‹ La Marne en feuChapitre 9 sur 34 · J'ai riiouneur de vous confirmer la nouvelle que je · texte numérisé non relu

J'ai riiouneur de vous confirmer la nouvelle que je

ment, pendant la retraite et avant que la Marne n'eût lavé l'échec de Charleroi, que des officiers anglais, tout en rendant justice à l'héroïsme du troupier français, fissent en public des gorges chaudes de ses chefs, dont l'infériorité sur les chefs allemands venait de s'attester à Morhange cl à Charleroi. C'avait été déjà de la part du gouvernement britannique un assez joli défi à l'opinion d'avoir expédié sur le continent la presque totalité de cette Expedilionary Force que la Grande-Bretagne devait réserver jalousement à la défense de ses colonies : l'accord conclu en 1904 entre la France et l'Angleterre ne comportait rien de semblable. Un membre de la Chambre des lords qui se dissimulait sous le pseudonyme de an Islander prenait soin de nous en aviser à la veille même de la guerre dans sa rude brochure The Naval and Military Situation of the British Isles (1913) :

« Ce serait peut-être une mauvaise diplomatie, disait-il, mais ce serait une politique droite et honnête, si le premier ministre de ce pays e.xpliquait, en termes sans équivoqUe, que notre Expeditionanj Force est une réserve constituée dans le but d'appuyer, d'augmenter nos effectifs dispersés le long des frontières de l'Empire et qu'elle n'est ni organisée, ni équipée, pour servir aur les champs de bataille européens. »

Il convient d'ajouter que cette Expeditionary Force se composait en toutet pour tout de six divi-

vous avais annoncée hier de la nomination du général Franchet d'Kspéroy au eoniinandenienlde la o' armée. Je suis certain i|u il résultera de voire collaboration an combat les meilleurs résultats (Lellre ilu général commandant en clief au feld maréchal sir John French, commandant en chef des forces britanniques, 4 septembre 1914).

sions d'infanterie et d'une division de cavalerie — plus les réserves. l:;t il convient surtout d'observer que si, contre toute attente, quatre de ces divisions et la division de cavalerie avaient passé avec le maréchal French sur le continent, le souci d'améliorer notre situation personnelle y était parfaitement étranger : ces troupes n'avaient franchi le Détroit que pour défendre la neutralité belge et sauver Anvers, dont l'Angleterre, suivant le mot célèbre, ne pouvait pas plus permettre au Kaiser de braquer le canon sur « son cœur » qu'elle ne l'avait permis à Napoléon. Refoulée de Belgique, coupée de l'armée belge, la petite armée anglaise avait perdu son objectif et, plus elle s'éloignait du littoral, moins elle comprenait sa coopération avec l'armée française. Il faudra bien du temps à l'opinion britannique et aux gouvernants anglais eux-mêmes pour discerner que l'Angleterre n'a pas de meilleur boulevard sur le continent que la France et que, ce boulevard une fois forcé, l'Angleterre est à la merci des événements. Nous n'avons point la correspondance complète du maréchal avec son gouvernement, mais ce qui en a été livré au public et ce qui en transparaît dans ses Mémoire.i suffisent amplement à notre édification : on y peut suivre heure par heure au cours de la retraite l'inquiétude grandissante, les fluctuations, le désarroi d'une âme profondément loyale et dont le patriotisme scrupuleux est travaillé d'aspirations contradictoires : s'il consent à lier son repli au nôtre, c'est à condition de se tenir à notre aile gauche, qui est la plus rapprochée du Détroit. Et, ce repli, il entend le limiter dans l'espace et dans le temps. On n'a que trop reculé déjà à son gré et quand Joftre, le 1" sep-

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tembre, décide de reculer encore, il perd presque lout à fait confiance; il se demande jusqu'où le mènera cette retraite qu'il a plus que tout autre contribué à précipiter par le décousu de ses mouvements et l'abandon irraisonné des positions les plus essentielles. Intervenant dans les projets du général en chefau lendemain même du jour où il vient de les désorganiser par le lâchage du massif de Lassigny, il le presse d'examiner si l'on ne pourrait pas distraire doux ou trois corps d'armée pour assurer ses communications avec la mer, moyennant quoi il ne répugnerait plus à nous prêter son concours i)our l'offensive en préparation qui serait prise sur la Marne au lieu de l'être sur la Seine '. C'était aussi,

