DEPENSES VARIABLES
D'après des bases posées en 1786, les forces navales de la France avaient été fixées à 291 bâtiments de guerre, dont 81 vaisseaux, 81 frégates, 81 corvettes et 40 flûtes ou gabares; mais le roi avait décidé, depuis, que les sept neuvièmes seulement de ces forces, c'està-dire 63 vaisseaux et autant de frégates, seraient prêts à tenir la mer. Le renouvellement des bâtiments usés s'établissait sur une évaluation de durée égale à dix ans pour les vaisseaux et douze ans pour les frégates. Sur ce pied, il était nécessaire de mettre en chantier chaque année 6 vaisseaux et o frégates.
-Nous voyons, en conséquence, le projet pour 1790 porter la mention suivante :
Construction de 6 vaisseaux et o frégates . 7.838.978 Radoubs de 6 vaisseaux, 6 frégates, 6 corvettes .... 1.650.900
A reparler. . . : : 9.489.87!
Report 9.489.878
Entretien des navires désarmés, bâtiments de servitude dans les ports, dépérissement des agrès, etc 2.0oo.b00
Armement des 36 bâtiments des stations
navales 4.873.776
Approvisionnement d'artillerie 300.000
Total. . . . 16.718.254
Si l'on excepte l'artillerie, à laquelle il était accordé une somme de 300.000 livres, on voit qu'il n'est point question d'approvisionnement; du reste, on demandait pour faire face à ce service et pour compléter le nombre des bouches à feu, un fond extraordinaire de 1.700.000 livres *, ce qui portait réellement le compte de la marine à 31.700.000 livres.
Mais je me hâte d'ajouter que l'esprit d'ordre et de méthode qui a présidé à l'établissement du budget en question, et qui a si clairement fourni les indications relatives à telles ou telles dépenses, n'a pas préservé ce document d'un vice assez commun aux documents de ce genre : ses prévisions sont fort au-dessous de la réalité. 31 millions ne suffiront évidemment pas à faire face aux dépenses de la marine de l'année 1790. Déjà, pour les années précédentes, on s'était flatté de ne pas dépasser cette somme : l'expérience a prouvé qu'on n'y réussissait pas. Du 1'-"" janvier 1784 au 1'^'' septembre 1789, en
.. A la fin de l'annco 17S0, il manquait encore plus de 900 pièces d'artillerie pour compléter l'armement des vaisseaux existants. Cette dépense se monte à un million de livres, les 700.000 livres restantes sont demandées pour approvisionner les ports de munitions.
cinq années de paix, le département a coûté réellement 380.683.136 livres S ce qui donne une année commune de 63 millions de livres, sur lesquels la marine a absorbé 40 à 4o millions, les colonies prenant le reste, soit 18 à 20 millions. Pendant les cinq années de la guerre d'Amérique, la dépense est montée à 160 millions de livres en moyenne '. A ces sommes déjà élevées, il convient d'ajouter celles que les provinces du royaume, renouvelant leur générosité d'autrefois, ont versé en ilSîl et 1783 pour l'accroissement de la flotte ^ La province de Bourgogne a fait don d'un million pour la construction d'un vaisseau, qui s'est appelé les Etats-de- Dourgogne, les autres provinces ont donné des vaisseaux ou frégates qui portent leur nom : le Flamand, le i?07'6?e^«?s; Marseille a donné un million, la ville de Paris 800.000 livres, les six corps de métier 600.000 livres, les maçons 10.000, les horlogers 12.000, les graveurs 4.000, les fripiers oO.OOO, les limonadiers 10.000, etc.. Malgré ces subventions particulières, le département de la marine a toujours été bien au delà de ce qu'on lui
1. Paul Boiteau. La France en 1780, et Malouet. Rapport à l'Assemblée nationale.
En 1784 on a dépensé 6.').624.996