ACTE n, SCÈNE VI
quiétude! deux années, deux années entières sans donner de vos nouvelles ! Est-ce donc là ce que vous m'aviez promis? Helas! la pauvre Eugénie n'a pas euplas qu'une autre le don de vous fixer! vous faites le malheur de ma vie.
CLOUASSE ^ jouant le Bentiment.
Causer le malheur de celle qui. .. Ah! belle Mar-* quise, que je serais coupable ! Mais ne me condamnez pas sur l'apparence I elle est souvent trompeuse ; qui mieux que vous doit le savoir , ne m'accusez pas ! jugez de mon cœur par le vôrre , et croyez qu^il e^t à vous , Eugénie y qull n'a jamais été qu'à vous.
Cher Clarasse, il serait vrai que vous m'aimiez encore? il serait vrai que vous n'êtes pas infidèle ? Vous me trompez^ ingrat, vous abusez de l'ascendant que vous avez pris sur un cœur trop faible. L'infortunée Eugénie , victime du sentiment que vous lui avez inspiré , n'a plus d'espoir que dans la tombe.
CLARASSE , riant auxëclau.
Avouez, belle dame, que nous jouous l'un et l'antre parfaitement la comédie^ mais réservons ce beau talent pour le plaisir des autres. Tenez, je vous confesserai san* détour, et ceja pour que vous n'ayez rien à vous rr ocher, que je vous ai été infidèle le plus souvent ^a il m'a été possible, mais que je ne vous en aime pas moins de tout mon cœur.
LA MARQUISE , souriant.
Allons, Chevalier, je vois que vous êtes toujours le
même.
CLARAS6Ë.
Il n'eu est pas ainsi de vous , belle Marquise ! on dit
34 I-A MARQUISE 0E MONTALLE.
que vous vous remariez y et que vous épousez un jeune innocent 9 le chevalier de Florville, et un riche ComtV dont on ne sait pas le nom : c'est pour vous féliciter sur cette double affaire que vous me voyez chez vous.
LA MARQUISE , quittant le ton sentimental.
Épouser ! rien n'est encore arrêté ; mais on me presse , en me persécute; il Ëiudra enfin prendre un parti «
CLARASSE.
Comment un ! deux , trois : c^est ce que je me dis tous
les jours 9 moi, qui n'ai pas votre prudence à beaucoup
près.
Le monde est si méchant!... une veuve est toujours en bute h la calomnie. . .
CLARASSE.
Âh ! Marquise y est-ce bien là le mot ? Au surplus, vous
n'avez pas à vous plaindre , vous êtes l'enfant gâté de la
renommée: tout ce quartier, tout Paris est parfumé de
vos vertus ; on ne parle que de votre bienfaisance , de votre
piété. .
Je fais le bien quand je le puis.
CLARASSE.
Moi qui commence à me lasser de Fhonneur de passer pour le plus mauvais sujet de la capitale, sans avoir envie de cesser de l'être , je viens vous demander votre secret. En conscience vous devez m'en faire part ; si je l'avais trouvé avant vous, je jure, qu^en honnête associé , je vous l'aurais communiqué de suite , et sans rétribution.
Que Vous êtes mordant !
CLARASSE.
Mais est-il juste d'accaparer sànsi toute la vertu et de