PIE B RE K
Varanne-li'-llouri», mai 1867.
INTRODUCTION 1
A monsieur le marquis de Varanne. En son château de Varanne. Briancourt-sur-Aulne.
(Lettre extraite du registre 9. Correspondance et pièces diverses de 1827.)
Londres, Travellers-Club, ce 27 août.
Deux mots en hâte, cher marquis. Tout à l’heure j’ai rencontré au club lord Linton, qui arrive de Worcester et m’a donné des nouvelles de Guy. Ces nouvelles sont si graves, que je ne perds pas une minute pour vous les communiquer. Il parait que votre iils néglige les turneps pour les roses et les lis de deux joues britanniques; en d’autres
1. Cette introduction n’est, à vrai dire, qu'une préface. La plupart des pièces dont elle se compose ont trait à des épisodes qui sont sans aucune relation directe avec le récit qui doit les suivre. Si je lésai transcrites, c’est qu’elles me fournissent l’occasion de présenter au lecteur quelques-uns des personnages de qui j’aurai à parler.
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termes, qu’il file le parfait amour avec une jeune miss sans sol, mais non sans maille, puisqu’elle a emmaillotté monsieur votre héritier. Un assez joli coup de filet pour la sœur d’un praticien de village! Linton a l’air de considérer la chose comme très-sérieuse; vous savez que tout est sérieux dans ce diable de pays. Si j’étais de vous, je renoncerais à faire de Guy un agronome. Il n’a évidemment pas la bosse du métier, car l’art de cultiver la terre n’est, en somme, que l’art de la fumer. Sur ce, adieu. Ils sont ici à côté trois qui m’attendent avec une impatience féroce. Mais gare à eux ! Sporani, qui en sa qualité d’athée, est superstitieux comme un derviche, s’est procuré une corde, laquelle a servi, pas plus tard qu’hier matin, à pendre un homme. Grèce à la générosité de Sporani, j’ai en poche un bout de cette corde. Si donc je ne relève pas dix atouts à chaque main, c’est que le pendu était innocent ce qui serait bien désagréable pour lui et bien fâcheux pour moi. Mes compliments à l’abbé, je vous prie. J’espère que Vichy vous a convenu et que, dans votre solitude de Varanne, vous rétablissez votre santé, à laquelle nul, soyezen sûr, ne prend un plus vif intérêt que votre tout dévoué
ALPHONSE DE LAÏTA.
A propos, dites à l’abbé Cabonat qu’il avait raison. L’abbé Bousquet, que j’ai donné pour cornac à mon petit Gustave, est décidément un galantin fieffé; mais, après tout, mieux vaut un galantin, môme fieffé, qu’un pédant.
"Digttizëd by Goi
INTRODUCTION
Premier fait divers de la Quotidienne du 5 octobre 1827.
(Corresp. et pièces div. de 18Î7.)
C’est avec une douleur qui sera partagée par tous les fidèles sujets de Sa Majesté que nous apprenons la mort de Guy-Claude-Amour-Louis Ferrand, marquis de Varanne, pair de France, maréchal de camp en retraite, chevalier des ordres du roi, décédé le 30 septembre dernier, en son château de Varanne, à la suite d’une longue et douloureuse maladie.
Une cérémonie touchante a adouci les derniers moments de l’illustre défunt, en même temps qu’elle en a peut-être précipité le cours. Dans la matinée du 30 septembre, le marquis s’était fait transporter dans la chapelle de son château pour y assister à la célébration du mariage de son fils. On sait que le comte, désormais marquis de Varanne, a épousé mademoiselle de Nashkine, la fille de ce généreux comte Nashkine dont, en des temps exécrables, tant de malheureux exilés furent les hôtes, et qui, après avoir suivi en France ses amis qui y rentraient, était devenu Français de cœur comme il l’avait toujours été par l’esprit.
Feu la marquise de Varanne avait été mariée deux fois. De son premier mariage avec Pierre Corbier, conseiller au parlement de Paris, mort à Londres en 1797, elle eut un fils, actuellement député, et dont nul ne dépasse le dévouement à la cause sacrée que nous avons l’honneur de servir. Ainsi, dans nos deux assemblées, le beau-père et le fils défendaient, avec une égale fidélité,
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les principes monarchiques qui seuls peuvent dore à jamais, pour notre belle France, l’èrc des révolutions et des désastres.
La vie noble et loyale du marquis de Varanne sera ici l’objet d’un article spécial. Mais que, dés ce premier moment, il nous soit permis de témoigner de notre profonde autant que respectueuse sympathie pour une famille qui nous est chère à tant de titres, et, en particulier, pour ces jeunes époux dont le bonheur se trouve si cruellement troublé.
A monsieur le marquis de Varanne.
(Registre 10. Corresp. et P. div. de 1831.)
Londres, ce 29 août.
Monsieur le marquis,
L’avis inséré dans le Times a produit l’effet que nous en attendions. Ce matin, un homme s’est présenté dans notre bureau, qui a déclaré être en mesure de nous donner sur le docteur Sinclair les renseignements demandés. Cet homme, qui s’appelle Samuel Bark, est un ancien agent supérieur de la police métropolitaine, et nous a présenté des certificats qui attestent son honorabilité. Il nous a remis la note ci-incluse. Cette note, comme vous le verrez, est très-satisfaisante, puisqu’elle annonce l’arrivée prochaine à Londres du susdit docteur Sinclair. Bark nous ayant démontré l’exactitude de ses renseignements, nous nous sommes considérés comme tenus à lui remettre la récompense
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promise de cent livres sterling dont nous avons débité votre compte.
Heureux d’avoir mené à bien cette petite affaire, et prêts à faire bon accueil à toutes instructions et à tous ordres futurs de votre part, nous demeurons, monsieur le marquis, vos très-dévoués et obéissants serviteurs.