La guerre d'Amérique avait coûté 1.200 à 1.400 millions
.3. Quand Bœlimer, le joaillier de la couronne alla, en 1785, proposer à la reine son collier de 1. 600. 000 livres, ce fameux collier qui devait, plus lard, donner lieu à de si tristes scandales, Marie-Antoinette avait répondu qu'elle avait assez de diamants, que cette somme énorme serait mieux employée à la construction d'un vaisseau.
a fixé. Cet excédent de dépenses n'a été justifié qu'une seule fois, en 1787, où des préparatifs de guerre ont été faits inopinément lors de l'invasion de la Hollande par la Prusse, préparatifs qui ont coûté 13 millions. Au cours des autres années, la nécessité de pourvoir à des besoins imprévus ne s'est pas présentée, et il ne faut imputer l'excès de dépenses qu'à l'insuffisance des prévisions.
Dès l'année 1783, Necker s'était plaint des lacunes qui existaient dans les demandes de fonds formées par la marine, et si, comme on l'a vu précédemment au chapitre sur l'administration, il ne suspectait pas la probité des administrateurs, il ne pouvait laisser passer sans protester les inexactitudes de leur comptabilité. « Il parait nécessaire, disait-il, que le ministre de la marine fournisse à Sa Majesté des états plus détaillés, plus renseignés, plus capables de guider les dispositions de la finance et de mettre les deux départements en état de se concerter sur des arrangements possibles pour l'avenir. » Les successeurs de Necker firent entendre de semblables doléances. Le maréchal de Castries le prit de très haut vis-à-vis des contrôleurs généraux et défendit vivement son administration. Mais, sans doute, il n'agissait ainsi que pour épargner à son amour-propre le désagrément d'être gourmande par un collègue : il savait mieux que personne à quoi s'en tenir, lui qui écrivait à ses intendants, le 14 janvier 178o, la lettre suivante : « En m'occupant, Messieurs, des moyens de fixer les dépenses de la marine, j'ai remarqué que les bureaux ne pouvaient m'en donner aucun
pour connaître celles de la construction, du gréement et de l'armement des vaisseaux, frégates et autres bâtiments du roi ni celles des grands et petits radoubs. Mon intention est de savoir, aussi sûrement qu'il sera possible, la dépense à faire : 1° pour construire la coque de chacun des bâtiments; 2" pour le gréement et l'armement de ces navires, non compris les vivres, les appointements sur lesquels j'ai des notions exactes; 3" pour les radoubs grands et petits. »
Si l'on ignore tant de choses dans les bureaux du ministre, comment s'étonner que les prévisions budgétaires soient au-dessous des besoins réels? Comment, par suite, s'étonner qu'au 1'''' janvier 1790, il reste dû sur les exercices antérieurs une somme d'environ cinquante millions de livres?
Mais l'existence de lourdes dettes n'était pas un mal particulier au département de la marine. De 177G à 1785, il s'était accumulé un arriéré de douze cents millions, dont quatre cent cinquante seulement avaient été appliqués aux besoins de la guerre et au rétablissemeoit de la marine. Le déficit était partout. Déjà le peuple, ce grand enfant qui ne raisonne ni ses affections ni ses haines, venait de donner à l'infortunée Marie-Antoinette le surnom de Madame Déficit.