1. Ceci élail 6crH a\ant les révclalions fl'un si liant iiilérêt publiées dans le Matin du 3 septembre 1920 par M. Kaymoiid Hoincarc^ el qui ne funt d'ailleurs que confirmer, en les précisant, les observations qu'on a lues plus haut :

" Peut-être Jl. Millerand, qui avait été nommé ministre de la Guerre le 20 août, se souvienl-il d'un coup de téléphone qu'il a reçu du commandant en chef le dimanche 30 ? Le général Jofrre se demandait avec in'|uiétude si les Anglais, très éprouvés depuis le début de la campairne, étaient encore disposés à se battre ; ils se retiraient vers Meaun, d'où ils devaient; croyaiton, gaprner la basse Seine en tournant Paris par le sud. Le lendemain lundi, le colonel Pénelon, aujourd'hui secrétaire général militaire a 1 lilyséc, venait, de la part du commandant eu chef, me prier d intervenir pour que les Anglais consentissent à ne pas poursuivre trop rapidement leur retraite el à contenir l'ennemi sur leur front. D'accord avec M. Millerand, je mandai l'ambassadeur d'AnKleterre, sir Francis Bertie, que je savais un des plus fidèles amis delà France. Je lui exposai brièvement la situation. Il me promit de téléphoner au maréchal French. Vers dix heures du soir, sir Fi-ancis revint avec un officier d'ordonnance, qui m'apportait une réponse écrite du maréchal. Celui-ci rappelait les lourdes perles en hommes et en matériel que l'armée britannique avait subies. Depuis qu'elle avait quitté Mons, elle n'avait cessé, disait-il; d'être engagée. Il lui fallait au moins huit jours pour se reconstituer et redevenir une unité combattante. Le mardi l°^ le maréchal French arrivait lui-même à Paris et se rencontrait à l'ambassade d'Angleterre avec M. Millerand et lord Kitchener, ministre de la Guerre du gouverne-

mais d'un tout autre point de vue, l'idée de Galliéni. Pour les raisons exposées dans ses ordres et notes du 1-3 septembre et dont la principale — que les convenances lui interdisaient d'invoquer près du maréchal', — est tirée justement du rapide « recul de l'armée anglaise effectué trop fAt et trop vite ». Joffrc décline la suggestion : French ne peut qu'en prendre acte, mais une indépendance de plus en plus grande et comme un détachement de tout ce qui n'intéresse pas directement le salut de ses troupes s'observent dès lors dans sa marche qui s'accélère au point d'ouvrir entre Franchet d'Espérey et lui un vide où va se jeter tout de suite Kluck. Les instructions de ce dernier* lui prescrivaient de suivre en échelon la 2» armée dont il devait se borner à couvrir le flanc droit, mais l'occasion était trop tentante

ment britanniquo. Le mari^clial d(''clara qu'il vouiailljien retranclier son armée vrrs Moaux, mais à une condition ; il demandait que le général Jotfre envoyât des foicos pour dérend''e la Seiue on aval de Paris et assurer les communications des Anglais avec la mer. Informé de celte conversation, le commandant eu chef français répondait (|u'il lui était impossible d'accepti-r ce programme et qu'il entendait, au contraire, [livotcr sur Paris pour rejjrendre, le plus tôt possible, l'offensive générale »...

1. Joffre se borne simplement à répondre aux propositions du maréchal dont l'a saisi le ministre de la Guerre : « J'ai l'honneur de vous adresser mes remerciements pour les propositions que vous avez bien voulu soumettre au gouvoniement de la République, relatives à la coopération de l'armée anglaise et qui m'ont éli'" communiquées. En raisou des événements qui se sont passés depuis deux jours, je ne crois pas possible d'envisager actuellement une manœuvre d'ensemble sur la Marne avec la totalité de nos forces «... (2 septembre l'.Mi. La lettre est citée jiar Galliéni dans ses Documents).

2. A remarquer pourtant que ces instructions sont du 3 septembre et que Ivluck peut invoquer a sa décharse <|u'ellcs arrivaient bien tard, surtout qu'elles étaient on contradiction avec les ordres du 30 i|ui lui prescrivaient d'infléchir sa marche xers le Sud, sans tenir compte de l'armée nouvelle qui venait de se révéler sur son flanc et dont il n'eût pas fait si bon marché, con-

que lui offrait le maréchal de rabattre Franchet sur Bulow et de gagner à peu de frais une nouvelle bataille de Cannes, et Kluck passa outre.

