‹ La MarseillaiseChapitre 1 sur 63 · II, RUE DE GRENELLE, II · texte numérisé non relu

II, RUE DE GRENELLE, II

J J NE introduction, une préface, un préambule ou encore un simple avis au lecteur devant une Histoire de « la Marseillaise » ? A quoi bon.

La Marseillaise na besoin de présentation, ni de préparation, ni d'explication préalable.

Quand les Français, après avoir fondé dans leur pays des institutions de liberté vis-à-vis le Pouvoir Exécutif réglementé, des lois d'égalité vis-à-vis les Ordres privilégiés abolis, et en avoir proposé le modèle au monde, durent les défendre contre les ennemis du dehors coalisés avec ceux du dedans, l'un d'eux leur donna pour vaincre un chant de rassemblement, de marche, de combat.

La Patrie et la Révolution étaient en danger; leur sort était lie.

La Marseillaise fut le chant de la double victoire qui les sauva.

Signe profond du progrès des temps, éclatant témoignage que la vieille France était devenue la France nouvelle, ce chant, ce n'est pas un soldat de vingt ans, un volontaire de Quatre-vingtdouze accouru tout chaud 'dans le rang, qui le jette à la nation, à l'ennemi: c'est un officier de l'ancienne armée royale, un capitaine qui a déjà franchi la trentaine et, s'il cultive les lettres cl est poète, n'est pas un habitué de la plume écrivant en profcssio/i/iel

artificiellement ému, comme fait tel de ses contemporains, une tirade de tragédie. Non! cet officier adore simplement sa patrie et quelle patrie! La France qui peut tout à la fois créer la Révolution devant V Europe en armes, la faire vivre et grandir, et désormais va l'incarner.

La Mareeillaise n'a pas fini son office dans notre histoire après que les fautes de la nation, étourdie par un génie de gloire égoïste et de malf aisance, ont compromis dans les instituiiQfts et sur les frontières républicaines les résultats de cette juste révolution civile, sociale et militaire : il lui faut servir à nouveau d'inspiration, d'entraînement, de mot d'ordre aux jeunes générations de la France pour reprendre au pied du mur l'œuvre interrompue j inachevée, en partie à bas.

C'est cette course et ce rôle à travers le xix^ piècle entier, à travers ce terrible début du xx^ siècle que l'on a tenté d'esquisser aussi d'un tirait rapide.

Enfin dernier et inqualifiable service, en igi4, quand une coalition depuis longtemps préparée des mêmes ennemis qu'en iyg2, renouvelle contre la France la menace de la destruction de son intégrité territoriale et de son gouvernement de liberté, c'est encore la Marseillaise qui est l'appel aux armes et le chant de l'union sacrée contre les hordes d'invasion.

Toute cette longue et dure guerre, nos héroïques alliés d'Europe Vont chantée avec nous, et les fils de la généreuse République des Etats-Unis nous en saluaient en débarquant dans nos ports, comme le double symbole de la vaillance de nos soldats et de la prochaine grande victoire commune.

Parallèlement à Vhistoîre des premières phases de la Marseillaise, on a tracé ici la vie sommaire de son auteur, en y intercalant quelques faits et documents inédits. Rouget de Liste compte déjà

LAMARSEILLAISE VU

d'asse^ nombj^eitx biographes dont quelques-uns se sont montrés moî^oses à l'égard de tels épisodes de son existence, certaines années, quasi publique : il ne nous a pas paru que cette sévérité f lit justifiée dès qu'on entrait un peu dans la raison et la réalité des choses. Etudié dans l'ensemble, dans la logique continue de son développement moral et même de ses travaux littéraiî^es, qu'il soit quelque temps en pleine lumière et personnage notoire, ou refoulé dans la longue obscurité d'une vie particulière, douloureuse de déceptions, d'abandons, d'isolement, de misère dénuée. Rouget de Lisle demeure aussi brave et noble de cœur que généreux et libéral d'opinions.

L'auteur de la Marseillaise ;// au cours, ni à la Jin de sa vie, ne î^enia aucun des sentiments qui aidaient exalté sa jeunesse, soutenu son âge mûr; il resta jusqu'à son dernier' jour digne de son œuvre immortelle, et l'apothéose que lui décerna le 14 juillet igi5 le peuple français reconnaissant, si elle était tardive, était bien méritée.

Dans l'ordre des honneurs nationaux, puissent les premiers être toujours décernés aux hommes dont la gloire n'a point causé de dommages à la patrie! Comme Hoche qui fut son ami. Rouget de Lisle est de ceux-là.

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