La marquise de Barol, sa vie et ses oeuvres
A côlé de prétentions exagérées et de profonds égarements, notre siècle a un mérite qu'il serait injuste de lui refuser et que chaque jour justifie : il aime à s'occuper du sort des malheureux. Sous toutes les formes et dans tous les pays, il y a sollicitude pour le pauvre, pitié et soutien pour le faible , efforts pour rendre à tous la vie plus facile et plus douce. Qui voudrait comparer l'état de nos hospices et de nos hôpitaux avec le tableau que , pour les réformer sous la bienfaisante inspiration de Louis XVI , en traçait Tenon en 1782 , la situation et le traitement de nos prisonniers avec les monstrueux abus que dénonçait Howard dans toutes les prisons de l'Europe à la fin du xvni" siècle, serait frappe des progrès ac-
complis dans l'assistance publique et le régime pénitentiaire , comme dans l'alimentation et le vêtement de l'ouvrier, le logement du paysan et l'instruction du peuple.
Les pouvoirs publics , provoqués ou soutenus par l'opinion, ont pris une grande part à ce généreux travail ; une série de lois ont été publiées pour développer la prévoyance, secourir le pauvre dans ses maladies , faciliter son mariage, le défendre dans ses procès , ouvrir des asiles et des écoles à ses enfants.
La religion n'est pas restée en arrière dans cette voie qu'elle avait tracée la première et enseignée au monde; plus que jamais elle range en bataille sa grande armée du sacrifice contre les maux de l'humanité. On a eu beau chasser, dépouiller, proscrire les ordres religieux, jamais ils n'ont été si nombreux qu'aujourd'hui pour porter la vérité et la civilisation aux nations sauvages et païennes, veiller au chevet des malades , instruire les ignorants, adoucir les dernières années des
vieillards, et donner des martyrs à la persécution et au choléra. On est étonné de la multitude et de la variété des institutions et des œuvres que les associations chrétiennes opposent chaque jour aux rudes assauts de la misère.
Mais les améliorations obtenues par les puissants efforts d'un gouvernement ou d'une association, sont souvent devancées et préparées par l'intelligence et le dévouement individuels ; on sait combien l'initiative de S. Vincent de Paul a créé dans notre pays d'institutions que le peuple bénit , que le monde admire et qu'a adoptées l'État.
Les salles d'asile sont nées de la pitié d'une personne charitable , qui a voulu rendre les bienfaits de la surveillance et de la protection aux petits enfants que leur mère , obligée pour vivre d'aller travailler au dehors, abandonnait à la garde de leur frère presque aussi jeune et aussi faible qu'eux. Une cuisinière , aidée de deux jeunes filles pauvres comme elle , a créé le premier de ces nombreux asiles qui
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reçoivent aujourd'hui dans toutes les parties du monde une vaste population de vieillards sous la direction des Petites-Sœurs des pauvres; une fois la petite chambre ouverte, les vocations sont venues, les dévouements ont éclaté; mais une seule avait donné le signal, et cet arbre immense qui couvre de son ombre tant de souflrances et d'infirmités a eu son germe dans l'acte et dans la volonté de la plus pauvre des servantes.
Parmi les femmes d'élite vouées à la pratique du bien, il en est une, née sur la terre de France , qui a vécu , agi et est morte à ses frontières, dont le souvenir se rattache aux réformes les plus utiles , aux fondations les plus importantes du pays qu'elle habitait. En Italie, Silvio Pellico, le prisonnier du Spielberg, devenu son hôte et son plus fidèle ami, a raconté ce que, pendant vingt ans , il lui avait vu faire; une autre grande illustration catholique, lady Georgiana FuUerton , l'a révélée à l'Angleterre , et la France sa patrie ignore cncoïc ses œuvres et sait à peine son nom.
Et cependant peu de vies ont été plus utiles, plus bienfaisantes que celle de la marquise de Barol. Cette noble femme n'a pas seulement répandu son cœur et sa fortune au sein des malheureux et associé son nom à quelques-unes de ces œuvres qui prennent une sérieuse place dans l'existence des femmes chrétiennes.
Elle a exercé une action réparatrice sur une des branches les plus importantes , les plus négligées de l'administration publique, porté remède à des maux que toute la force de l'État avait été jusque-là impuissante à conjurer. Elle a fondé avec ses seules forces et ses seuls sacrifices des institutions qui ont demandé ailleurs le concours de beaucoup de ressources et de bonne volonté; et ces fondations elle ne les a pas seulement soutenues pendant sa vie , elle en a assuré la perpétuité après sa mort.
Une vie si noblement , si chrétiennement lemplie, mérite d'être proposée comme modèle. Silvio Pellico en a retracé les principaux
traits avec cette charmante simplicité, cet exquis sentiment du bien et du beau qui faisaient le fonds de son âme. C'est rendre un service et un iiommage à la charité , c'est accomplir un devoir de justice que de faire connaître M'"'' de Barol à la France, en complétant , par quelques souvenirs contemporains, ce que la mort n'a pas permis à Pellico d'achever, et en ajoutant à l'exposé de si belles œuvres quelques pages consacrées à l'homme illustre qui en a été le témoin , l'associé et l'historien.
LA
MARQUISE DE BAROL