Sans Galliéni, a-t-on dit, le coup réussissait. Ce n'est pas sûr, mais il est certain que Galliéni l'a fait échouer ' et Jofîre n'a pas plus songé à le contester* qu'à contester la part brillante prise par ses autres lieutenants à la victoire: car Galliéni — on l'oublie trop — n'est qu'un lieutenant de Joffre,, sous les ordres duquel il est placé depuis le 2 septembre, avec le camp retranché et l'armée de Paris ; il est un des éléments dont dispose et sur qui compte et n'a jamais, quoiqu'on dise, cessé de compter le généralissime pour son offensive prochaine^. Et cet

traircment à ce qii'on avait cru jusqu'ici, si l'O. H. L. ne lavait inexactement renseigné sur la force et le moral de cette armée.

1. ... « 11 est donc certain que le commandant en chef des armées de Paris a eu spontanément, des la première minute, la vision très nette de la grande bataille i livrer • (Raymond Poincaré, ibid.).

2. Le contester, non peut-être. Mais l'a-l-il reconnu? nous objecte M. Henri Lapauze : • Que M. L. fi. nous dise donc dans quel document public Joffre a rendu justice à Galliéni. Joffre a écrit personnellempnt à Galliéni pour le remercier, mais il a fallu la mort de celui-ci - et ses Mémoires — pour que les non initiés connussent les billets de Joll're. Mais lorsque Joffre fit rédiger l'historique de la bataille de la Marne — à. la fin de 1914 il omit le nom de Galliéni. Et je puis affirmer ceci ; le nom de Galliéni ayant été écrit tout de même, il fut biffé sur les épreuves par ordre supérieur ». (Renaissance du 27 novembre 192u). Même en admettant la version de M. Lapauze, il resterait que Joffre, au moins dans ses lettres privées à Galliéni, a reconnu la part considérable prise par celui-ci el la a" armée à la victoire, puisqu'il le remerciait chaleureusenieut de son concours et qu'il ne pouvait caresser l'illusion que ces lettres demeureraient éternellement sous le boisseau. C'est lout ce que nous avons prétendu dire, no faisant pas ici métier d'apologiste et nous bornant à la simple constatation des faits.

3 .... Il n'est pas dans mes intentions, écrit-il encore à Galliéni le 4 septembre, à i h. 55, d'associer les troupes territoriales du camp retranché de Paris auï opérations des armées en

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élément sans doute va se révéler tout à coup singulièrement rétif, personnel et volontaire et. comme Kluck chez l'ennemi, comme Frcnch chez nos alliés, Galliéni aussi entendra n'en faire qu'à sa tète. Il fera si bien, encore un coup, que la manœuvre de Kluck échouera, mais peut-être eût-elle échoué davantage et d'un échec fût devenu un désastre, si Galliéni n'était pas allé si vite de l'avant et n'avait pas substitué ses directives à celles de son supérieur'. Voilà tout le débat. Ou, du moins, c'est ainsi qu'il conviendrait de' le poser. Et j'entends bien qu'il n'est point de ceux qu'on tranche catégoriquement dans un sens ou dans l'autre. Nous sommes ici en plein royaume d'hypothèse et il est toujours facile de reconstruire les batailles dans les nues ou sur le papier ; ilestplusdifficiled'assurer quelesévéments se seraient ajustés à nos calculs, pour aussi rigoureux fussent-ils. Si quelque chose par exemple semblait mathématiquement infaillible, c'est l'effroyable gâchis où aurait dû nous jeter la dualité de conception qui se manifesta au cours de ces confuses et tragiques journées de la première semaine de sepcampagne dans le voisinage de la place en raison des faibles capacilés inanœuvrières de ces troupes. Par contre je me réserve de vous demander la participation des troupes actives et de réserve de la garnison à ces opérations, particidièremeni pour aijir dans la direction de Meaiuc, lors de la reprise de l'offensive prévue par l'Instruction n° 4 et la JVote n° 3463 ».

l . Celle opinion, qui a été reprise par le commandant Grasset dans V Illustration du 21 février 1020, comme notre récit de l'entrevue de Vlamertinglio, fut présentée par nous, très antérieurement, une première fois en septembre Htl6, dans la série d'articles (pie nous donnâmes au Petit Parisien à l'occasion du deuxième anniversaire de la Marne, et une seconde fois en 1918 dans la Guerre qui passe (Bloud, édit., p. 122). Ceci pour répondre à certaines insinuations et régler par des dates précises la f|U(>stioM de priorité.

