis. Une fois passés dans les usages, par une réaction puissante, ils ont donné à leur tour une énergie nouvelle à ce développement. En effet, leur résultat final élant de diminuer les dépenses de fonctionnement, le navire américain tel qu'il existe aujourd'hui peat prendre les cargaisons moyennant un frel moins élevé que ses concurrents étrangers. Ce navire est par suite préféré des négociants qui ont à expé dier des marchandises. Ainsi la Marine américaine, qui a l'avantage de l'économie, doit tendre incessamment à se substituer aux Marines étrangères qui naviguent plus coûteusement (1).

(4) Nous ne citons point ici parmi les causes de l’économie

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On peut se faire une idée approximative de la préférence aujourd’hui accordée aux navires américains, en étudiant le tableau de la page 179 du présent rapport où l'on a indiqué le tonnage des bâliments employés au commerce réciproque des Etats-Uuis avec l’élranger pendant l’année 1855-56. Il résulte de ce tableau que, sur un mouvement total de 13.872.726 tonnes, les 0,64, c’est-à-dire 8.923.848 t.; ont été transportées sous pavillon américain, alors que 0,36 seulement, c'est-à-dire 4.948.878 tonnes, l’ont été sous pavillon étrangér. |

Cette proportion relative est très remarquable, car les Américains n’ont pas, comme les peuples d'Europe, des colonies éloignées avec lesquelles ils puissent établir un commerce privilégié. Les chiffres ci-dessus se rapportent exclusivement à un commerce libre; car les avantages que les Américains peuvent conférer à leurs navires dans leurs propres ports, les étrangers peuvent les détruire dans les leurs par des privilèges contraires. C’est donc la seule et libre concurrence qui détermine la préférence accordée par les négociants aux navires américains.

Si l’on étudie le commerce réciproque des Etats-Unis avec chaque peuple en particulier, on constate les résultats suivants ; dans leurs relations avec l'Angleterre, les Américains opèrent les 0,73 des transports, et les Anglais n’en opèrent que les 0,27. De même, dans leurs relations avec

de la navigation américaine, le prix moins élevé des construc: tions navales aux Etats Unis. Car, s'il est vrai que le tonneau de coque coûte un tiers environ plus cher au Havre qu’à New-York, en revanche l'intérêt de l'argent est plus élevé sur la seconde de ces places, et cela dans une proportion au moins égale. Les armateurs américains et français sont donc, en ce qui regarde le loyer du capital, sensiblement dans les mêmes conditions.

la France, les Américains opèrent les 0,92 des transports et les Français n’en opèrent que les 0,08.

Ainsi, La supériorité économique des navires américains se manifeste dans leur comparaison avec les navires anglais, aussi bien que dans leur comparaison avec les navires français. Et si l'avantage est moins prononcé dans le premier cas que dans le second, il est bien digne de remarque que les Français emploient des coques plus petites et des équipages plus nombreux que les Anglais, lesquels fonctionnent déjà, sous l'un et autre rapports, moins économiquement que les Américains. |

XIE. — Esprit maritime des Américains.

Les détails dans lesquels nous sommes entrés montrent avec quelle habileté les armateurs des Etats-Unis ont su profiter des circonstances qui leur étaient favorables. Cette habileté a pour cause première l'esprit éminemment commercial et maritime du peuple américain.

Depuis l’élablissement des premiers colons sur le sol des Etats-Unis, jusqu’à l’époque actuelle, la population de ce pays n’a cessé de se recruter d'émigrants européens. Un grand nombre de ces émigrants exercent des professions en relation avec le commerce marilime. Tous doivent au seul fait de leur traversée sur l’Atlantique une cerlaine initiation aux choses de la mer. Cette circonstance, jointe à ce que l'émigrant a les yeux constamment fixés sur l’Europe, où est sa première patrie, et d’où lui viennent la plupart de ses jouissances, a pour conséquence palurelle de lui faire aimer le navire, intermédiaire obligé de relations qui lui sont chères.

Après avoir traversé la mer, l’'émigrant devient habitant d'un pays dont l'étendue des côtes maritimes n'est pas moindre de 16.000 kilomètres. L'intérieur de ce pays est traversé par des fleuves nombreux, ouverts à la naviga-

tion, et dont le développement total est à peu près double de celui des côtes maritimes. Enfin, pour comble de bienfaits, l'Amérique du Nord a reçu du ciel des lacs d’une immense étendue, en communication avec l'Atlantique, et accessibles à de très gros bâtiments. Toutes ces circonstances contribuent puissamment à développer l'esprit maritime chez l'émigrant européen.

C'est à celle infusion incessante d’un élément à demi marin qu'on doit attribuer le goût des Américains pour les choses de la mer, el les progrès qui en sont résultés dans les arts maritimes. Ces progrès se manifestent aujourd’hui par un caractère tout nouveau donné à la navi. galion. Le fret étant l’objet du trafic des armaleurs américains, el une très vive concurrence existant au sujet du fret, tout ce qui peut tendre à en abaisser le prix de revient est accueilli favorablement par eux. Sous l'empire de cette concurrence, le navire américain est devenu comme une usine, dans laquelle le Chef d’Induslrie introduit sans relâche tous les procédés nouveaux susceptibles de diminuer le prix de revient où d'augmenter la production, L’armateur des Etats-Unis ne dédaigne point d’éludier dans leurs détails le chargement ou le déchargement des navires, de manière à effectuer ces opérations aux moine dres frais possibles, et dans un temps minimum. Il demande au constructeur, non pas les formes qui présentent les plus grandes capacités, mais celles qui permettent, en transportant une cargaison donnée, d'accomplir le plus grand nombre possible de voyages dans le même temps, et d’arriver les premiers sur le marché. 11 demande à l'hydrographie, non pas les routes les plus courtes, mais - celles qui conduisent, en s'aidant des vents et des courants, le plus promptement possible aux termes du voyage. Enfin, usant sans relâche des rapides communications offertes par la vapeur et la télégraphie, il suit de-son

cabinet, et contrôle dans tous leurs détails, les actes de ses capitaines, de manière à empêcher toute perte de temps, toute dépense inutile, et faire rendre au navire un maximum de produits pour un minimum de frais.

Tel est l'esprit actuel de la Navigation commerciale aux Etats-Unis. C’est le même esprit qui fait prospérer en Europe les diverses branches de l'Industrie civile.

Signé : PASTOUREAU.

Brest, 16 octobre 1857.

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