ACTE fil, SCENE VI. 5j
"finde mes infortunes ) j'avais terminé mon audience, puis- «qu'on veut absolument que j'en donne, et congédié mes solliciteurs, lorsque le duc de Trenole, contre qui les portes et les portiers sont d'inutiles sauve-gardes, entre, selon ^6on usage , sans se faire annoncer.
Je le connais, il ne vient pas en visite, îl y apparaît.
LE COMTE
Il était suivi du comte de Sénor et du prince Torelli, le plus grand bavard, le plus petit esprit. . , mais médire ^devant vous , ah !• . Ces Messieurs étaient en grande disonsai on et depuis une heure [e n'entends parler que de procès : j'avais besoin de vous voir pour dissiper le$ nuages qui ^enveloppent mon cerveau.
De quel procès parlaient-ils?
LE COMTE
D'un procès dont tout Paris s'occupe, Mad. de Blaneuil plaide contre son mari pour sa dot.
Est- il possible qu'un vil intérêt conduise des époux devant les tribunaux !
LE COMTE
C'est épouvantable! Il s'est élevé à ce sujet une discussion entre le prince Torelli et le comte de Sénor : il «'agissait de décider s'il valait mieux pour le bonheur des époux^en général, quils fussent en communauté de biens ;OU séparés d'intérêts.
La question est intéressante en effet.
I4E COMTE
Le prince Torelli prétendait qu'il, convenait . qu'iU 4ussei]^t séparés d'intérêts , afin, disait-il, que la fortunç
58 LA MARQUISE DE MONTAtLE.
entière ne pût être dissipée par Pinconduite on Pimpru^ dence d'un des conjoints.
Il supposait bien peu de raison à ses personnages.
Le comte de Sénor soutenait au contraire que tout devait être commun et la fortune enUère passer au survivant. . .maïs je vous faugue peut-être?
Point du tout, continuez, je vous en prie, queUe opinion avez-vous adoptée î
LE COMTE
J'étais de l'avis du Comte. Selon moi, le mariage wt doit pas être une spéculation , c'est un accord par&it, une' union intime, il faut que les peines comme les plaisirs soient partagés, que tous les intérêts soient confondus. Pourquoi ces dîstmctions choquantes, le mien, le tien»
Oui, il faut que tous les intérêts soient confondus , cela doit être ainsi , cela est indispensable; autrement le manage n'est plus qu'un contrat politique et des époux divisés d'intérêts doiventl'être Kentôt de cœur.
LE COMTE
Si jamais je me marie , je ne veux pas de ces arrangemens inventés par l'égoïsme. Mon épouse possédera tout ce que je possède , tout ce qu'elle aura sera à moi.
Voilà une manière de voir bien noble et bien délicate. Ah! je suis entièrement de votre opinion.
LE COMTE
Le prince Torelli a fini par y revenir , il a confessé que Sénor et moi nous avions raison.