tembre 1914 et ne prit fin que le 8 par la lettre, aussi ferme que courtoise, dans laquelle Joffre priait Galliéni de trouver bon que, désormais, il envoyât directement ses instructions à Maunoury et qu'il communiquât seul avec le gouvernement. Jusque-là il n'y a qu'un généralissime de droit, mais il y a en fait, depuis le 3, deux généraux en chef à l'aile gauche des armées françaises et dont l'un, celui qui justement n'est pas investi officiellement de la fonction, met perpétuellement le second en présence du fait accompli. Sans l'admirable sagesse d'un Joffre, sans son esprit conciliant, sans cette souplesse de caractère qu'on n'a pas assez remarquée chez cet homme d'apparence si massive, que se fùt-il passé et ne frémit-on point à la pensée que Galliéni aurait pu trouver devant lui un autre Galliéni ?

l'ar bonheur, jamais tempéraments de chefs ne furent plus différents. Et Galliéni, d'ailleurs, comme French, a ses excuses. Rappelé à l'activité le l"aoùl, confirmé dans ses fonctions de successeur éventuel du général-commandant en chef, fonctions qui lui avaient été assignées par une lettre de service de M. Millerand, ministre de la Guerre, en date de décembre 1912. il peut accuser l'injustice de l'âge qui l'a placé sous les ordres de son ancien subordonné de Madagascar, sans lui conférer, jusqu'à sa nomination de gouverneur du camp retranché de Paris, aucune espèce de pouvoir effectif. Quand il prend la direction de ce camp en remplacement du général Michel, qui avait bien pu prévoir la manœuvre allemande par la Belgique, mais qui n'avait rien su faire, i)cndant près d'un mois, pour mettre Paris à l'abri des effets de cette manœuvre,

il ne trouve ni canons dans les forts, ni équipements dans les magasins, ni matériel dans les arsenaux, ni instruction chez les soldats. Tout est à créer et l'ennemi est ù nos portes. Mais nos armées sont intactes : elles couvrent Paris. Leur repli va s'arrêter d'un moment à l'autre : la bataille générale se livrera sons ses murs et la garnison de Paris qu'il a mise debout en quelques heures, à laquelle il a insufflé sa grande âme, est assurée d'y participer. Ce dernier espoir est enlevé à Galliéni le 1" septembre, ou du moins il s'en persuade — et cette fois il s'insurge. Il n'accepte pas cet abandon de Paris, abandon qu'il croit décidé dans l'esprit de Joffrc, malgré les assurances multipliées de celui-ci. Maunoury, dès le 31 août, a signalé au Grand Quartier Général, qui en a avisé le ministre de la Guerre, qui n'a pu manquer d'en avertir Galliéni, « que la première armée allemande délaisse la direction de Paris ». Ce renseignement capital a été fourni à l'état-major de la 6» armée par le capitaine Lepic, descendant du fameux Lepic d'Eylau, qui, vers Saint-Maur, embusqué derrière des bottes de paille, a pu voir « défiler pendant plusieurs heures une colonne allemande qui, laissant la route d'Estrées, a pris celle de Compiègne' ».

Chose curieuse, Galliéni n'y prête aucune attention ; du moins ses Mémoires sont-ils muets sur cette communication, contredite d'ailleurs par les renseignements de ses propres avions qui lui iiuliciucnl

1. J. Hélliay : le Rôle de la cavalerie française à l'aile gauche de la première bataille de la Marne. C'est le 30, on le sait aujourd'Inii, que l'O. H. L. avait donni^ ordre au\ ariiiéus allemandes do s'inflécliir vers le Sud. La concordance de dates (30-31) est donc parfaite.

l'ennemi comme « poursuivant sa marche vers Paris ». Le 3 seulement, « à 18 h. 30 ->, précise-t-il % en rentrant à son Q. G. il apprend, par l'aviateur Brindcjonc des Moulinais, selon les uns, par une communication téléphonique du lieutenant Remy, selon les autres, que la l'^ armée allemande s'infléchit bien décidément vers le Sud-Kst, à l'exception d'un corps qui semble vouloir rester en flanc garde devant l'armée Slaunoury et qui est entré en contact avec elle à Luzarches. Est-ce possible et la Fortunejusqu'aubout va-t-elle lui demeurer contraire ? Après Joffre, qui « sacrifie » Paris, la I'-» armée allemande va-t-elle se dérober à son étreinte et suivre Jofïre dans son interminable repli? Dcvra-t-il, par la force des choses, assister les bras

