UNE PETITE-FILLE DE NAPOLÉON
chez lui la moindre pièce de monnaie. Il fouilla dans ses poches et en retira un petit couteau. Il avisa alors une femme au service du menuisier Havard.
— Tenez, lui dit-il, presque en suppliant, bien qu'il fit mine de parler sur un ton enjoué, voulez-vous faire un marché?
— Lequel ?
— Je vous donne ce couteau pour un sou de tabac.
La bonne femme fut généreuse. Elle prit le couteau , mais elle lui rapporta un cornet de tabac de deux sous.
Fils d'empereur, et en être là !
Il avait si bien « toute sa tête », comme on dit, que ses derniers moments furent angoissés par la pensée de la détresse où il laissait les siens et par l'amertume, aussi, de ne les avoir pas tous à son chevet.
Son agonie fut courte ; mais, à la vérité, il y avait longtemps qu'une autre agonie avait commencé pour lui.
Dans la mort, me raconte M. Fleury, sa ressemblance avec Napoléon, déjà frappante, s'était encore accentuée. Son visage rasé rappelait exactement le masque célèbre de l'empereur. 11 n'y manquait que la mèche légendaire. Vivant, il était plus grand et plus gros que Napoléon, mais c'étaient les mêmes traits. Très âgé encore, il tirait quelque coquetterie de cette ressemblance.
Tout fut bizarre, incomplet, tronqué dans sa destinée. Son acte de décès même a été drossé avec des irrégularités. Malgré la déclaration faite par le dernier fils du comte, M. Gaston Léon, « âgé de vingt-trois ans, employé, demeurant rue du Quatre-Septembre », et M. J. Fleury, proprit 'taire, on écrivit : '< Acte de décès du sieur Le Comte (Léon), âgé de soixante-quinze ans passés, né à Paris le 13 avril 1806, rentier, n Rentier!
La rectification du nom a été faite en marge.
Ainsi mourut le fils de Napoléon. Quelle vieillesse, après de tels souvenirs d'enfance, les souvenirs du décor prestigieux des Tuileries!