INTRODUCTION
Le conflit qui a ensanglanté l’Europe de 1914 à 1918 a permis de constater, une fois de plus, l’importance que peut présenter, pour une nation, la possession d’une marine marchande puissante et bien outillée. Si le rôle joué par les flottes de commerce française et alliées au cours des hostilités est demeuré longtemps ignoré, ce rôle n’en a pas moins été considérable et le concours apporté par l’industrie des transports maritimes à la Défense Nationale a été des plus précieux.
Que serait-il advenu si, en 1918, au moment où, la lutte redoublant d'intensité, les armées en présence se heurtaient dans un suprême assaut avec, l’une comme l’autre, la volonté bien arrêtée, d'aboutir, coûte que coûte, à la décision recherchée, les Etats-Unis s'étaient trouvés, faute de navires, dans l'obligation de limiter leurs envois -de troupes aux moyens de transport mis à leur disposition ? Quelles auraient été, au point de vue du ravitaillement des armées et des pays alliés, les conséquences d’un
manque de tonnage ? Que serait-il arrivé, enfin, si la France n’avait pu demeurer en liaison constante avec ses. nombreuses colquies ?
Il faut, évidemment reconnaître que, sans une flotte de: guerre capable de la défendre contre les attaques incessantes d’un ennemi résolu à l’anéantir par tous les moyens en son pouvoir, la marine marchande aurait été vouée à l’inaction, ou, du moins, n’aurait pu rendre aux alliés des. services aussi appréciables que ceux qu’elle leur a effectivement rendus; mais il n’en est pas moins vrai que l’armement maritime à été un des facteurs de la victoire, et non des moindres. L'Allemagne s’est bien rendu compte de l’importance que présentait pour les alliés la marine marchande le jour où elle décréta la guerre sous-marine: à outrance.
Malheureusement, l’industrie des transports maritimes s’est trouvée, du fait de la guerre, et principalement em France, gravement atteinte dans ses œuvres vives. Il n’est pas une compagnie de navigation qui n’ait eu à déplorer, au cours des hostilités, la perte d’une ou plusieurs de ses unités. L’exploitation intensive à laquelle ont été soumis la plupart des navires de commerce, surtout ceux qui furent réquisitionnés, et qui a eu pour résultat de réduire, d’une façon plus ou moins sensible, la durée d'utilisation d’un grand nombre d’entre eux, est encore venue accroftre les dommages subis par l’armement maritime. fl ne semble y avoir, en réalité, que deux grandes nations en guerre avec les Empires Centraux, les Etats-Unis d’Amérique et le Japon, qui, tant en raison de leur éloignement du théâtre des opérations que du nombre considérable de na-
vires mis par elles en construction, particulièrement en 1917 et 1918, ne soïent pas sorties affaiblies, au point de vue de la marine marchande, du conflit dans lequel elles étaient engagées (1). Hormis ces exceptions, tous les pays alliés, et même un grand nombre de pays neutres, se sont vus, au lendemain de l’armistice, et en ce qui concerne leur flotte de commerce, dans une situation nettement inférieure à celle qu'ils avaient en 1914. Aussi, lorsqu’eût sonné l’heure de la paix, s’appliqua-t-on, dans tous les pays, à poursuivre, aussi rapidement que possible, la réparation des dommages subis par la marine marchande. Nous n’avons pas à examiner ici de quelle façon les gouvernements étrangers sont venus aider leurs armateurs dans l’accomplissement de la tâche entreprise par eux; ce serait sortir du cadre que nous nous sommes fixé. Il nous sera cependant permis de dire que, d’une façon générale, le concours apporté à l’étranger, par les pouvoirs publics, à la reconstitution et au développement de la marine marchande, semble, jusqu’à ce jour, avoir été sensiblement supérieur à celui prêté aux armateurs français par leur propre gouvernement. En France, on a tendance à considérer, n:ême dans les milieux officiels, l’industrie des transports maritimes comme une industrie secondaire, destinée, dans des circonstances économiques normales, à être pour ceux qui l’exercent, et pour ceux-là seulement, une source de profits abondants. Si l’on commence à se
(1). C’est ainsi qu'aux Etats-Unis, il a été lancé, au cours de la ‘seule année 1918, 929 navires jaugeant ensemble 3.033.030 tonneaux, ‘soit presque un demi million de tonnes de plus que le tonnage possédé par la France en 1914.