1. « Le 3 soplembre 191i, Brindejonc vînt de lui-même, sans oonsuller ses chefs, trouver Galliéiii à son Q. G. Galliéni était abseut. Brindejonc l'allendil de longues heures. Il put lui signaler qu'il avait observé de son avion que les Allemands se dirigeaient vers le Sud-Est. Galliéni lui dit de repartir aussitôt et de vériGer si l'armée allemande continuerait son mouvement ; il le pria de vouloir bien donner à lui-même, le 4 au matin, les renseignements qu'il aurait pu avoir sur la marche de l'ennemi » (Co'umunication du If Baraloux). — M. H. Roulleau {Démocratie nouvelle Au. 2 décembre 102u) raconte autrement le fait : <t Le 3 au matinj, dit- il, un aviateur de (Jalliéui... remarque que les Boches progressent vers l'Est et non plus vers le Sud i?). L'observateur enregistre également que de très importantes colonnes allemandes remontent lo long du cours de l'Automne... Le lieutenant Remy, chargé de centraliser les renseignements aériens, transmet celle importante nouvelle par téléphone à l'état-major du général Galliéni. Le chef d'élatmajor (Clergerie) demande l'envoi immédiat d'un deuxième avion de contrôle. Vers il heures, l'avion revient et le passager précise les observations matinales en ajoutant : • Le mouvement de translation ctTeclué par 1 armée allemande crée même des embouteillages considérables au\ carrefours des grandes routes et en particulier à Villers-Coltcrets »... L'après-midi, ces renseignements sont encore confirmés par une troisième reconnaissance. .\ nouveau, Kémy téléphone la certitude du mouvement d'infléchissement. »

Ch. Le Goffic. 4

croisés aux péripéties du grand choc dont il escomptait l'imminence et pour lequel il ceignait déjà ses reins, forgeait l'arme qui eût peut-être trouvé le défaut de la cuirasse allemande ? Si ce ne sont pas là les sentiments publics de Galliéni, si ses Mémoires n'en contiennent pas l'aveu formel, esl-il si téméraire de les lui prêter et de croire qu'ils n'ont pas été étrangers à la décision qui se fait jour dans celte àme volontaire de s'opposer à l'inéluctable et de violenter le destin "? l'our justifier la détermination qu'il va prendre de lui-même et qui bouleverse les plans, de Joffre, qui remet tout en cause, il invoquera — de très bonne foi d'ailleurs — l'intérêt supérieur du pays, la stratégie dilatoire du généralissime, ce dangereux esprit de temporisation qui le ferait reculer au besoin jusqu'à Rivesaltcs, surtout l'impossibilité pour nos troupes de gagner les lignes de la Seine avant l'ennemi, qui se montre pourtant — sauf Kluck et encore ! — si peu pressant depuis le i" septembre : on voudrait des faits et on ne trouve là que des impressions personnelles, discutables comme toutes le» impressions. Si la Marne avait été un échec, on aurait vu ce qu'elles eussent pesé devant un conseil de guerre.

Quoi qu'il en soit, Galliéni a pris son parti, dont l'exécution n'est plus subordonnée qu'à la confirmation ou à l'infirmatioii du renseignement qu'il vient de recevoir : tous les avions du camp retranché repartent séance tenante à la découverte ; entre temps Galliéni interroge un réfugié de la Somme qui a vécu avec les Allemands dans la région de Saint-Just-en-Chaussée et qui ne se montre pas moins formel que son premier informateur ; une reconnaissance en auto poussée par l'interorète Fro

chet jusqu'à Princhard lui rapporte de nouvelles précisions sur le fléchissement de Kluck. Les avions rentrent, et toutes leurs déclarations concordent. Il ne reste plus qu'à en tirer les conséquences : une occasion exceptionnelle se présente de surprendre l'ennemi en flagrant délit de manœuvre, de l'attaquer en plein flanc ; il importe peu que cette attaque prématurée jette bas tout l'échafaudage de Joffre et même il est à désirer qu'il en soit ainsi et que Joffre s'en voie contraint à suspendre sa retraite et à livrer la bataille qu'il diffère scandaleusement. Soucieux cependant de ne rien laisser ali hasard, d'opérer en pleine certitude, Galliéni multiplie les investigations, dépèche à l'aube du 4 dans toutes les directions de nouvelles reconnaissances aériennes. French, lui aussi, s'est aperçu du glissement de l'armée ennemie et il téléphone à Galliéni à 10 h. 25 du matin : « Le 4« corps de réserve allemand parait rester à l'Ouest. Mais les autres corps de la l" armée semblent avoir tourné vers le Sud-Est et avoir atteint hier soir la Marne entre Château-Thierry et Lizy-sur-Ourcq.» Mais déjà, dès 9 heures, Galliéni, pour créer le fait, forcer la main de Joffre, dont il pressent la résistance, a prévenu Maunoury qu' « en raison du mouvement des armées allemandes », il avait décidé de porter son armée « en avant dans leur flanc, c'est-à-dire dans la direction de l'Est en liaison avec les armées anglaises ». La direction sera donnée à Maunoury dès que Galliéni connaîtra celle de ces armées : en attendant, qu'il tienne ses troupes en alerte et pousse « immédiatement des reconnaissances de cavalerie dans tout le secteur entre la route de Chantilly et la Marne » ; à cet effet la cavalerie disponible du camp retranché est mise tout entière sous ses

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ordres, en môme temps que la 45» division, etc.. etc. Toutes ces dispositions, encore une fois, Galiiéni les a prises de son propre mouvement sans consuiler son chef, malijré son chef. C"ost quand elles sont en voie d'exécution qu'il les soumet à l'homologation de Joffre. dont elles contredisent les ordres de repliement du 2 septembre', et qu'il court à Melun essayer d'arracher à French une adhésion que lemaréchal ne pouvait hiérarchiquement lui accorder. Le hasard d'ailleurs veut que French soit absent, et son chef d'état-major ne se sent pas l'autorité nécessaire pour s'affranchir des directives de Joffre acceptées par le maréchal et impliquant la continuation de la retraite. Galiiéni retourne à Paris sans avoir rien pu obtenir et il n'est pas plus heureux près de French lui-môme quand celui-ci, dans la soirée, l'appelle an téléphone. A toutes les instances de Galiiéni pour lui arracher un ordre d'offensive ou simjjlement d'arrêt de. ses troupes, le maréchal répond : « No ». Ses troupes sont épuisées ; elles ont besoin de se refaire en lieu sûr; la retraite continuera donc, comme il est convenu avec Joffre. Et le fait est qu'elle se précipite. Galiiéni, de toute évidence, n'a aucune prise sur son interlocuteur : il ne sait pas le manier comme Joffre. Sera-t-il plus heureux avec ce dernier, qu'il peut aborder à la fran-

1. « Je pensais donc, dès ce moment, à prendre l'offensive contre l'aile droite ennemie, malgré les risipies que pouvait présenter celte opération, malgré les directives du y/'néral en chef prescrivant aux armées rie se replier au sud de la Seine et de l'Yonne » [Mémoires, p. 9.')).

2. « La décision bien prise et les ordres étant donnés, mon chef d'état-major téléphonait au Grand Quartier Général pour le mettre au courant des dispositions réalisées » tlbid., p. 114).

çaisc, e.r abrupto ? Voici les deux hommes à l'appareil. Joffre est au courant du changement de front de Kluck et il reconnaît sans difficulté qu'il y a là un fait nouveau qu'il est peut-être tentant d'exploiter. De quelle manière ? C'est la question. Elle est susceptible de deux solutions : celle que propose Gal- Ii6ni, la plus simple, et celle, plus subtile, que préconise Berthelot et qui consisterait à laisser Kluck « foncer dans la nasse ». Joffre ne cache pas que c'est celte solution qui a ses préférences, parce qu'elle lui permettrait de gagner du temps : l'immense ligne brisée dont il règle le mouvement et qui continue sa délicate manœuvre pivotante pour obtenir une liaison complète des armées, ce qui n'arrivera que quand les renforts apijclcs de Nancy et d'Epinal seront en place, French d'aplomb sur ses jambes et Maunoury en mesure d'agir vers Meaux, cette ligne est loin encore de présenter le dispositif qu'il souhaite. En outre le moral des troupes n'est pas aussi bon que le laissent croire les communiqués : des divisions, comme la •52» du groupement Foch, sont « momentanément inutilisables' »; certains corps d'armée même, comme le 18°, à la tète duquel vient d'être appelé Maud'huy, sont ou paraissent (car, d'après Maud'huy, le 18° corps, harassé de retraite, était cependant fort capable d'attaquer) en pleine décomposition. Enfin l'adhésion anglaise reste fort hypothétique, et Galliéni a pu en juger par lui-même. Cependant et tout compte fait, si cette adhésion peut être obtenue, Joffre veut bien ne pas s'opposer à la continuation du mouvement offensif esquissé parla 6» armée, mais à con-

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